#Jegardemespoils : "Il faut vraiment détruire les diktats liés à la beauté"

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à renoncer à l'épilation ou au rasage et le revendiquent.
Les femmes sont de plus en plus nombreuses à renoncer à l'épilation ou au rasage et le revendiquent. - © MrKornFlakes/IStock.com

Les jambes et les aisselles poilues doivent-elles rester l'apanage des hommes ? Non, à en croire le hashtag "#Jegardemespoils" qui, plus qu'une simple inspiration esthétique, témoigne de la volonté des femmes de lutter contre les diktats de la beauté, et peut-être davantage encore contre les inégalités entre les sexes. Un engagement fort qui s'inscrit dans une tendance sociétale plus large : l'acceptation de soi.

Pression sociale, regard des autres, diktats imposés par le secteur de la beauté : pourquoi les femmes s'épilent-elles ? Si la plupart affirment le faire essentiellement pour elles-mêmes, personne ne peut nier que la pression sociale est particulièrement forte en matière de pilosité féminine.

Pour preuve, même si vous saluez l'engagement de celles qui assument leurs poils, combien d'entre vous auraient une réaction de recul à la vue de gambettes féminines poilues ? Les mentalités changent progressivement, mais les préjugés, les clichés, et les diktats semblent décidément avoir la dent dure.

"Ce n'est plus une femme !"

Saviez-vous que les hommes s'épilaient autant que les femmes dans l'Egypte ancienne comme à l'époque gréco-romaine ? C'est au fil du temps que les comportements ont évolué, souvent en lien avec l'histoire de la mode et, paradoxalement, la libération du corps de la femme. Tops à bretelles, maillots de bain et mini-jupes ont notamment contribué à faire de l'épilation une affaire 100% féminine. A tel point qu'aujourd'hui, certains considèrent les poils comme un symbole de virilité, ou tout du moins d'anti-féminité.

Fanny, 27 ans, a affirmé son engagement sur Twitter via le hashtag "Jegardemespoils" et un cliché amplement commenté.

Elle a décidé d'arrêter de s'épiler quand elle a pris conscience qu'elle se soumettait à la pression sociale.

Les remarques n'ont pas tardé à fuser et ce, même dans la sphère privée. "Pour moi, le plus compliqué a été la réaction de mon ex-conjoint. Il ne l'a pas du tout accepté et avant même que je décide d'arrêter il avait déjà des propos très violents envers les femmes qui ne s'épilent pas. 'Sale lesbienne', 'Ce n'est plus une femme !', 'Elle est à vomir' sont les termes qu'il se permettait d'utiliser", confie la jeune femme.

Elle ajoute : "Il a d'abord été très hostile et frontal envers moi, puis m'a fait du chantage plus insidieux pour que je m'épile à nouveau. Je n'ai pas cédé, et finalement je l'ai quitté, puis j'ai retrouvé de nouveaux partenaires qui m'aiment comme je suis".

Il faut souffrir pour être belle... Ah bon ?

On nous l'assène depuis l'enfance : "Il faut souffrir pour être belle". Une phrase qui est rarement, pour ne pas dire jamais, tournée au masculin. Celles - et ceux - qui ont déjà connu le bonheur de se faire épiler savent à quel point c'est un moment difficile à passer, peu importe la zone concernée. Et encore, on ne parle pas des problèmes cutanés inhérents à cette pratique.

Il n'est donc pas étonnant de voir certaines femmes se décourager et renoncer définitivement à l'épilation en raison de la douleur. C'est le cas de Sarah, 25 ans, pour qui estime de soi ne doit pas rimer avec souffrance : "Je ne me suis jamais épilée, je me suis toujours rasée ou tondue car je refuse de devoir ressentir de la douleur pour me conformer à des standards de beauté que l'on m'a imposés".

Même son de cloche chez Sara, 26 ans, qui a décidé d'assumer sa pilosité par conviction mais aussi en raison de la douleur. "Plusieurs choses m'ont poussée à arrêter de m'épiler : le prix, la douleur... Et c'est aussi un acte féministe. Ça me dérangeait d'avoir à faire ce genre d'efforts, sachant qu'on en fait déjà beaucoup en tant que femme. Je m'adonnais à un truc qui me faisait du mal, qui me coûtait de l'argent et qui au fond, ne servait pas à grand-chose, donc j'ai fini par me dire : 'J'arrête'."

Finalement, c'est vrai, à quoi ça sert, de s'épiler ? Vous vous êtes déjà posé la question. Il faudrait peut-être finalement dire "Il faut souffrir pour paraître" car le regard d'autrui pousse femmes et hommes à s'adonner à des actes qu'ils ne pratiqueraient pas en... confinement, par exemple. Ce sont les chiffres qui le disent ! De nombreux sondages publiés post-confinement, dont un conduit par My Little Box, ont montré que les femmes avaient zappé make-up et soutien-gorge pendant cette période de distanciation sociale. Se distancier de la société serait donc en quelque sorte libérateur...

Stop aux diktats !

Derrière ces engagements, il y a la volonté pour chacune de s'affirmer en tant qu'être humain qui cultive ses différences au lieu de les dissimuler. Pas étonnant donc de voir fleurir sur la toile des blogs et comptes Instagram qui mettent à l'honneur l'affirmation de soi. C'est le cas de Januhairy, qui convie les femmes à ne plus s'épiler... au mois de janvier d'abord, puis finalement toute l'année. Un compte rythmé par des photos de femmes du monde entier qui crient haut et fort leur volonté de ne plus se soumettre aux diktats imposés par la mode et la beauté.

"Il faut vraiment détruire les diktats liés à la beauté, commencer à ouvrir le champ de la beauté à d'autres types de corps, de visages et de couleurs. Le poil fait partie intégrante de ces diktats", souligne Sara.

Il est non seulement question de s'attaquer aux normes, aux standards définis par certains secteurs, mais également de lutter contre les préjugés et ne plus prendre en compte le regard des autres.

"Je me réapproprie mon corps, sur lequel le patriarcat a eu la main. Que je me rase ou pas, je me permets de choisir ce que je veux faire et de me sentir bien dans ma peau", explique Sarah.

Une conviction partagée par Fanny : "Au début, je n'y mettais pas vraiment de sens politique, c'était juste une décision personnelle. C'est en constatant les réactions hostiles que mes poils ont suscitées que j'ai compris à quel point c'était tabou et que j'ai commencé à m'intéresser à ce sujet par un prisme plus féministe et politique".

Et d'ajouter : "Les opposants aux poils sont d'une hypocrisie criante. D'un côté, on nous assène que c'est un sujet futile, que tout le monde s'en fiche et qu'on fait ce que l'on veut. Mais de l'autre, les femmes qui ne s'épilent pas sont rabaissées, insultées, harcelées, menacées... C'est pour cela que l'on va continuer à exposer nos poils, jusqu'à ce qu'ils soient jugés tout aussi normaux que des cheveux longs ou une barbe".