L'astrologie, nouvel opium des Millennials déboussolés

L'astrologie, nouvel opium des Millennials déboussolés.
L'astrologie, nouvel opium des Millennials déboussolés. - © GeorgePeters / Getty Images

Un petit plaisir coupable qui n'engage à rien pour les uns, une obsession pour les autres : l'astrologie connait un regain d'engouement auprès des Millennials - surtout les femmes -, qui y voient une boussole pour les guider dans un monde de plus en plus incertain.

C'est un rituel qui se répète inlassablement : brosse à dent dans une main, smartphone dans l'autre, Mathilde Rochez ne commence jamais sa journée sans "un rapide coup d’œil" à son horoscope.

"Cela me fait quelque chose de le dire mais oui, j'ai du mal à m'en passer. C'est comme prendre mon café, c'est devenu incontournable. Encore plus compte tenu de la période...", explique la jeune femme de 29 ans, cadre dans une banque.

70% des 18-24 ans croient aux "parasciences"

Comme elle, quatre Français sur dix disent croire en l'astrologie, selon une enquête de l'Ifop avec la Fondation Jean Jaurès, publiée début décembre. Chez les 18-24 ans, ils sont près de 70% à croire aux "parasciences", dont l'astrologie.

Une tendance de fond, surtout chez les femmes, souligne l'étude, mais loin d'être franco-française. Aux Etats-Unis, 30% des Américains croient en l'astrologie, selon un sondage du Pew Research Center publié en 2018.

"Défiance envers les institutions, rejet des religions et recherche d'un cadre 'rassurant' pour décrypter le monde expliquent ce succès", détaille Louise Jusan, qui a réalisé l'étude.

"On est face à une génération qui est beaucoup plus stressée que ses aînés. Cette anxiété sur l'incertitude du monde, donc sur leur avenir, pousse certains d'entre eux à chercher d'autres outils pour décompresser et s'en sortir", complète la sociologue des croyances, Romy Sauvayre.

Boîte à idées, béquille émotionnelle ou simple divertissement "n'engageant à rien", l'astrologie s'est transformée en quelques années en un outil multifonction.

Pour Sophia Maktouche, analyste dans la finance : "Cela me fait du bien et puis, les prédictions sont loin d'être farfelues. J'ai pris l'habitude de me renseigner sur les signes astrologiques de mes collègues, ça m'aide à mieux les comprendre", assure-t-elle.

Le "vernis scientifique" rassure

Comment, en 20 ans, l'astrologie est-elle devenue un phénomène culturel globalement accepté ? Pour Romy Sauvayre, l'explication tient en partie à la mue opérée par cette industrie. "On n'est plus du tout sur la voyante et sa boule de cristal mais sur un produit bien vendu et très léché."

Exit "Madame Soleil", place aujourd'hui aux applications truffées de "data" et de cartes de l'univers. Comme Co-Star (1,6 million d'abonnés sur Instagram), qui promet des prédictions basées sur des cartes de la Nasa.

"Les cartes utilisées sont factuelles car basées sur des observations du ciel mais la carte en elle-même ne dit rien. Les interprétations qui en sont tirées ne sont basées sur rien. C'est du vent !", s'insurge l'astrophysicien Philippe Zarka, co-auteur du livre "L'astrologie est-elle une imposture ?".

"On se sert de la science pour donner une caution intellectuelle à quelque chose qui n'en a pas. Et dans un second temps, on va disqualifier la science en affirmant qu'elle n'a pas toutes les réponses", résume Romy Sauvayre.

Les secteur du luxe s'est emparé de la tendance

Par ailleurs, l'astrologie est devenue un objet tendance, prisé par les marques, notamment de luxe. Maquillage, vêtements, décoration intérieure... Les signes du zodiaque s'affichent sans complexe. Certaines marques n'hésitent pas à proposer des prédictions sur mesure pour tout achat d'un T-shirt où figure imprimé son signe astrologique.

"L'astrologie, pour cette génération, c'est devenu un art de vivre, basé sur le développement personnel et le bien-être", précise Louise Jussian de l'institut Ifop.

A terme, y-a-t-il un risque de voir des millions de jeunes adultes s'éloigner de la réalité ? De nombreuses études pointent déjà un lien entre croyance dans les parasciences et complotisme. "On est sur les mêmes mécanismes de la croyance", relève Romy Sauvayre.