A l'ère du confinement, la technologie pour rompre l'isolement des seniors

Karen Dolva, présidente de la start-up norvégienne No Isolation, qui propose des solutions technologiques visant à briser l'isolement.
Karen Dolva, présidente de la start-up norvégienne No Isolation, qui propose des solutions technologiques visant à briser l'isolement. - © Pierre-Henry DESHAYES/AFP

Veuf, Per Leif Rolid vit seul dans sa ferme, à deux heures de route d'Oslo. Un sentiment d'isolement accentué par la pandémie de Covid-19 mais que le vieillard parvient à briser grâce à un simple écran qui lui permet d'être en ligne sans la moindre compétence numérique.

Une population particulièrement vulnérable

Modernité et révolution technologique ont laissé sur le carreau tout un pan de la population, souvent les plus âgés. Selon une étude de la Croix-Rouge britannique, plus de 9 millions d'adultes en Grande-Bretagne connaissent la solitude, dont 4 millions de personnes âgées. En Norvège, 35% des plus de 67 ans vivent seuls.

Un sentiment d'isolement que la pandémie risque d'aggraver du fait des différentes mesures de confinement ou des interdictions de visite qui privent les seniors de contacts physiques.

"Une grande partie des personnes âgées ont un réseau social faible et si l'on y ajoute des semaines d'isolement social, il est évident que pour beaucoup d'entre elles, ce réseau devient encore plus ténu", explique le psychologue Christopher Lien.

"Dans le pire des cas, elles peuvent avoir un sentiment de désorientation par rapport à l'espace et au temps. Leurs jalons disparaissent quand elles ne peuvent plus se regrouper dans leur maison de retraite ou recevoir la visite de proches et d'amis", ajoute-t-il.

Une utilisation simplifiée

A 87 ans, Per Leif Rolid n'a jamais possédé ni ordinateur ni smartphone ni tablette. Cela ne l'empêche pas de recevoir messages, photos ou appels vidéo de ses petits-enfants éparpillés aux quatre coins du monde. Le secret ? Un écran dépouillé, au style rétro, trônant à côté de la TV.

Pas de clavier, d'identifiant ou de mot de passe si faciles à oublier mais un unique bouton qui sert à la fois à allumer l'appareil et à régler le volume comme sur les postes radio d'antan.

De l'autre côté, en régie, les membres de la famille, rompus aux solutions numériques, qui prennent de courts instants dans leur vie quotidienne pour envoyer des contenus au patriarche via une application.

"Je peux les voir quand on se parle. Je peux rester en contact avec eux, qu'ils soient à la maison ou en voyage à l'étranger. J'ai le sentiment de pouvoir être avec ma famille en permanence", se félicite l'octogénaire.

"Une fenêtre sur la famille"

La crise sanitaire pourrait donner un coup de fouet aux groupes technologiques qui s'emploient à créer du lien et à jeter des passerelles entre des générations radicalement différentes, l'une analogique l'autre numérique.

Pour Lian Jye Su, spécialiste des technologies, le Covid-19 devrait cette année doper de 20 à 35% le marché mondial des robots de téléprésence, qui pourrait atteindre 400 millions de dollars.

Fondée en 2015, la start-up norvégienne No Isolation propose des solutions technologiques visant à briser l'isolement d'enfants malades ou personnes âgées. Y compris grâce à Komp, l'écran qu'utilise Per Leif Rolid dans sa ferme de Redalen.

Komp "devient comme leur fenêtre sur la famille dans la vie de tous les jours", souligne sa dirigeante. "Subitement, les familles ont réalisé qu'il fallait connecter ces personnes, les mettre en ligne."

Après en avoir écoulé 650 l'an dernier, l'entreprise affirme avoir vendu 1.500 écrans au cours des seules deux dernières semaines de mars. Près de 2.000 autres commandes seraient dans les tuyaux en Grande-Bretagne et dans les pays nordiques.