L'appel d'une Britannique à "éradiquer" la "culture du viol"

Soma Sara, 22 ans, a fondé le site "Everyone's Invited" ("Tout le monde est invité") en juin 2020 après avoir fait état sur le réseau social Instagram de sa propre expérience de harcèlement sexuel constant.
Soma Sara, 22 ans, a fondé le site "Everyone's Invited" ("Tout le monde est invité") en juin 2020 après avoir fait état sur le réseau social Instagram de sa propre expérience de harcèlement sexuel constant. - © Tolga Akmen/AFP

Créatrice d'un site mettant en exergue la "culture du viol" dans les établissements scolaires britanniques, Soma Sara se dit elle-même surprise par l'ampleur du mouvement suscité.

Après avoir recueilli plus de 13.000 témoignages accablants, elle appelle à "éradiquer" les comportements sexuels déplacés.

Son site a libéré la parole sur les violences sexuelles à l'école

Soma Sara, 22 ans, a fondé le site "Everyone's Invited" ("Tout le monde est invité") en juin 2020 après avoir fait état sur le réseau social Instagram de sa propre expérience de harcèlement sexuel constant.

"Cela a commencé avec mon vécu comme adolescente", explique-t-elle dans un entretien  près de son appartement londonien. "Je trouvais presque impossible de grandir et d'évoluer dans cet environnement où selon moi, la culture du viol était très répandue."

Après des réactions positives, "j'ai senti que je n'étais pas seule". A l'image du mouvement #MeToo pour les femmes, son site a jeté la lumière sur des faits souvent restés impunis en milieu scolaire au Royaume-Uni.

Il recense désormais des milliers de témoignages anonymes, principalement de jeunes filles, racontant avoir été confrontées à des propos misogynes, des attouchements non sollicités ou des viols commis par des camarades ou des enseignants. Pour certaines, c'est la première fois qu'elles s'expriment.

"Notre objectif initial était de révéler la culture du viol et j'ai l'impression que, d'une certaine façon, nous y sommes parvenus", estime Soma Sara.

La "culture de la honte" fait taire les victimes

"C'est de la folie. C'est extraordinaire de voir toutes ces réactions, que les médias britanniques soutiennent tant cette cause", dit-elle.

En effet, lors de la création du site, il était difficile de "faire comprendre que c'est un problème ou même qu'il existe. La prochaine étape est d'éradiquer la culture du viol".

Le ministre de l'Education, Gavin Williamson, a qualifié ces accusations de "choquantes et abjectes" et son ministère est entré en contact avec "Everyone's Invited".

Soma Sara a aussi estimé "encourageant" que des directeurs d'écoles ont, depuis, communiqué à la police les identités d'élèves dénoncés sans être nommés, qu'ils ont réussi à reconnaître dans les témoignages anonymes : c'est "un premier pas très important vers la reconnaissance que la culture du viol existe dans leurs institutions".

Nombre de témoignages évoquent des agressions sexuelles quand les victimes étaient ivres ou commises par des personnes de confiance. Beaucoup d'entre elles se le reprochent, n'ont jamais signalé les faits ou, quand elles l'ont fait, ont été traitées de menteuses ou de "garces".

Pour Soma Sara, cela montre que "nous vivons dans une culture de la honte qui stigmatise les violences sexuelles".

Le phénomène doit être traité à l'échelle planétaire

Les dénonciations se sont particulièrement multipliées depuis la disparition et la mort de Sarah Everard, une Londonienne de 33 ans, qui a profondément choqué le pays et lancé un débat sur les violences faites aux femmes. Un policier de la police londonienne a été inculpé d'enlèvement et de meurtre. "Je pense qu'il y a eu un sentiment de frustration", estime la jeune diplômée en littérature anglaise.

Au début, les médias s'étaient surtout intéressés aux écoles privées prestigieuses citées sur "Everyone's Invited". Mais Soma Sara, qui a fréquenté un internat pour fille renommé du centre de l'Angleterre, Wycombe Abbey, le phénomène est universel et "pas limité au Royaume-Uni".

"J'aimerais vraiment que cela soit soulevé au niveau international", a-t-elle espéré, appelant les adolescentes à avoir le "courage" de dénoncer de tels comportements.