La dépression post-partum toucherait aussi les pères

Souvent associée aux mères, le "baby blues" ne doit pas être confondu avec la dépression post-partum. Si le premier terme désigne une baisse importante de moral qui survient quelques jours après l'accouchement, le second décrit un mal-être psychologique plus profond et prolongé dans le temps, qui nécessite souvent l'aide d'un professionnel de santé. Et la dépression post-partum concerne également les pères.

Une détresse psychologique à ne pas prendre à la légère

Culpabilité, honte, désarroi... Les émotions négatives symptomatiques de la dépression post-partum sont tout sauf anecdotiques. Pourtant, le sujet reste encore tabou en 2021 bien qu'il concerne environ 30% des mères et 18% des pères, d'après une nouvelle enquête OpinionWay réalisée pour l'entreprise de téléconsultation Qare.

Dans ce sondage réalisé auprès de 300 mamans et 300 papas, seules 22% des mères répondent avoir vécu sereinement la période qui a suivi l'accouchement tandis que 30% des femmes expliquent avoir subi un épisode de dépression après la naissance de leur enfant.

Les plus susceptibles d'être touchées sont celles âgées de moins de 30 ans (40%) et qui ont accouché pour la première fois (35%). Pourtant, seules 5% d'entre elles disent avoir été réellement diagnostiquées par un spécialiste pour une dépression post-partum.

18% des papas sont concernés

Mais la dépression post-partum touche aussi les pères : 18% des hommes interrogés confient avoir eux aussi subi un épisode dépressif après l'arrivée de leur enfant. Pourtant, 42% des pères sondés pensent que "seules les mamans sont concernées". Un fait qui illustre une méconnaissance généralisée du sujet.

"Les stéréotypes de genre sont encore très fortement ancrés quand il s'agit de santé mentale, en particulier la dépression. Cette vieille idée selon laquelle les hommes doivent avoir les épaules solides, qu'ils ne sont pas autorisés à craquer tandis que les femmes seraient 'plus fragiles' n'a malheureusement pas encore totalement disparu", analyse Fanny Jacq, psychiatre et directrice santé mentale chez Qare.

"Chez les hommes, cela peut créer un sentiment de culpabilité, voire de honte. Ces derniers sont de surcroît confrontés à l'idée, dans le cas de la dépression post-partum, qu'ils n'ont pas le droit de se plaindre par rapport à leur conjointe, qui vient d'accoucher !", ajoute-t-elle.

L'aide psychologique est nécessaire avant et après l'accouchement

Une situation amplifiée par un manque d'accompagnement médical de l'avis de 85% des mamans et de 71% des papas. Seules 5% des mères qui ont subi un épisode de dépression expliquent notamment avoir été réellement diagnostiquées par un spécialiste pour une dépression post-partum.

La méconnaissance peut aussi s'expliquer par une réticence à en parler autour d'eux. En effet, pour 60% des parents, le sujet de la dépression post-partum reste tabou en société.

"Le manque d'accompagnement des parents ne les incite pas à en parler, y compris entre eux. Cela peut conduire à des incompréhensions, voire de la souffrance", explique la Dre Jacq.

"Chez les hommes, la dépression post-partum peut par exemple se manifester différemment : certains vont rentrer tard le soir, ne pas passer suffisamment de temps avec leur bébé... Ce phénomène est souvent inconscient car on ne met pas de mots dessus. En revanche, quand on leur explique que leur désinvestissement est en fait un symptôme de la dépression post-partum et non un synonyme de 'mauvais père', on les déculpabilise et on aide les deux parents à mieux affronter la situation."

Pour mieux prévenir la dépression post-partum, la psychiatre insiste sur l'importance d'instaurer des consultations avant et après l'accouchement qui seraient prises en charge par la sécurité sociale. "Cette détection de symptômes précoces devrait concerner aussi bien les pères que les mères", appuie la psychiatre.

"Accepter le fait que tout n'est pas parfait"

Mais une fois le diagnostic posé, encore faut-il parvenir à surmonter la situation.

Pour la Dre Jacq, l'une des clés est d'accepter l'idée que l'arrivée d'un enfant est certes une source de joie mais aussi un énorme bouleversement dans le quotidien, que ce soit pour le sommeil, l'organisation ou encore la vie intime du couple. 

"L'une des premières choses que nous conseillons aux parents est d'essayer de relâcher la pression. Par exemple en leur expliquant que ce ne sont pas de 'mauvais parents' si la maison n'est pas parfaitement nettoyée, s'ils achètent des plats surgelés, si les vêtements ne sont pas repassés... En une phrase, accepter le fait que tout n'est pas parfait", préconise la Dre Jacq.