Pompadour et crêtes de coq: en Irak, la "révolution" est aussi capillaire

Exclusivement masculin, le phénomène, en grande partie inspiré par les coupes fantaisistes des stars du football, est planétaire.
Exclusivement masculin, le phénomène, en grande partie inspiré par les coupes fantaisistes des stars du football, est planétaire. - © SABAH ARAR/AFP

Elvis Presley en aurait rêvé, les Irakiens l'ont fait: les jeunes révoltés de la place Tahrir à Bagdad arborent d'imposantes coupes de cheveux gominés et bananes façon rockabilly, des "crêtes de coq" qui fleurissent sur les têtes.

La révolution a tout changé

Exclusivement masculin, le phénomène, en grande partie inspiré par les coupes fantaisistes des stars du football, est planétaire. Déjà très marqué dans le monde arabe, il est particulièrement exubérant sur Tahrir. "Ici, on appelle ça des crêtes de coq", explique un journaliste local, ce qui résume assez bien le côté à la fois viril et minet de la parure.

"La mode a commencé il y a 2 ans. Elle a explosé avec la révolution de Tahrir. Les gens se sentent plus libres", avance Omar Dabbour, acteur de 23 ans.

"A Tahrir, les jeunes osent, c'est devenu normal. Mais dans le reste de la ville, c'est un peu différent, plus conservateur. Il y a l'armée, les miliciens qui peuvent vous importuner aux check-points". Beaucoup de ces fashion victimes préfèrent ainsi sagement mettre un bonnet sur la tête pour rentrer chez eux, hors du centre-ville.

Une banane façon Pompadour

Des oreilles dégagées au rasoir au modèle Beatles au poil collant en passant par le casque cocker, jusqu'à la crête limite punk et destroy, l'éventail des coiffes est large.

Mais c'est incontestablement la bonne vieille banane à la Elvis qui rafle la mise. Une banane (le Pompadour, selon les spécialistes) largement revisitée façon "Slicked back undercut", son nom moderne.

"Adoptée par les célébrités, les étudiants et les hipsters", la coupe Pompadour fera de vous un "homme sexy et branché", si l'on en croit les sites spécialisés.

Le Pompadour façon irakienne se décline d'une multitude de manière: en "combover" (de côté), à la classique rockabilly, en dégradé, à l'oblique, ou encore à la Mohawk...

Une libération des esprits

Ce phénomène capillaire "a ses racines dans les années 90, dans les salons de coiffure et de beauté masculins du faubourg populaire de Sadr City", explique Zahraa Ghandour, documentariste irakienne. Sous le régime de Saddam Hussein, cet immense quartier chiite du nord-est de Bagdad "était exclu et marginalisé, les habitants voulaient se singulariser, c'était pour eux un moyen de s'exprimer, de protester".

Les coiffures baroques "ont vraiment commencé il y a deux ans, toujours à Sadr City", confie une vidéaste du quartier. "Sur Tahrir, fréquenté par de nombreux jeunes venus de Sadr City, c'est un moyen de se rebeller", selon Mme Ghandour.

C'est aussi une forme de défi aux milices, toutes puissantes dans le pays, et une revanche sociale pour cette jeunesse qui se sent méprisée, mais dicte maintenant la mode.

"Ils sont particulièrement créatifs!", sourit la documentariste. Et le phénomène est "démultiplié par les réseaux sociaux", où les sujets adorent diffuser leurs coupes toujours plus folles.