"Suprêmes", le biopic de NTM : à base de bavures, d’émeutes et de rap

Entre une rétrospective du début de carrière de NTM et un focus sur la vie banlieusarde du début des années 90, "Suprêmes", le biopic sur Kool Shen et Joey Starr, est enfin sorti.

Réalisé par Audrey Estrougo, le film se concentre sur les débuts du groupe, avant qu’ils ne deviennent des piliers du rap français. A l’époque, Didier n’est pas encore JoeyStarr et graffe les murs du métro, Bruno n’est pas encore Kool Shen et écrit ses premiers textes à l’abri des regards. Les deux futures stars vivent dans une France agitée par les émeutes suite à plusieurs décès de jeunes de banlieue liés à des interventions de la police.

Un contexte social

Au-delà de l’histoire de NTM, le film nous offre donc un aperçu de la société française du début des années 90. Les jeunes de quartiers se sentent abandonnés par les représentants politiques, harcelés par la police et leurs contrôles, ils défient l’autorité avec violence, et la police n’est pas en reste quand il s’agit de répondre. On y voit aussi les tensions et guerres de territoires entre les différentes banlieues d’Île-de-France. Même si l’histoire se passe il y a 30 ans, les événements font clairement écho à la réalité d’aujourd’hui.

Dans le film, on découvre comment deux jeunes de cité vont réussir à s’éloigner des embrouilles grâce à leur musique. Challengés par Squat et Solo (du groupe Assassin), les deux potes se mettent à rapper "comme les Américains". Malgré les tensions entre les membres, les premières tournées foireuses, les concerts qui finissent en bagarres et les potes un peu trop encombrants, NTM est parvenu à se professionnaliser et devenir le "porte-parole" des banlieusards.

Casting réussi

Dès les premières minutes, Théo Christine et Sandor Funtek nous font presque oublier que nous ne sommes pas devant les deux réels membres du groupe. Les deux caractères sont bien ancrés dès le début de carrière : Kool Shen, le bosseur et lyriciste du groupe rempli d’ambition, et Joey Starr, le chien fou imbibé qui met tout le monde d’accord lorsqu’il est sur scène. La relation très compliquée de Joey avec son père est également un grand axe du film, autant que son impact sur le jeune homme et sur sa musique. Mention spéciale aux scènes entre père et fils, bluffantes comme si le classique de NTM "Laisse pas traîner ton fils" prenait vie sous nos yeux.

Malgré la success-story du groupe, le film n’en est pas moins sombre. Il met en évidence les doutes des deux artistes, le regard des autres, la précarité des banlieues, la condescendance des maisons de disques,… Autant d’éléments qui n’ont pas rendu la tâche facile à NTM pour parvenir à grimper les échelons, mais qui d’un autre côté ont forgé les caractères des deux rappeurs dans leur quête d’authenticité. C’est d’ailleurs cette authenticité qui marque dans la plupart de leurs morceaux, et qui fait d’eux des légendes du rap français. Il fallait donc bien un biopic… Voilà qui est chose faite, et c’est plutôt réussi !

Découvrez l’interview de Théo Christine et Sandor Funtek