Couple : peut-on ouvrir un restaurant à deux sans s'entretuer ?

Couple : peut-on ouvrir un restaurant à deux sans s'entretuer ?
Couple : peut-on ouvrir un restaurant à deux sans s'entretuer ? - © Maskot - Getty Images/Maskot

Julien et Sylvie ont tout lâché à Paris pour ouvrir leur établissement en Ardèche. Après trois ans de travaux, ils voient enfin le bout du tunnel. Leur parcours a été jalonné de difficultés et d'engueulades mais heureusement, ils sont maintenant les heureux propriétaires de "Simone et Jean-Paul".

"Le couple d'à côté vient de s'installer. Ça se voit que c'est le début. Ils rigolent encore en mettant de la musique dans le jardin." Julien Cacharron a le sourire de celui qui sait ce qui attend les amoureux. Il y a trois ans, aux côtés de Sylvie, sa femme, il a décidé de tout plaquer pour lancer son restaurant.

Nouveau logement, nouveau travail : le couple mis à rude épreuve

Baptisé "Simone et Jean-Paul", en hommage au couple aventurier et atypique, l'établissement est aujourd'hui sur pied. Mais cela ne s'est pas fait sans heurts ni sans grosses engueulades.

Il faut dire que le couple n'y est pas allé de main morte. Installé dans un appartement meublé à Boulogne, en Île-de-France, proche des transports et de l'activité parisienne, le couple a investi dans une immense demeure de six étages de 70 m² carrés chacun, une annexe et 400 m² de jardin, à Lamastre, en Ardèche.

Et il y avait tout à faire dans ce qui est devenu aujourd'hui leur maison, un établissement de bouche, une épicerie fine et une cave à vin.

"On n'a pas le profil du couple qui s'engueule pour le papier peint !", s'amuse Julien. Pourtant, celui qui vient d'une famille du bâtiment savait déjà que les mois qui allaient suivre l'installation allaient être "galère". Il se rappelle : "Quand on a récupéré la maison, il fallait doubler les plafonds, les cloisons, retaper entièrement la plomberie et l'électricité. Sans compter les... vingt-huit fenêtres !".

D'autant que la famille compte deux enfants à plein temps et deux de plus pendant les vacances. "Au début, il y avait de la moisissure dans la salle de bain. Ça a duré trois mois, le temps de tout refaire. La chambre était au sixième, les toilettes au second. On y pensait deux fois la nuit pour se relever ! Surtout en plein hiver. C'était tellement humide qu'on mettait le papier toilette dans des sacs congélation..."

"La pression est constante, il faut être averti"

Le couple s'était préparé à la difficulté mais les tensions se sont vite fait ressentir. "Au bout de quelques mois, à force de transporter des matériaux lourds, je ne sentais plus mes mains. Sylvie, de son côté, a dû gérer toute la partie administrative en partant de zéro, des dossiers très lourds. 6.700 pages imprimées en quatre exemplaires ! Sans compter la cuisine et les enfants."

La charge de travail est lourde, très lourde, les conditions de vie plus que moyennes avec le froid et l'insalubrité.

Un jour, épuisé, c'est un assaisonnement de salade qui fait monter la pression. De fil en aiguille, le ton monte tellement fort que Julien finit par dormir dans la salle du restaurant, en chantier. "Une autre fois, c'était pour un lit pas fait; une autre, pour une mouche...", se souvient le restaurateur. "La pression est constante, il faut être averti. Mais ce ne sont pas des crises d'amour."

Pour tenir : amour, psychologie et compétences en bricolage !

En plus de la réalisation de leur projet professionnel, l'arrivée à la campagne a demandé des ajustements. "Oui, c'est bien d'être au vert. L'été, il y a du passage. Nous sommes sur le passage de l'une des plus belles pistes cyclables d'Europe (La Dolce Via, ndlr)."

Le petit village à proximité du train n'a pas été choisi par hasard par Julien. Ancien plagiste à Cannes, Julien a cumulé un montage financier astucieux et une bonne localisation. Mais isolé l'hiver, avec une mauvaise connexion internet et peu de loisirs en comparaison avec la capitale, le couple a plusieurs fois remis le projet en question.

A tous ceux qui voudraient se lancer, Julien recommande d'être "armé psychologiquement", "très amoureux" et "fort en bricolage" sous peine de passer ses nuits à regarder des tutos. Avis aux amateurs !