Décès à 94 ans de Jacques Dessange, coiffeur des stars

Décès à 94 ans de Jacques Dessange, coiffeur des stars
Décès à 94 ans de Jacques Dessange, coiffeur des stars - © ALAIN JOCARD - AFP

Jacques Dessange, coiffeur français apprécié des stars de cinéma et fondateur du célèbre groupe international de coiffure, est décédé mardi à l’âge de 94 ans.

Né en 1925 en Sologne, Jacques Dessange avait ouvert ses premiers salons en 1954, s’attirant la sympathie des personnalités en inventant le "coiffé-décoiffé" avant de développer un empire présent dans 43 pays.

"Nous rendons hommage aujourd’hui […] à un grand monsieur de la coiffure qui a su faire rayonner dans le monde entier l’élégance parisienne", a réagi Emmanuel Gasnot, président du directoire de Dessange International, dans un communiqué mardi soir.

Le groupe salue encore "l’esprit pionnier et le génie créatif" d’un "artiste visionnaire ambassadeur du glamour à la française", qui a donné "ses lettres de noblesse à toute une profession".

L’empire qu’il a fondé, et qu’il n’avait quitté qu’en 2008, réunit plus de 1.700 salons dans le monde sous diverses enseignes comme Dessange et Camille Albane. En 2017, le groupe avait réalisé un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros.

 

Jacques Dessange en quelques dates clés

  • 5 décembre 1925 : Hubert Dessange naît à Souesmes (Loir-et-Cher) en Sologne. Son père, René, est coiffeur, sa mère Aline tient un café qui jouxte le salon de coiffure.
  • 1947 : après un démarrage difficile à Paris, il va exercer ses talents à Trouville (Calvados) dans le salon d’un coiffeur déjà connu, Louis Gervais.
  • 1954 : il inaugure son premier salon, au premier étage du 37, avenue Franklin Roosevelt, à Paris.
  • 1956 : il épouse une femme du monde, Corinne de Boissière.
  • 1958 : il ouvre son premier salon de coiffure à l’étranger, en Tunisie.
  • 1966 : il lance sa "marque" sous son nom, Jacques Dessange, dans une dizaine puis une vingtaine de salons.
  • 1975 : il lance des salons en franchise.
  • 2004 : il cède les rênes du groupe Jacques Dessange à son fils cadet Benjamin, avant de vendre en 2008 ses parts de Dessange International pour 40 millions d’euros à un fonds d’investissement.
  • 2010 : il se retire de la vie des affaires.
  • 2011 : il publie sur internet un opuscule, "Le complot", et accuse son fils de "l’avoir viré comme un malpropre". Dessange International ne parviendra pas à le faire condamner pour dénigrement.
  • 2015 : son nom est cité dans l’enquête Swissleaks publiés par des médias internationaux.
  • 7 janvier 2020 : il décède à l’âge de 94 ans.

 

L’histoire d’un homme

Initié à la coupe à Souesmes (Loir-et-Cher), dans le salon paternel, il était monté à Paris en 1945 après son certificat d’études et y avait connu un dur apprentissage, avec pas moins de 12 renvois jusqu’à son embauche par Louis Gervais, un coiffeur à la mode.

En 1954, il ouvre son premier salon, avenue Franklin-Roosevelt, tout près du rond-point des Champs-Elysées. Il en ouvre bientôt un autre en Tunisie, le premier à l’étranger. Des actrices comme Brigitte Bardot, Jean Seberg, Jeanne Moreau et bien d’autres passent entre ses mains expertes et le côtoient dans la vie mondaine. Il fait des shows à l’étranger et jusqu’en URSS, sous l’ère de Khrouchtchev.

Tout semble lui sourire : un premier fils, Cyril, naît en 1961 et, bien introduit dans le monde du cinéma, il devient le coiffeur officiel du festival de Cannes. Dorénavant, il coiffe non seulement des vedettes internationales comme Liz Taylor, Marlene Dietrich ou Ava Gardner mais aussi de jeunes chanteuses françaises très populaires comme Sylvie Vartan ou Sheila à qui il coupe ses couettes.

 

Bisbilles familiales

Un second fils, Benjamin, naît en 1967 mais, très absorbé par ses activités professionnelles et en bisbilles continuelles avec sa femme Corinne, il ne s’en occupera guère.

Jacques accroît son emprise sur le monde de la coiffure : des produits phytosanitaires (toujours à son nom) à des écoles de formation en passant par la fabrication de perruques. Mais sa grande réussite ce sont les contrats de franchise avec des professionnels déjà aguerris qui, moyennant un pourcentage sur leurs chiffres d’affaires, peuvent accéder au nom d’une marque prestigieuse.

En 1998, on dénombrera 254 salons "Jacques Dessange" en France. Il y en aura jusqu’à 500 à l’étranger. Le groupe exploite également d’autres réseaux de franchisés par le biais de deux marques réputées plus abordables, Camille Albane et Frédéric Moreno.

En 2004, cinquante ans après l’ouverture de son premier salon, le célèbre coiffeur passe la main à son fils Benjamin même s’il garde des parts dans l’entreprise.

Mais quatre ans plus tard, alors que la majorité du capital est cédée à un groupe financier, rien ne va plus : "j’ai été viré comme un malpropre par mon propre fils", confiera-t-il.

Il publiera même en 2011 "Le complot", un opuscule d’une cinquantaine de pages, adressé aux franchisés et largement distribué sur internet pour se livrer à une attaque en règle contre son fils cadet. Mais Dessange International ne parviendra pas en février 2012 à faire condamner le fondateur de l’entreprise pour dénigrement.

Le nom de Jacques Dessange a aussi été cité en 2015 par le Monde et des médias internationaux parmi les détenteurs de comptes non déclarés au fisc chez HSBC Suisse. Le célèbre coiffeur y aurait eu jusqu’à 1,6 million d’euros entre 2006 et 2007. Il aurait ensuite régularisé sa situation avec le fisc français en 2012.

Depuis de nombreuses années, Jacques Dessange s’adonnait à sa passion pour la peinture dans sa propriété de Sologne.

Ce décès survient moins d’un an après celui de Jean-Louis David, l’autre coiffeur des stars et inventeur du dégradé, le 3 avril 2019 à l’âge de 85 ans