De quoi rêve-t-on en ces temps de pandémie ?

De quoi rêve-t-on en ces temps de pandémie ?
De quoi rêve-t-on en ces temps de pandémie ? - © Tara Moore - Getty Images

De quoi rêve-t-on en ces temps de pandémie ? Scientifiques, psychanalystes, historiens, sociologues et anthropologues ont lancé des collectes de rêves pour faire avancer la recherche sur la vie onirique mais aussi mieux comprendre la période actuelle.

Début avril, Perrine Ruby et son équipe ont élaboré "en une semaine" une enquête pour "savoir de quoi les gens rêvent" pendant que le Covid-19 sévit.

"On sait qu'on rêve de ce qu'on vit, de notre quotidien, de ce qui nous préoccupe, et de nos souvenirs émotionnels. Donc il y avait toutes les raisons de penser que la pandémie allait s'incorporer dans les rêves", souligne cette chercheuse au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

La maladie et l'isolement mais aussi la fête et l'érotisme

Un grand nombre des quelque 2.700 participants ont indiqué "dormir plus" mais aussi avoir "plus de mal à s'endormir", avoir "plus de réveils" au cours de la nuit. Beaucoup disent se rappeler davantage de leurs rêves. "Cela peut s'expliquer par deux choses au moins : le fait de se réveiller plus la nuit et le fait d'avoir une intensité émotionnelle plus importante", souligne la chercheuse

Dans les récits oniriques, elle constate "deux tendances" : "Maladie, hôpital, mort, étouffement, isolement...".

"Tous ces thèmes sont très représentés mais en contrepoids, il y a aussi beaucoup de thèmes très positifs : interactions avec autrui, fêtes, coopération et un "érotisme accentué."

"Il y a vraisemblablement un côté cathartique (les émotions très pénibles qu'on vit dans la journée s'expriment à travers le rêve) et il y a aussi le côté compensation : tout ce qu'on ne peut pas vivre la journée, on le vit dans les rêves", explique-t-elle.

Un impact à long terme sur le psychique ?

Ce travail se poursuit mais la psychanalyste Elizabeth Serin constate déjà que, depuis la mi-mars, "les rêves évoluent". "Au début, il était beaucoup question des morts, des histoires d'adieu." Ensuite "il y a eu énormément la présence de trains" et "la question des papiers qu'il faut montrer". Puis "sont arrivés des rêves avec des habitats qui se transforment", esquisse-t-elle. "Les rêves ont incorporé les normes, le vécu du confinement et la peur de la maladie", confirme Arianna Cecconi.

Elizabeth Serin et l'historien Hervé Mazurel ont ainsi collecté plus de 300 rêves. "Comme tout individu, celui qui rêve doit être appréhendé à la croisée de ses multiples appartenances sociales, qui le font être aussi ce qu'il est", détaille l'historien des affects et des imaginaires. "Cet événement socio-historique majeur qu'est la pandémie ébranle manifestement notre vie psychique et, l'avenir le dira, peut-être le fera-t-elle durablement", dit-il.