Polémique

Marine Le Pen et Laurent Wauquiez tentent de briser les rêves de Médine

Quand j'connaissais pas le statut d'intermittent
Que ma pauvreté, c'était mon taff à plein temps
Y'avait qu'une seule chose qui changeait le mal en patience
Tout ce que je voulais faire, c'était le Bataclan

Tout ce que Médine voulait faire c'était le Bataclan. Et il semblerait que certains politiques en aient décidé autrement. Marine Le Pen, Laurent Wauquiez et d'autres députés français se sont donné pour mission d'empêcher l'artiste d'accéder à son rêve. Un pétition est lancée depuis samedi pour faire annuler les deux dates (le 19 et 20 octobre) de concerts prévus à la mythique salle du Bataclan.

Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du .La complaisance ou pire, l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit ! MLP - Marine Le Pen (présidente du FN et députée)

Au , la barbarie islamiste a coûté la vie à 90 de nos compatriotes. Moins de trois ans plus tard, s'y produira un individu ayant chanté " crucifions les laïcards " et se présentant comme une " islamo-caillera ". Sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France. - Lauren Wauquiez (président des Républicains)

Pour comprendre les raisons de cet acharnement il faut remonter à 2015 quand Médine sort le morceau "Don't Laïk". À l'époque, les paroles très crues de la chanson suscite la polémique:

Crucifions les laïcards comme à Golgotha, c’est clairement un oxymore, dans ce qui est proposé comme image. On ne crucifiait pas les laïcards à Golgotha. Et d’ailleurs, il ne s’agit pas de crucifier à proprement dit les laïcards. Il y a un déroulé d’absurdités, d’oxymores jusqu’à la fin du morceau, qui amène vers l’exorcisme de la laïcité. Et c’est ça qui est le plus important. Parce qu’à la fin, je rappelle que la laïcité est possédée par un certain nombre de gargouilles de la République.

Comme nous le rappelle Libération, le rappeur s'était défendu en expliquant dans les colonnes des Inrocks qu'il voulait " absolument parler de la façon dont est manipulée aujourd’hui une valeur républicaine comme la laïcité alors que dans son esprit et sa lettre, la laïcité est faite pour réunir les gens".

Trois ans plus tard, des élus français ont fait tourner une pétition qui a déjà cumulé plus de 16.000 signatures en deux jours. Leur vœux ? "demandez au préfet de police de Paris et au directeur du Bataclan d'interdire ce concert ou d'en annuler la programmation dans ce lieu ou des dizaines de personnes ont été lâchement assassinées".

L'auteur de la pétition, Grégory Roose (ex-délégué départemental du FN) dénonce également le port d'un t-shirt sur lequel on peut y lire le mot "Jihad". Selon lui, Médine aurait voulu "provoquer" et "jouer sur l’ambiguïté". "Sa chanson "Jihad" auquel ce vêtement fait référence est plutôt pacifiste, mais pour qui ne la connait pas, ce t-shirt est plus que choquant et agressif" dénonce-t-il. Pour Rappel, le mot Jihad signifie effort en arabe. Le Jihad, mot utilisé à tort et à travers par les groupes terroristes, est une notion censée conduire à plus de paix et de partage chez les Musulmans.

Certaines victimes de l'attentat du 13 novembre ont vivement déploré une instrumentalisation à des fins politiques :

Survivant du , je ne prétends pas parler au nom de tous les autres. Je pense personnellement que @Medinrecords a parfaitement le droit de jouer au @bataclan_. @Medinrecords n'est pas un "jihadiste", ni un prêcheur de haine. La récupération de @laurentwauquiez @MLP_officiel ou est à vomir.  - Naudin Christophe

En effet, on est en droit de se demander pourquoi les politiques ne se manifestent que maintenant. Pourquoi n'ont-ils pas réagi lorsque le morceau "Bataclan" est sorti par exemple ? Sachant que celui-ci est plus récent et qu'il rend hommage à la fameuse salle. Pourquoi remuer le passé, sachant que Médine lui-même a reconnu en 2017 avoir été trop loin avec le clip d' "I don't Laïk" ?

L'artiste n'a pas répondu tout de suite répondu à ses détracteurs si ce n'est qu'il a posté une photo de lui tout sourire sur Instagram avec pour seul commentaire, "merci pour vos messages", adressé à ses fans et à tous ceux qui le soutiennent. 

Mais lundi soir, il a finalement publié un nouveau message dans lequel il déclare combattre "toutes formes de radicalisme dans mes albums. Un engagement qui me vaut les foudres de l’extrême-droite et de ses sympathisants, qui n’hésitent pas à détourner le sens de mes chansons ; ceux-là même aujourd’hui qui tentent d’instrumentaliser la douleur des victimes et de leur famille."

Médine conclut son post par cette question : "Allons-nous laisser l’extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts voire plus généralement limiter notre liberté d'expression ?"