Lord Esperanza / "La force du hip-hop actuel, c'est la diversité sonore que l'on se permet"
Lord Esperanza / "La force du hip-hop actuel, c'est la diversité sonore que l'on se permet" - © Tous droits réservés

Lord Esperanza

"La force du hip-hop actuel, c'est la diversité sonore que l'on se permet"

"Je crois que la chanson qui me représente le plus n’est pas encore créée", mégalo Lord Esperanza? Pas vraiment. Du haut de ses 21 ans ce garçon originaire de Paris est certes fort confiant, mais il garde malgré tout les pieds sur terre. Conscient de sa popularité grandissante celui que l'on considère comme le digne héritier de Nekfeu reste un jeune homme bienveillant qui cherche avant tout à inspirer ceux qui l'écoutent et à répandre l'amour autour de lui; tout en conservant bien sûr un sens de l'égo-trip bien senti.

Actuellement en tournée, Lord Esperanza était à Liège le vendredi 6 juillet pour le festival Les ardentes. Après son show, "L'enfant Du Siècle" a accepté de nous accorder quelques minutes de son temps. Un temps où nous avons fait le choix de ne poser aucune question, mais où nous avons mis en avant quelques uns de ses titres. À l'artiste de réagir et de commenter à sa guise les morceaux choisis. Un exercice particulier qui a permis d'en savoir encore un peu plus sur lui.

 

"Je ne suis pas rappeur, je suis un artiste " - (Internet-Internet)

(Rires) Assez étrangement, j’assume mes propos. Un artiste ça englobe beaucoup de choses que je tends à devenir, mais pour l’instant c’est un peu compliqué pour moi. Un artiste c’est quelqu’un qui se réinvente, c’est quelqu’un qui est capable de sortir de sa zone de confort… Chose que je tente de faire, mais qui prend beaucoup de temps et de maturité. Je suis sur la voie, mais ce n’est pas encore trop ça. Quand on me demande par exemple quels artistes m’inspirent, je peux passer d’Alexander McQueen à Amy Winehouse en passant par Basquiat ou Picasso… Il n’y a pas vraiment de fil conducteur, puisqu’au final, au delà de l’artiste il y aussi la personne et ce en quoi elle a influé sur le monde, c'est ce qui m’intéresse.

J'revois mon père tracer une courbe et me dire : "T'y arriveras pas, c'est une statistique"
Un an plus tard, j'vaux un demi-million d'euros grâce à ma rigueur artistique
Alors, crois en tes rêves, va jusqu'au bout pour en avoir le cœur net
Ceci est pour toi, pour il, pour elle, pour vous, pour nous, et tous les enfants d’Internet. - (Roi du monde - Internet)

Ça c’est vraiment du vécu. Mon père a vraiment tracé sur une feuille blanche une abscisse et une ordonnée; il a mis une flèche et il m’a montré le haut de la flèche avec les artistes que j’idéalisais. Ensuite, il m’a indiqué le bas de la courbe en me disant que j’étais là et que j’allais y rester. Mais je crois que c’était sa manière, un peu maladroite, de me dire: " prouve-moi que j’ai tort, mon fils ". La phrase d’après, c’est un peu ma réponse. Maintenant je ne me dis pas que j’ai déjà tout accompli, mais j’ai de la chance d’avoir suscité un peu d’intérêt à mon échelle. Et je suis assez fière de moi quand des gens me disent que grâce à ma musique ils croient en leur rêve. Il y a même des gens qui me disent qu’ils ont surmonté des périodes difficiles de leur vie grâce à mes textes. Ce qui me pousse parfois à conscientiser mes propos, tout en restant divertissant quand même. Moi-même j’écoute de rappeurs qui me font découvrir des thématiques et des sujets d’actualité. Sans Médine je n'aurais pas su ce qu'il se passait chez les Rohingyas par exemple. En dehors du divertissement, le rap c’est aussi un moyen ludique d’apprendre.

Ramène n'importe quel rappeur français, trappeur suisse ou chanteur belge je vais lui rappeler comment épeler "Lord c'est le meilleur". - ( N'importe lequel - Dans ta ville)


 (rires) Ce n’est pas forcément quelque chose que reflète ma pensée, c’est vraiment de l’égo-trip pure. Au final, comme je le dis dans " Roi du monde ": Je m’endors en roi du monde, je me lève auprès de mes craintes"… C’est là où réside toute la dualité. Quand je dis " chanteur belge ", c’est parce que j’ai été inspiré par des mecs comme Jacques Brel ou Stromae qui sont pour moi de grands artistes. Cette phrase c’est vraiment un moyen insolant de m’adresser à ma génération aussi. J’idéalise tellement quelqu’un comme Stromae que je n’oserais même pas me mettre en concurrence avec ce mec. C’est un tel génie, il n’y a même pas de débat là-dessus. Par contre, dans ma tête c’est un objectif d’être capable de " décomplexifier " ma musique comme il l’a fait. Sa faculté à parler des choses complexes avec des mots simples est impressionnante. Franchement si tu me lis Stromae merci pour tout ce que tu nous a légué.


Je crache ma haine avec de l'autotune
Sur vos classiques de merde de boom bap. - (Acid banks - Dans ta ville)

Encore un paradoxe ! Parce que j’adore le boom bap et que j’adore en faire. Mais pour moi, un artiste il se réinvente continuellement, il est dans la rupture. J’ai par exemple adoré le dernier Childish Gambino pour ça. Il y a quatre phases dans le même son et ça je trouve que c’est exceptionnel. C’est vraiment un grand artiste. Pour moi en fait on peut très clairement faire de l’autotune sur du Boom bap alors qu’il y a quelques années ça aurait dérangé. La force du hip-hop de maintenant, c’est cette diversité sonore que l’on se permet.