Beauté des ongles, mais risques pour la santé

Beauté des ongles, mais risques pour la santé.
Beauté des ongles, mais risques pour la santé. - © SDI Productions - Getty Images/iStockphoto

Pas une semaine sans qu'ouvre un salon de soin des ongles, avec ses fauteuils alignés en vitrine et ses "petites mains", souvent asiatiques, penchées sur les ongles des clientes, un mince masque de papier sur le visage.

 

Pose et dépose de vernis classiques ou semi-permanents, pose de faux ongles à l'aide de gels ou résines, décoration ("nail art") exposent les travailleurs, pour 97% des femmes, à des substances toxiques, selon l'INRS (Institut national français de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles).

"Des mesures dans les salons de stylisme ongulaire ont révélé la présence de plus de 60 substances, avec des effets mal maîtrisés du fait de la poly-exposition", note Nicolas Bertrand, expert à l'INRS.

Le secteur connait une explosion depuis une dizaine d'années, suivant une mode venue d'outre-Atlantique.

Sans compter les boutiques non déclarées et les indépendantes qui travaillent à domicile. "On assiste à une 'plateformisation' du métier, avec la mise en relation directe de clientes et de professionnelles indépendantes", observe Nicolas Bertrand.

 

Pour la première fois, l'INRS a mis au point des fiches techniques à l'intention des salons, préconisant des produits plus sûrs, l'utilisation de tables aspirantes associées à une bonne ventilation des lieux, le port de gants et de masques avec cartouches de filtration pour la pose des résines et gels acryliques (vernis semi-permanents)...

Parmi les 3 salons visités à Paris dans un rayon de 50 m, un seul disposait de tables aspirantes et les trois ne mettaient à disposition de leurs employés que des masques légers en papier, qui "ne protègent pas", selon l'INRS.

 

Inflammation de la peau

"Il faut impérativement porter des masques à cartouches mais les esthéticiennes craignent que leur aspect (les filtres ont l'aspect de gros yeux de mouche) fasse peur aux clientes", observe Nicolas Bertrand.

Jonk, qui vient du Vietnam et travaille en manucure depuis 5 ans, a du mal à comprendre la question et finit par brandir un masque en papier. Léa, dont le salon très zen vient d'ouvrir, fait confiance à ses produits de marque. Elle n'a ni masque ni table aspirante mais assure "n'avoir jamais eu de problème".

"Le risque le plus important est l'allergie, cutanée ou respiratoire", résume Sophie Robert, experte à l'INRS.

"75% des pathologies professionnelles diagnostiquées dans ce secteur sont des allergies, dont la plus courante, la dermatite de contact, entraîne une inflammation de la peau qui peut conduire à l'arrêt de travail", souligne-t-elle.

 

La mode de l'ongle vient des Etats-Unis, où les consignes sont très strictes concernant le port du masque et la table aspirante, avec des messages en plusieurs langues à l'adresse des communautés asiatiques, russe et mexicaine à New York.

En France, beaucoup d'esthéticiennes sont d'origine vietnamienne et chinoise et l'INRS projette de diffuser via les associations communautaires des messages traduits dans différentes langues en 2020.

"C'est un secteur très innovant, avec de nouvelles techniques comme l'impression 3D (la cliente glisse le doigt, sur lequel a été posé une pellicule plastifiée, dans une imprimante 3D pour imprimer un motif), il faut constamment mesurer les effets", ajoute l'INRS.

Il y a bien une législation européenne sur les produits mais "pas toujours aussi efficace qu'on le souhaiterait". Ainsi, les acrylates, bien que dangereux, sont autorisés.

Par ailleurs, la vogue du "fait maison" ("do it yourself") conduit les particuliers à acheter sur internet des produits professionnels, dont certains sont nocifs, note-t-il.