Zamdane s’impose aujourd’hui comme un artiste incontournable de la cité phocéenne. 
Zamdane s’impose aujourd’hui comme un artiste incontournable de la cité phocéenne.  - © Youtube / Zamdane - Affamé #10 : Athéna

Zamdane

L'ovni de la cité phocéenne

Arrivé en France en juillet 2015, Zamdane a mis un pied dans l’art made in Marseille. Débarquant, seul, du Maroc, juste avant son dix-huitième anniversaire, le jeune rappeur s’impose aujourd’hui comme un artiste incontournable de la cité phocéenne. 

Il grandit à Marrakech, dans le quartier Bab Doukkala près du souk Jemaa el fina. "Booba et Lacrim sont beaucoup écoutés au bled", raconte Zamdane sur le site site BackPackerz. Mais à l’époque, il n’était pas familier avec la scène hip-hop. "Je n’écoutais pas de rap avant", lâchera-t-il en 2018 au micro de Radio Nova, dans l’émission Grünt consacrée au rap français. 

Le destin en a décidé autrement. Le jeune Zamdane, turbulent, rate son bac de peu. Il se voit refusé de tous les lycées de Marrakech. Un établissement d’Istres, en France, veut bien lui accorder une seconde chance. Ayoub, de son vrai nom, s’en empare et débarque dans cette "ville paumée", dans les Bouches-du-Rhône, à moins de 60 kilomètres de Marseille. 

C’est là qu’il fait la rencontre de Bliss (rappeur). Une grande histoire d’amour commence. Sous la tutelle de Bliss, Ayoub est initié à l’art du freestyle. En quelques mois, le rappeur parvient à comprendre les codes du milieu. Il apprend les différentes manières de rimer, ainsi que les règles des mesures. C’est Bliss, encore, qui lui fera écouter le son "Les anges déçus, les gens déçus" de Georgio. Le son déclenche chez Zamdane l’envie de vraiment se lancer dans le rap. "Ça a été le briquet qui allume la mèche", raconte-t-il à Radio Nova. 

Planète Mars

Finalement bachelier, Ayoub poursuit des études d’économie à Marseille. La ville est un vivier historique du rap français. Jul, SCH, Akhenaton, Soprano: c’est dans cet environnement imprégné d’une histoire très riche que le jeune Zamdane, à peine majeur, fait ses premiers pas. 

Il s’installe dans le quartier du Cours Julien, dans lequel il se confronte à un public de jeunes MCs, immergés dans l’âge d’or du freestyle. Ils étaient plusieurs à se rassembler dans le boulodrome du Cours Julien, le soir, autour d’une enceinte. Le voilà qui assimile la technique de son entourage. Travaillant sur ses phases et ses flows, il développe ses textes et son français, et embrasse la sincérité qui transparaît de chacune de ses mesures. Zamdane se lance à la conquête de la scène marseillaise. 

En 2017, il franchit une étape en sortant son premier clip, "Favaro", tourné par son gars sûr Bliss. Il est tout de suite remarqué pour son talent. Cumulant des phases poignantes, des références savamment assemblées autant aux animés japonais qu’à la culture populaire, dans un univers sombre et authentique, Zamdane a trouvé sa vocation. Le clip de "Favaro" compte aujourd’hui 2,3 millions de vues sur Youtube. "Doko", "TJPC", "Minato" : la même année, Zamdane enchaîne les clips et se perfectionne. Dans ses sons, il raconte la rupture qu’il a vécue entre le Maroc et la France, et la solitude qu’il a éprouvé à son arrivée sur le sol français.  

Bilingue, Ayoub, au début, fait le choix de ne rapper qu’en français. C’est avec cette langue qu’il reste le plus à l’aise, et prend le plus de plaisir à rapper. L’année suivante, il sort son premier album, "20’s", avec dix titres, et qui achève de le propulser sur le devant de la scène marseillaise.

"Quand j’appelle mon moi futur, ce bâtard ne décroche pas", raconte-t-il dans le son Sinbad sorti sans clip sur Youtube, le 3 janvier 2017. Pourtant, des années plus tard, l’avenir semble lui sourire. Il fait un passage remarqué (et remarquable !) en 2018, dans le Grünt #34 consacré aux rappeurs de la cité phocéenne. C’est la même année qu’il entame une série de freestyles, "Affamé", en collaboration avec le réalisateur Paul Maillot. Les clips de ses freestyles sont pour la plupart tournés au Maroc ; une manière pour lui de renouer avec le pays qui l’a vu naître, et de placer quelques mesures en darija, dialecte marocain. 

En parallèle de la série "Affamé", il cumule les projets dans lesquels il propose toujours son flow mélancolique, oscillant entre la plainte et le chant mélodieux, notamment Z en 2019 et Chrysalis en 2020. 

Tout ce qui nous lie peut faire nos différences

Début 2020, Zamdane montre avec le single " Low " qu’il peut pousser le kickage jusqu’au chant mélodique, une empreinte qu’on lui reconnaissait déjà sur ses projets précédents, le tout sur un ton et un texte parfois aussi sombre que la prod. "Y’a que l’argent qui m’sépare d’un animal". Un flow chantant et mélodieux que Zamdane parvient à maîtriser dans les sons de "Chrysalis". "Dire qu’à la base y’a 4 ans j’suis venu bledard", lâche-t-il dans un son du projet, "NTM". Un vécu qui insuffle à ses paroles un réel relief, et la dalle d’un Marocain arrivé sans avenir en France se ressent dans son rap nihiliste, empreint d’une poésie tortueuse. 

Affamé 

Début 2021, Zamdane a repris sa série de freestyles "Affamé" à partir du 6ème, des freestyles dans lesquels il reconnaît la chance inestimable d’avoir pu se lancer sur la voie du succès. C’est aussi l’occasion pour lui de montrer sa maîtrise des flows chantants, planants et mélodieux, sur des prods aux drums proche de la drill, tout en gardant cette ambiance sombre et mélancolique. Dans l’avant dernier freestyle en date, sorti le 12 mai, "Sentimental", Zamdane fait comprendre à son public qu’il avance sur son terrain de prédilection, et que de placer quelques phases en darija apporte au son quelque chose de fort, permettant aussi de coller à l’identité du rappeur, partagé entre le Maroc et la France. Zamdane a avoué suivre avec intérêt, sur le site BackPackerz, l’ascension des rappeurs marocains, dont il s’inspire pour élaborer son flow chantant et mélodieux. Notamment du duo Shayfeen ou encore de Madd, qui s’est illustré début 2019 dans un feat avec Laylow, "Visa", démontrant une scène marocaine en pleine expansion. Son dernier clip en titre qui clôt la saison des freestyles Affamé s’intitule "Marseille". Un dernier hommage avant de conquérir le monde.