Infractions au confinement : "Avec le temps, on sous-estime le risque"

Infractions au confinement : "Avec le temps, on sous-estime le risque".
Infractions au confinement : "Avec le temps, on sous-estime le risque". - © Aitor Diago - Getty Images

Quelque 60% des Français ont déjà enfreint les règles du reconfinement, selon un sondage Ifop, bien plus que lors du premier confinement.

Un comportement qui s'explique, selon Fabio Galeotti, chercheur en économie comportementale au CNRS.

 

Comment expliquer que l'on observe moins les règles ?

On peut imaginer deux raisons principales. Premièrement, la situation est différente : pendant le premier confinement, les Français ont été pris par surprise. On ne savait pas ce qu'était exactement ce virus, on ne connaissait pas les risques... On n'avait pas "l'expérience" du virus. On avait donc plus peur.

Deuxièmement, le confinement était bien plus strict : les écoles étaient fermées, les gens allaient beaucoup moins travailler... Cela aussi fait que la perception du risque était différente de ce qu'elle est maintenant.

 

Que change l'expérience dans notre perception du risque ?

En général, lorsque vous prenez une décision qui implique un risque (ici, enfreindre les règles et/ou attraper le Covid), vous vous basez sur votre expérience. Vous ne regardez pas les statistiques : vous vous fiez à ce que vous avez vécu.

Or lorsque vous vous fondez sur votre propre passé, vous avez tendance à sous-estimer le risque.

C'est une expérience que l'on fait en économie : proposez à un groupe de personnes de jouer à deux loteries. Dans la première, ils perdent 1 euro à chaque fois, dans l'autre ils risquent de perdre 50 euros mais uniquement dans 5% des cas.

Au fur et à mesure, les cobayes découvrent les probabilités des deux loteries et réalisent qu'il ne perdent pas, ou rarement, les 50 euros. Ils commencent alors à prendre de plus en plus de risques. Et, à la fin, ils le sous-estiment.

 

C'est le cas avec la Covid ?

Oui. Mais dans le cas d'une pandémie, s'ajoute aussi un effet "boule de neige". Plus on va voir des gens sous-estimer le risque (courir en groupe par exemple), plus on va se dire : "C'est ok de le faire, si d'autres le font, c'est que ce n'est pas si dangereux". Et cela génère un effet d'entraînement.