Hétéroflexibilité, asexualité, polyamour... Pour des résultats de recherche probants, les scientifiques devraient prendre en compte l'évolution des relations intimes

Hétéroflexibilité, asexualité, polyamour... Pour des résultats de recherche probants, les scientifiques devraient prendre en compte l'évolution des relations intimes
Hétéroflexibilité, asexualité, polyamour... Pour des résultats de recherche probants, les scientifiques devraient prendre en compte l'évolution des relations intimes - © mbolina - Getty Images/iStockphoto

Selon Philip Hammack, professeur de psychologie à l'université de Californie à Santa Cruz, le XXIe siècle connaît une révolution douce des manières de concevoir les relations intimes et amoureuses. Les scientifiques devraient prendre en compte ces changements pour que les résultats de leurs recherches soient plus probants.

 

C'est dans un article publié dans le journal de l'UC Santa Cruz que l'on peut lire l'analyse de Philip Hammack. Dans "Queer Intimacies: A New Paradigm for the Study of Relationship Diversity", il utilise le mot "queer" pour définir toutes les relations qui sortent de l'hétéronormativité et de la monogamie.

Le chercheur en psychologie souligne une évolution douce des relations.

Autour d'une norme monogame et hétérosexuelle, une pluralité de définitions de relations intimes se construisent et se développent depuis les années 2000, dont le polyamour, l'hétéroflexibilité, ou la pansexualité.

Ces modèles de relations ou d'attraction sont de plus en plus "visibilisés" et pratiqués.

 

De l'hétéronormativité à l'hétéroflexibilité 

Pour Hammack, c'est la légalisation du mariage homosexuel aux Etats-Unis en 2015 qui est initiatrice de cette libération des pratiques. Par cette légalisation, la Cour suprême a symboliquement encouragé les populations à se battre pour que la diversité de leurs relations soit reconnue.

 

Suite à cette légalisation, de nombreuses pratiques ont été "visibilisées" et mises en valeur. On voit par exemple apparaître de plus en plus de personnes hétéroflexibles, des personnes hétérosexuelles qui, sans s'identifier comme bisexuelle, ne se ferment pas à la potentialité d'une relation avec une personne du même sexe/genre.

Philip Hammack explique que l'hétéroflexibilité a toujours été plus moins intégrée dans le milieu féminin mais que cette définition de l'orientation sexuelle est de plus en plus adoptée par les hommes, ce qui amène à une déconstruction des codes de "la masculinité".

 

Le chercheur souligne également l'importance majeure d'internet dans le développement de ces relations intimes: l'outil permet en effet à la fois d'accéder à un plus grand nombre d'informations, mais également aux communautés de se rassembler.

 

Vers une ouverture des bases de données scientifiques pour des résultats plus représentatifs

Alors que les relations intimes et amoureuses sont souvent définies par l'existence de rapports sexuels, la visibilisation de l'asexualité permet de renverser ces codes. L'asexualité est le fait de ne ressentir d'attirance sexuelle envers personne. Il a fallu attendre 2013 pour que l'asexualité soit retirée du manuel de diagnostics et statistiques des troubles mentaux, preuve d'un ancrage profond de normes très limitées concernant la conception des relations dans le système occidental.

Philip Hammack rappelle que les relations "kinky" ou fétichistes sont également largement dévalorisées dans la société et dans les recherches scientifiques. Il s'agit souvent pour les chercheurs de relations sous-classées. Elles sont donc souvent laissées de côté.

Ce modèle très normatif des relations intimes empêche d'obtenir des résultats représentatifs d'une société en constante évolution. Philip Hammack invite donc ses collègues scientifiques à élargir leurs bases de données concernant les relations intimes et romantiques.