Les messages anti-tabac ont l'effet inverse chez les fumeurs

Les politiques publiques de santé qui ciblent les fumeurs ont plutôt tendance à leur faire faire machine arrière et à les dissuader d'arrêter, constate cette équipe internationale de chercheurs. Dans leur étude, publiée dans la revue Social Science & Medicine du mois de novembre, les scientifiques ont découvert que les fumeurs stigmatisés par des messages anti-tabac avaient parfois plutôt tendance à se sentir sur la défensive, en colère ou à perdre une partie de leur estime de soi et à ne pas renoncer aux cigarettes.

Rebecca J. Evans-Polce, chercheur à l'université d'État de Pennsylvanie (États-Unis) et ses collègues allemands, brésiliens et britanniques ont compilé près de 600 articles scientifiques dédiés au sujet de l'auto-accablement des fumeurs. Ils remarquent que, si, à l'évidence, ces messages de stigmatisation incitent quelques personnes à arrêter de fumer, les politiques publiques devraient plutôt véhiculer des campagnes positives et se concentrer sur les bénéfices de l'arrêt du tabac plutôt que de diffuser des stéréotypes en majorité négatifs. Les effets de cette stigmatisation des fumeurs induisent la récidive, l'augmentation de comportements de résistance face à l'arrêt du tabac ou encore l'isolement social, induit par les fumeurs eux-mêmes.

Études à l'appui, les chercheurs notent que 30 à 40% des fumeurs disent ressentir une forte désapprobation familiale et le caractère de l'inadmissibilité sociale. Près de 27% d'autres sondés disent s'être sentis traités différemment en raison de leur consommation de tabac. Enfin, une autre étude a révélé que 39% d'entre eux pensaient qu'on avait une moins bonne opinion d'eux parce qu'ils fumaient. Les auteurs ont relevé des termes particulièrement durs prononcés par les fumeurs eux-mêmes se définissant, comme "lèpre", "paria", ou se traitant encore de "mauvaise personne""Ce sont surtout les parents, qui sont largement stigmatisés", constate Sara Evans Lacko, l'une des coauteures.

Le parti pris sexiste est un autre aspect que font ressortir les études analysées par les chercheurs. Ils remarquent qu'une femme qui fume au Bangladesh ou au Pakistan est vue comme honteuse alors qu'un homme de la même culture sera un macho. Pour Sara Evans Lacko, les campagnes anti-tabac positives auraient plus d'impact, notamment sur les personnes les plus vulnérables qui en tireraient plus d'avantages.

 

RTBF TENDANCE avec AFP