Le TDAH, un trouble de l'attention méconnu et incompris

Ils ne "tiennent pas en place", ont du mal à se concentrer ou à finir ce qu'ils ont commencé : ils souffrent d'un "trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité" (TDAH), un syndrome sous-diagnostiqué et trop souvent incompris.

Ce trouble entraîne souvent des parcours scolaires difficiles et de lourdes conséquences sur la vie sociale et professionnelle des personnes concernées. Il pourrait être mieux pris en charge si les médecins et les enseignants étaient mieux formés.

Les traitements améliorent considérablement la qualité de vie

Or le quotidien des patient peut être grandement améliorée par des séances de psychothérapie ou d'ergothérapie, voire par des médicaments.

Ce syndrome, "on en parle très peu si bien qu'on le confond avec des troubles psychologiques. Ou alors on vous dit : 'Votre gamin est mal élevé !'", se désole Stéphanie Jacquet, présidente de l'association "TDAH, pour une égalité des chances".

Depuis qu'elle a été diagnostiquée TDAH, sa fille Pauline, 10 ans - une fillette "impulsive", aux "émotions exacerbées" qui "fait le poirier pour réciter sa poésie" - a pu bénéficier d'aménagements à l'école : un "vélo-bureau" lui permet de pédaler en travaillant, donc de bouger à sa guise pour mieux se concentrer. "J'ai compris que c'est à moi de m'adapter à elle", raconte sa mère, qui a acheté un punching-ball pour que l'enfant puisse "décharger ses émotions" à la maison.

80% des enfants concernés ont un parcours scolaire chaotique

Selon une consultation en ligne menée en 2019 par l'association de Mme Jacquet auprès de 950 familles, 80% des enfants souffrant de TDAH rencontrent d'importantes difficultés à l'école : harcèlement, décrochage ou phobies scolaires, anxiété voire dépression.

Ces élèves sont "incompris, parfois punis à cause de leur comportement et ils se replient sur eux-mêmes", détaille la militante associative.

Pour Juliette Speranza, une ancienne enseignante qui rédige actuellement une thèse sur la "neurodiversité" face aux "normes scolaires", "il faut construire une école plus tolérante à la diversité" et aux rythmes de chacun. Lorsque le professeur est sensibilisé à ces troubles, "ça change tout". Cependant il reste toujours contraint par une "structure scolaire trop rigide", déplore-t-elle.

Souvent, l'enfant devra grandir avec ses difficultés et attendre l'âge adulte pour qu'un professionnel mette enfin des mots sur ses maux.

Comme Adrien Devyver, qui a raconté son histoire dans un livre intitulé "On m'appelle la tornade". Le diagnostic, posé alors qu'il avait passé la trentaine, lui a permis de "commencer une deuxième vie, de mieux (s)'assumer", résume le quadragénaire, qui confie "être incapable de participer à une réunion" et regrette de "parler trop vite, donc de dire des choses qu'(il) ne devrai(t) pas dire".

Jérémy Ferrari a "pleuré de joie" quand il a - enfin - été diagnostiqué

Nombre d'adultes souffrant de ce syndrome "ont un parcours semé d'embûches", souligne le Dr Etienne Kammerer, chargé de la Coordination nationale "TDAH adultes": "dépression dès le plus jeune âge", "perte d'estime de soi", "difficultés à avoir une stabilité professionnelle ou affective". Les personnes concernées "ont du mal à rester à table pour toute la durée d'un repas ou à voir un film jusqu'au bout. Ils courent un risque élevé d'accidents, par distraction et impulsivité", énumère-t-il.

En outre, le TDAH, "surtout quand il n'est pas diagnostiqué dès l'enfance ou l'adolescence, augmente très sérieusement les risques d'addiction", par exemple à l'alcool, aux drogues ou au jeu, explique le médecin addictologue.

L'humoriste Jérémy Ferrari a ainsi raconté sur plusieurs plateaux de télévision qu'il n'avait pu vaincre son alcoolisme qu'après avoir compris, à 31 ans, qu'il était atteint de TDAH. Lorsque ce diagnostic a enfin été posé, il confie avoir "pleuré de joie".