Confinement : comment surmonter ses angoisses? Entretiens avec un psychiatre et un psychothérapeute

Confinement : comment surmonter ses angoisses ? Entretiens avec un psychiatre et un psychothérapeute.
Confinement : comment surmonter ses angoisses ? Entretiens avec un psychiatre et un psychothérapeute. - © Rob Lewine - Getty Images/Tetra images RF

Frustration et ennui pour certains, stress et angoisse pour d'autres. Comment s'armer au mieux pour traverser cette période difficile ? Eléments de réponse avec deux professionnels de la santé mentale.

La peur du vide

Quelle que ce soit la situation et le niveau de difficulté de chacun, l'angoisse d'un enfermement semble s'être généralisée à tous. Pour Olivier Dubois, médecin psychiatre, cette angoisse généralisée est intrinsèquement liée à nos modes de vie: "Nous vivons dans un monde très axé sur la liberté, sur l'hyperactivité".

"Le fait de se lever chaque matin en se disant : 'Aujourd'hui je ne vais pas faire grand chose', peut suffire à plomber le moral de certains."

"Sans compter que l'existence même est basée sur le lien social : on lui donne du sens en échangeant avec les autres."

"En temps normal, le confinement est réservé à une catégorie spécifique de personnes comme les militaires ou les astronautes. Là, personne n'a été préparé. On met en confinement des gens dans des petits espaces et seuls, mais aussi des familles entières, habituées à pouvoir 'respirer' à l'extérieur. La solitude, tout comme la promiscuité, peuvent générer de l'angoisse, voire de l'agressivité", renchérit Pierre Nantas, psychothérapeute.

Garder un rythme sain

Dès les premiers jours de confinement, de nombreuses initiatives ont fleuri sur la toile, à l'instar des cours de sport en ligne et des "apéro Skype". D'autres préfèrent se tourner vers la nourriture spirituelle en profitant de cette période pour se plonger dans la lecture ou dévorer des séries sur les plateformes de vidéos à la demande.

Mais ces distractions sont-elles suffisantes pour tenir sur le long terme ? Du point de vue de Pierre Nantas, conserver une bonne hygiène de vie est crucial pour éviter de sombrer dans la morosité.

"Se lever et manger à heures fixes, dormir à des heures normales... En règle générale, éviter d'être en total décalage avec son rythme habituel."

"On peut aussi mettre en place des techniques de relaxation et de gestion du stress, comme la méditation et le yoga."

Laisser parler les personnes anxieuses

Mais bien sûr, ces mesures peuvent s'avérer loin d'être suffisantes pour les personnes de nature anxieuse, seules ou fragilisées par la perte d'un proche. "Il est essentiel de laisser libre cours à ses émotions."

"Si vous vivez avec une personne qui a une montée d'angoisse, il faut l'encourager à parler, l'écouter pour l'aider à évacuer la pression. Et surtout ne pas lui dire : 'Ne t'inquiète pas, ça va aller'", conseille Pierre Nantas.

Olivier Dubois encourage les personnes qui en ressentent le besoin à demander de l'aide à l'extérieur, rappelant que de nombreux professionnels se rendent disponibles, notamment via la téléconsultation. "Il faut casser les processus d'angoisse pour éviter qu'ils ne s'installent et donc ne pas hésiter à parler et exprimer ses émotions auprès d'une personne neutre", préconise le médecin.

Le moment pour prendre de bonnes résolutions

D'autres aspects du confinement, plus positifs, sont à prendre en compte.

Pour ceux et celles dont le rythme et les conditions de vie le permettent, le confinement peut par exemple être perçu comme un moment propice pour prendre de bonnes résolutions et/ou développer sa créativité : écrire un journal de bord, faire du sport, tester de nouvelles recettes, repeindre la cuisine, retoucher ses photos, faire le tri dans ses placards, confectionner ses propres produits...

Le Dr Dubois attire l'attention sur l'opportunité d'être confiné pour renforcer, voire renouer les liens avec ses proches.

"Je conseille par exemple à certains de mes patients de reprendre contact avec un membre de la famille à qui ils ne parlent plus depuis longtemps."

"De manière générale, ce moment fige la course au temps et permet de remettre sur la table des choses plus profondes relatives à notre existence", considère-t-il. 

Pierre Nantas abonde dans ce sens : "Le confinement peut favoriser l'introspection et nous aider à repenser au sens de la vie, à nous ouvrir aux autres, comme en témoignent les nombreux échanges sur les réseaux sociaux. Finalement, c'est une sorte d'opportunité qui nous est donnée de réfléchir sur ce qu'on a été jusqu'ici et sur ce que l'on voudrait être à l'avenir".