Mince et malheureuse : Sonia Tremblay raconte son histoire

Mince et malheureuse : Sonia Tremblay raconte son histoire
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Mince et malheureuse : Sonia Tremblay raconte son histoire - © Tous droits réservés

Au HuffPost québécois, Sonia Tremblay évoque son combat quotidien pour que les corps marginaux soient acceptés dans la société.

Sonia Tremblay porte du 46-48. "Plus ronde que les autres depuis son enfance", dit-elle, elle ne ressemblait à aucun mannequin, aucune actrice – personne de connu.

Selon les codes de beauté, sa perte de poids due à une rupture aurait dû la ravir : "j’ai perdu 45 kilos environ, en deux ans. Je suis restée mince pendant deux ou trois ans, et je n’ai jamais été aussi malheureuse. Pourquoi ? Parce que j’ai maigri pour les mauvaises raisons !"

"Ça a été la période la plus sombre de ma vie. Jusque-là, j’avais toujours pensé que je serais plus heureuse en étant mince."

"Le fait est que je suis comme je suis : c’est mon métabolisme. Quand j’étais mince, je ne me reconnaissais plus. Pire, je me sentais moins belle, insipide, comme si j’avais perdu tout ce qui faisait mon charme. Je ressemblais à Madame Tout-le-Monde."

Qu’entend-t-on par "corps marginaux" ?

Souvent, Sonia peine à trouver des vêtements à sa taille dans les magasins de grandes marques. Si un espace est réservé aux tailles 46, il est généralement caché, "exposé au dernier étage, au sous-sol ou au fond du magasin", raconte-t-elle.

Pourquoi ? Sonia a sa petite idée : "ces boutiques ont peur que les gens les associent aux personnes de forte corpulence et ne veuillent pas entrer. Pourtant, les vêtements grande taille se vendent comme des petits pains sur internet."

Sa définition du corps marginal est simple : "c’est quand il ne répond pas aux critères de beauté actuels. On considère, par exemple, que les Noires, les handicapés et les personnes corpulentes ont des corps marginaux, mais il me semble que le plus gros tabou porte sur les obèses."

Des préjugés au quotidien

Sonia raconte les événements qui font partie de son quotidien.

"Il y a deux mois, je me suis étiré un muscle des côtes en faisant de la musculation. Quand j’ai expliqué à mon médecin ce qui s’était passé, elle m’a demandé : 'Ah, vous faites de l’aquagym ?' puis : 'Pendant un cours de zumba, vous voulez dire ?' À aucun moment, elle ne s’est dit que je pouvais faire de la muscu, purement et simplement."

Dans la société actuelle, les préjugés ne manquent pas sur les personnes en surpoids : "les gens croient que nous sommes fainéants et en mauvaise santé, que nous manquons de motivation, que nous sommes un fardeau pour la société, que nous ne faisons pas l’amour. Je ne peux parler qu’en mon nom, mais je suis en excellente santé et je peux vous assurer que je suis sexuellement épanouie !", affirme-t-elle.

Un combat qui commence par la visibilité

Convaincue que trouver sa place dans la société commence par l’acceptation de soi, Sonia s’adresse aux petites filles et aux ados d’aujourd’hui : "Avant toute chose, entendons-nous bien : on ne milite évidemment pas pour que tout le monde soit gros, mais pour que chacun ait le physique qui lui convient", "on peut être gros et bien dans ses baskets", poursuit-elle.

Pour s’affirmer, les personnes corpulentes méritent plus de visibilité dans les médias. Elle s’étonne d’ailleurs de l’impact récent du mouvement "body positive", alors qu’il est né il y a plus de 20 ans en Californie.

Le bon côté d’Instagram

A l’heure où les réseaux sociaux sont largement utilisés mais aussi beaucoup critiqués, Sonia voit les choses autrement : "C’est grâce aux réseaux sociaux que les filles d’aujourd’hui trouvent des modèles auxquels s’identifier, qu’elles ont des ressources et de la visibilité. Mon but est de les aider, du mieux possible."

Sonia évoque les nombreux messages qu’elle reçoit : "L’autre jour, une femme de 35 ans m’a annoncé, toute fière, qu’elle allait pour la première fois troquer ses manches longues contre des courtes cet été, parce que je l’avais aidée à avoir suffisamment confiance en elle pour cela."

Un dernier mot, Sonia ?

A la fin de son témoignage, Sonia adresse un dernier message aux lecteurs :

"Peu importe ce que vous décidez de faire avec votre corps ; ce choix vous appartient. Il ne doit pas dépendre de critères extérieurs. Ne changez pas pour faire plaisir à votre entourage mais pour vous, parce que c’est ce dont vous avez envie.

Et n’oubliez pas d’être heureux."