Pourquoi a-t-on besoin de médire ?

Pourquoi a-t-on besoin de médire ?
Pourquoi a-t-on besoin de médire ? - © Istock

Et si en médisant, nous dévoilions en fait ce qui ne va pas chez nous ? Pratiquée dans l'ombre du principal intéressé, la médisance peut être utile comme totalement destructrice pour les personnes qui la subissent. Mais pourquoi ne peut-on s'empêcher de faire naître des rumeurs, les colporter, dire des méchancetés ? Tentative de réponse...

Vous avez beau essayer de vous en empêcher, mais c'est plus fort que vous, le besoin de lâcher une petite perfidie à vos copines est grand. Pour qu'elle ait un sens, cette pratique doit se faire à deux au minimum, car si la rumeur ne peut être relayée, celle-ci n'a aucun intérêt. Sur le site psychologie.com, on peut y lire "Détester ensemble forge des liens plus forts que partager du positif". On prendrait donc un plaisir coupable à persifler en groupe.

Coupable parce qu'on sait que nos propos ne sont pas toujours justes, vérifiables, fondés même. Parce qu'on sait que l'on transgresse des principes ancrés dans notre société (sans doute depuis la chrétienté) qui sont qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on n'aimerait pas qu'on nous fasse, qu'il faut être gentil, serviable, ne pas trop faire de bruit ni de vagues pour ne pas perturber le système. Certain(e)s commettent donc peut-être la médisance par rébellion ou pour se démarquer. 


Médire par comparaison
Déjà enfant, puis ado; nous raccuspotions, nous dénigrions nos frères et soeurs, nos amies auprès de nos parents, de notre maîtresse, de nos copines. Dans quels buts ? Notre fratrie : peut-être parce que nous ne nous sentions pas assez aimé(e) de notre maman ? Nos ami(e)s : parce que nous n'avions pas le dernier blouson à la mode, parce qu'on les trouvait plus joli(e)s, sportiv(e)s, branché(e)s que nous, donc par jalousie ? Dire qu'un mec est trop musclé, une nana trop maigre est peut-être le reflet de notre propre rapport conflictuel avec notre corps. Vous vous sentez trop grosse et vous monsieur pas assez musclés, du coup vous rabaissez les gens qui incarnent ce que vous n'êtes pas. Nous médisons donc parce que nous n'avons pas confiance en nous, que nous nous évaluons par rapport aux autres et que cela peut faire naître des frustrations. Une personne bien dans sa peau n'aura pas ou aura moins ce besoin de destruction de la réputation ou de l'image d'autrui.  


Médire pour gagner en crédibilité
Quand vient le moment de lâcher un peu de fiel, tout le monde reste, parce qu'on a toujours du temps à accorder à l'écoute de ragots. Du coup vous vous sentez important(e), valorisé(e), vous êtes le centre de toutes les attentions, et ça vous plaît ! Peu importe la véracité des déclarations, vous semblerez faire preuve de franchise et les autres admireront le fait que vous osiez dire ce que tout le monde soupçonnait ou pensait tout bas sans jamais avoir osé en parler. Mais le risque si vous pratiquez trop souvent le cancan, c'est que cela se retourne contre vous, que les gens se lassent d'entendre quelqu'un qui tient un discours négatif à longueur de temps. Ils en arriveront à se méfier de vous, se demandant ce que vous pouvez bien colporter comme rumeur à leur sujet quand ils sont absents. La médisance est un art qui se pratique donc avec finesse si vous ne voulez pas terminer exclu de votre cercle d'amis, de collègues, voire de votre société. 


En quoi peut-elle être utile ? 
À notre sens, le clabaudage peut être un parfait reflet des maux ou des fonctionnements d'un système de personnes, d'une société; tout comme le sont les faits divers. Si vous débarquez dans un nouveau groupe d'amis ou un nouveau club de sport, prêtez une oreille attentive aux propos tenus au club house, cela pourrait vous êtes utile si vous désirez vous intégrer rapidement dans ce groupe. Vous saurez dès lors ce qu'il ne faut pas faire ou dire pour être accepté, en plus de payer des verres à toute l'équipe après l'entraînement, évidemment. 


En quoi cela peut-il détruire une personne, une vie ? 
Quand le commérage est commis, la rumeur colportée, elle peut parfois marquer au fer rouge la personne qui en a été victime, lui coûter son job, ses amis, sa famille pour la laisser exsangue, creuse. Déjà affaiblie par ces injustices, la victime de médisances n'aura pas les armes pour se défendre, ne sachant jamais vraiment ce qui a été dit à son sujet, ni à qui. Ce bavardage nauséabond est donc une arme de destruction massive qui peut faire éclater la vie de certaines personnes pour peu de choses.


En conclusion, comme on ne peut s'empêcher de médire parce que cela nous rassure parfois, que l'être humain est fait de bonnes choses, mais aussi de frustrations, de contradictions, d'ombre et que l'on aime créer des espaces intimes de liberté pour évacuer nos névroses, voici quelques petits conseils à appliquer pour que cela conserve une certaine forme de respect : sortir une petite rosserie de temps en temps ne peut pas faire trop de mal si elle n'est pas récurrente, agressive, trop infondée et ne concerne pas toujours la même personne. Sinon, cela s'appelle autrement : c'est de l'acharnement, du harcèlement. Pensez-y à votre prochain temps de midi ou votre prochaine sortie entre ami(e)s.