Pourquoi vous ne pouvez pas manger qu'une chips ?

Pourquoi vous ne pouvez pas manger qu'une chips ?
Pourquoi vous ne pouvez pas manger qu'une chips ? - © 5m3photos - Getty Images

Une enquête récemment publiée par un journaliste du New York Times décortique les techniques des géants de l'alimentation. L'utilisation de mécanismes addictifs sophistiqués nous oblige à piocher chips après chips dans le paquet.

Vous rentrez chez vous un soir de semaine, las et fatigué. Mécaniquement, vous ouvrez un paquet de chips, en vous promettant, comme à l'accoutumée, de n'en manger qu'une poignée.

Quelques minutes plus tard, c'est fichu, vous avez tout mangé. La saveur beurrée, alliée au sel, au sucre et au croustillant parfait, vous a comme attrapé. Rassurez-vous, vous ne manquez pas de volonté, vous êtes seulement victime d'un stratagème très élaboré des géants de l'industrie alimentaire.

Comment l'industrie nous manipule pour nous rendre accros

Dans son dernier ouvrage "Nourriture, libre arbitre et comment les géants de l'alimentation exploitent nos addictions" ("Hooked : Food, Free Will, and How The Food giants Exploit our addictions"), le journaliste Michael Moss s'interroge sur les mécanismes qu'utilisent les industriels pour manipuler des aliments bas de gamme mais séduisants, pour nous faire consommer plus.


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Notre attrait irrépressible pour le sucre et la graisse n'est pas une nouveauté. On sait depuis longtemps qu'ils activent le circuit de la récompense et de l'accoutumance. La faute à nos neurones, conditionnés depuis des milliers d'années, pour stocker ces aliments, en cas de disette.

La nouveauté réside dans la manipulation minutieuse de nos instincts les plus primaires pour nous pousser à consommer des aliments et nous rendre accros.

Comme l'introduction d'innombrables combinaisons de saveurs et d'ingrédients que nous ne trouvons que très rarement dans la nature.

Le fabricant des Doritos investit dans la recherche du gène de l'addiction

Le journaliste du New York Times s'était déjà illustré en 2013 grâce à la publication d'un premier ouvrage. "Salt Sugar Fat : How the food Giants Hooked Up" lui avait valu un Pulitzer, la plus haute récompense journalistique aux Etats-Unis.

On y apprenait, par exemple, que Frito-Lay, fabricant des Doritos et d'autres chips connus aux Etats-Unis, dépensait, chaque année, des millions de dollars dans la recherche. Dont 40.000 dans une machine imitant la mastication pour trouver le point de rupture parfait de la chips sous la dent, et nous donner envie de croustiller de plus belle.


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Les efforts de recherches se concentrent aujourd'hui dans la traque de gènes qui nous prédispose au "craving", cette impulsion qui nous pousse à la consommation, comme des addicts. L'obésité aux États-Unis, nation de l'auteur, touche 4 adultes sur 10.

Des méthodes qui s'apparentent à celles des cigarettiers

L'analogie entre la nourriture et la drogue est loin d'être un hasard. Moss compare les grands de la Food à l'industrie du tabac et affirme que leurs procédés pour nous rendre accros sont similaires, comme des chercheurs qui ont identifié une émotion spécifique liée à la dépendance au tabac. Et pour cause, aux États-Unis, General Foods et Kraft Foods ont été des filiales agroalimentaires de Philips Morris.

L'auteur emprunte d'ailleurs au cigarettier sa définition de l'addiction : "Un comportement répétitif que certaines personnes ont du mal à arrêter". Comme la fameuse chips qui en entraîne une autre, puis une autre...

Le calcul est tellement bien dosé que notre cerveau libère une quantité importante de dopamine, une molécule associée au plaisir.

Ce plaisir nous incite à en vouloir davantage. Il devient si puissant que le cerveau n'est plus capable de freiner nos envies et l'addiction s'installe. La simple vue d'un paquet de chips peut suffire à nous faire saliver.

Lorsqu'on les interroge sur leurs pratiques, les fabricants de la malbouffe comme Coca-Cola, Pepsi, Nestlé ou Unilever répondent que les consommateurs sont suffisamment informés et qu'ils ne sont pas obligés de consommer ces produits. Le même discours, en somme, que les cigarettiers devant les tribunaux...