Avec le confinement, la crainte d'une montée des violences domestiques en Europe

Une personne tient une pancarte 'Briser le silence' lors d'une manifestation au Havre, la France, septembre 2019
Une personne tient une pancarte 'Briser le silence' lors d'une manifestation au Havre, la France, septembre 2019 - © Lou BENOIST/AFP

Les craintes d'une recrudescence des violences domestiques montent en Europe face au confinement général imposé aux familles pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus.

De Paris à Berlin en passant par Madrid, Rome ou Bratislava, les associations tirent la sonnette d'alarme, alors que l'Europe est devenue, après la Chine, l'épicentre de la pandémie.

Des risques, même dans les familles normalement sans problème

Le stress lié à l'isolement social actuel accentue les tensions et augmente "la menace de violences domestiques et sexuelles pour les femmes et enfants", prévient-elle. Les risques ne se limitent pas aux foyers en difficulté. Au-delà du huis clos familial forcé, les inquiétudes liées aux pertes d'emplois ou difficultés financières provoquées par la crise sont propices à l'éclatement des conflits.

Florence Claudepierre, responsable de la fédération de parents d'élèves FCPE dans le Haut Rhin explique: "Cela monte en pression dans les foyers".

Elle évoque des témoignages de "parents qui craquent, qui n'en peuvent plus" dans des familles normalement sans problème.

En Chine, berceau de l'épidémie, qui sort doucement d'une stricte quarantaine de plusieurs semaines, l'association des Droits de la femme à Weiping a fait état d'un triplement des violences rapportées par les femmes. Ailleurs, de nombreux centres d'urgence ont fait état d'une baisse des appels à l'aide, ce qui n'est pas jugé comme un bon signe.

Des violences sans témoins

Pour les enfants, adolescents, ou femmes victimes de violences (psychologique ou physiques) à la maison, la situation actuelle signifie "être constamment livrés" au responsable de ces actes, souligne la fédération allemande.

Ecoles, clubs sportifs, centres de jeunesse ont tous portes closes, autant de "mesures importantes" pour freiner la rapide propagation du virus, admet Rainer Rettinger, qui dirige une association allemande de protection de l'enfance.

Mais "qui voit et entend aujourd'hui les enfants maltraités?", s'inquiète-t-il.

"Désormais, la violence, elle aussi, est confinée. C'est ce qui nous fait peur", abonde à Paris la présidente de la Voix de l'Enfant Martine Brousse.

Alors que les gouvernements dépensent des centaines de milliards d'euros pour l'économie et la santé, ils "ne devraient jamais perdre de vue la nécessité de garantir l'égalité et les droits humains fondamentaux", a récemment pointé Béatrice Fresko-Rolfo, rapporteure générale sur la violence à l'égard des femmes de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Une aide à distance possible ?

Actuellement, les associations font face à une double difficulté: apporter à distance l'aide adéquate aux victimes, alors que les travailleurs sociaux sont eux aussi contraints au télétravail, et les mettre en sécurité si besoin alors que les places sont rares dans les refuges.

Si en Allemagne, la ministre de la Famille, Franziska Giffey, a appelé les communes à organiser si besoin des accueils alternatifs, l'Autriche voisine prévoit une garantie de places dans les maisons de femmes ou l'exclusion du membre violent des familles en quarantaine.

En Italie, les victimes sont exemptées des formalités en vigueur si elles veulent se rendre dans des centres anti-violence.

"La situation actuelle est sans précédent", résume Adriana Havasova, psychologue à Bratislava, espérant que le confinement se limite à deux ou trois semaines. S'il venait à durer deux ou trois mois, "je ne peux pas imaginer à quel point les violences domestiques pourraient augmenter", prévient-elle.