La solitude développe des structures cérébrales liées à l'imagination

La solitude développe des structures cérébrales liées à l'imagination
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La solitude développe des structures cérébrales liées à l'imagination - © metamorworks - Getty Images/iStockphoto

En ces temps de pandémie et de confinement, de nombreuses personnes expérimentent une nouvelle forme de solitude. Une nouvelle étude montre comment la solitude peut aider à construire des structures cérébrales liées à l’imagination.

La solitude est un sujet très en vogue depuis des années et particulièrement en 2020 avec la pandémie mondiale qui oblige de nombreuses personnes à s’isoler chez elles sans voir personne pendant des jours, des semaines, voir plus. Des neuroscientifiques expliquent d’ailleurs d’où vient le sentiment de solitude, comment notre cerveau distingue le niveau d’intimité que nous entretenons avec les autres.


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La solitude, un problème de santé publique

Bien avant la pandémie, la solitude était déjà de plus en plus considérée comme un problème de santé publique, à tel point que le Royaume-Uni a nommé un ministre de la solitude en 2018.

Les données ont montré que les adultes seuls sont environ 1,64 fois plus susceptibles de développer une démence que ceux qui ne se déclarent pas seuls, selon une revue de 2015 d’études mondiales dont CNN rappelle l'existence.

Des résultats qui inquiètent et qui ont motivé les chercheurs à étudier les images du cerveau de 40.000 personnes, tous extraits de la UK Biobank, une base de données à grande échelle contenant des informations biomédicales de 500.000 Britanniques.

L’imagination développée par la solitude

Les personnes seules seraient plus susceptibles d’avoir une activité accrue dans les zones du cerveau liées au souvenir, à la réflexion sur les autres et à la planification future, selon cette étude publiée dans la revue Nature Communications.

Les chercheurs avaient émis l’hypothèse que le réseau du cerveau qui est impliqué dans la mémoire et l'activité sociale était susceptible de subir des changements liés à la solitude. "Ce qui nous a surpris, c’est que ce changement était très largement l’effet le plus important", a déclaré à CNN l’auteur principal de l’étude Nathan Spreng, professeur agrégé de neurologie à l’Université McGill à Montréal.

Les liens entre ces zones s’étaient renforcés et le volume de matière grise y était plus important que chez ceux qui n’étaient pas seuls.

Mais d’autres zones du cerveau s’atrophient

"Il y a un vieux dicton en neurologie que nous utilisons souvent : 'soit tu l’utilises, soit il disparaît'", explique Dr Kenneth Heilman, professeur émérite au département de neurologie de l’Université de Floride et membre de l’American Academy of Neurology, qui n’a pas participé à l’étude de McGill. Et ce dicton semble plus que jamais d'application en neurologie !

Bien que des parties du cerveau destinées à la créativité et à la réflexion sur soi puissent se développer pendant la solitude, en contre-partie, cela pourrait signifier également que d’autres zones sociales du cerveau s’atrophieraient par inactivité.

"La grande question se pose, perdez-vous d’autres parties du cerveau qui sont importantes pour les interactions ?" se demanda Heilman. "Si vous ne les utilisez pas, cela mènera-t-il finalement à un trouble plus démentiel ?"

Cette étude pourrait bénéficier à la médecine en aidant les scientifiques à mieux comprendre comment l’isolement social peut changer la structure du cerveau, exposant les personnes à un risque de maladie d’Alzheimer en vieillissant.


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"Cette première étude était vraiment importante pour identifier les parties du cerveau touchées par la solitude", a-t-il déclaré. "Nous utilisons ces informations et nous suivons un large échantillon d’adultes âgés. Nous voyons comment leur cerveau vieillit sur plusieurs années, et comment leur expérience de la solitude pourrait en fait accélérer les schémas d’atrophie."