Tu n'as rien suivi aux incendies en Amazonie? On t'explique tout! 2 images
Tu n'as rien suivi aux incendies en Amazonie? On t'explique tout! - © PABLO COZZAGLIO - AFP

Tu n'as rien suivi aux incendies en Amazonie? On t'explique tout!

Tu as passé ton été sur une île déserte sans wifi et sans 4G? Tu n'as rien suivi aux incendies qui frappent la forêt amazonienne? Pas de stress, Tarmac te file un cours de rattrapage.

Une vague d'incendies ravage la forêt amazonienne depuis plusieurs semaines, provoquant l'émoi de la communauté internationale. Au Brésil, les feux de forêt ont augmenté de 83% depuis le début 2019, par rapport à l'année précédente. Selon l’Institut national de recherche spatiale (INPE) qui guette les départs de feu en temps réel, 3859 nouveaux incendies, dont environ 2000 en Amazonie, ont été enregistrés dans les journées de jeudi et vendredi. 

La sécheresse, mais surtout la déforestation

Les autorités brésiliennes ont voulu rassurer en expliquant que c'était un phénomène habituel en cette saison.   "Nous sommes dans une saison traditionnellement chaude, sèche, avec des vents forts durant laquelle, malheureusement, des incendies se produisent chaque année dans la région amazonienne", expliquait le président d'extrême droite brésilien Jair Bolsonaro. Sur Twitter, le ministre de l’Environnement affirmait que "la sécheresse, un temps sec et la chaleur ont provoqué une augmentation des incendies dans tout le pays".

 

Ce n'est pas faux. En juillet au Brésil, c'est la fin de la saison des pluies, du coup le nombre d'incendies augmente. Mais la sécheresse est loin d'être la seule cause de la forte augmentation des feux de forêt. Pour Paulo Moutinho, chercheur à l'Institut de recherche environnementale, la déforestation explique la majorité de ces incendies. Au Brésil, les habitants ont l'habitude de faire des défrichements par brûlis: ils utilisent le feu pour nettoyer des zones forestières, fertiliser des terres afin de les rendre cultivables.

Mais cette année, ces départs de feu sont particulièrement fréquents, avec 75236 foyers, soit 83% de plus qu’en 2018. "En 2019, la sécheresse n'est pas aussi sévère que lors des années précédentes, or il y a une hausse substantielle des incendies, explique Paulo Moutinho. Tout indique donc que la saison sèche n'est pas du tout le facteur prédominant".  Suite à de fortes pressions issues de la communauté internationale, Jair Bolsonaro a annoncé qu'il interdisait les brûlis agricoles dans tout le pays pendant soixante jours. Mais cette interdiction ne concerne que "l'Amazonie légale", soit les Etats brésiliens sur lesquels s'étend la forêt. Ailleurs, la technique du brûlis peut être utilisée à condition qu'elle soit considérée comme essentielle aux pratiques agricoles. 

Vague de critiques

Tout a commencé quand le président brésilien a limogé Ricardo Galvao, le président de l'INPE (Institut national de recherches spatiales) après la publication par l'Institut des chiffres sur la déforestation. Le président brésilien accusait Ricardo Galvao d’exagérer l’ampleur de la destruction de la forêt amazonienne. Suite à cet épisode et à l'énorme incendie qui frappe l'Amazonie, Jair Bolsonaro s'est attiré les foudres d'ONG, de populations indigènes et de scientifiques. 

Le président n'a pas hésité à répondre à ces critiques en insinuant que les ONG pourraient être à l'origine de l'incendie "pour attirer l'attention" sur la suspension par le gouvernement de subventions à la préservation de l'Amazonie.   

De nombreuses réactions

Les images aériennes des incendies ont provoqué une vague d'indignation dans le monde entier. La hashtag #PrayforAmazonia s'est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes, dont certaines personnalités publiques comme Leonardo Di Caprio, ont partagé en masse les clichés et les vidéos des incendies, tout en exprimant leur indignation. Il s'est avéré plus tard qu'énormément de photos  étaient fausses, prises soit à une autre période, soit carrément hors de l’Amazonie.

Face à la pression grandissante, Jair Bolsonaro a finalement autorisé l'envoi de l'armée (huit avions et 3900 hommes) pour contrer la propagation du feu. Mais le président brésilien n'a pas hésité a critiquer ouvertement certains pays (européens principalement) ayant proposé leur aide. Il s'en est pris à Angela Merkel, puis à Emmanuel Macron. "Ce n'est pas seulement l'Allemagne, mais toute l'Europe qui n'a pas de leçon à nous donner sur l'environnement", a-t-il déclaré.

Le président français se trouve d'ailleurs particulièrement dans le viseur de son homologue brésilien. Celui-ci s'est dit "prêt à parler avec un pays ou un autre, sauf (avec) notre cher Macron, tant qu'il ne se rétractera pas sur la souveraineté (du Brésil) sur l'Amazonie". Emmanuel Macron avait en effet déclaré que la question de la souveraineté de l'Amazonie était ouverte, envisageant l'opportunité d'attribuer un statut international à la forêt amazonienne.

Bolsonaro a également refusé les 20 millions de dollars  proposés par le G7, avant de finalement déclarer qu'il était "ouvert" à "une aide financière d'organisations et de pays de l'étranger".