Hasbulla Magomedov

Du Daghestan à la conquête du monde

À moins que vous soyez enfermés dans un bunker en attendant la fin du monde, il est impossible de passer à côté du phénomène Hasbulla (aussi nommé Mini-Khabib mais on reviendra là-dessus). Plus de 2 millions de followers sur Instagram après seulement quelques mois, le petit homme a fait du chemin sur la toile. Portrait.

Attachez vos ceintures, direction Mahachkala, métropole du Daghestan, République russe fédérée située dans les montagnes du nord-est du Caucase, à la frontière de la Tchétchénie. Dans cette contrée devenue mondialement populaire notamment grâce au GOAT du MMA, Khabib Nurmagamedov, la région abrite d’autres stars à en devenir en dehors du cadre sportif. Youtubeurs, influenceurs, chanteurs, le monde découvre cette flopée de talents du Caucase. Depuis plus d’un an, la Russie et les ex-pays de l’URSS découvrent Hasbulla Magomedov, un jeune de 18 ans atteint d’une maladie dont le diagnostic reste encore brumeux même si on pense qu’il souffre du rachitisme, une maladie similaire au nanisme. Pour faire court, cette maladie empêche sa croissance des os et des cartilages à cause d’une carence en vitamine D et en calcium. Le jeune Hasbik (surnom donné par les internautes) mesure 97 centimètres pour 18 kilogrammes ce qui lui donne l’apparence d’un bébé avec une vivacité d’esprit déconcertante. Dans ses vidéos filmées à l’arrache, Hasbulla vit sa vie, une vie rythmée par des dérapages en quad, par la conduite de grosse cylindrées et la dégustation de fraises. Par ailleurs, l’influenceur malgré lui s’est fait connaître notamment par le gimmick " La fraise, c’est de la bombe " qui, depuis, a été déclinée en plusieurs variants et rentrée dans le langage de sa génération. Jusque-là, Hasbulla était populaire dans le monde russophone. La rencontre avec un Youtubeur chevronné va tout changer.


Hasbulla devient Mini-Khabib


Le 25 novembre 2020, Hasbulla apparaît dans une vidéo d’un certain Ashab Tamaev, Youtubeur et combattant de MMA. Le contenu comptabilise 3,5 millions de vues où on voit les deux loustics passer une journée ensemble. Très vite, Hasbik devient le guest attitré qui apparaît quasiment dans toutes les vidéos avec des challenges aussi étonnants les uns que les autres : Hasbulla fait de la cuisine accompagné d’un singe, Hasbulla dépense des grosses sommes d’argent en 3 minutes, Hasbulla s’envole après avoir été attaché à 50 ballons gonflés à l’hélium… Team No Limit quoi.
Attention le Youtube russe est un peu différent. Dans les vidéos de Ashab Tamaev, parler, exhiber de l’argent n’est pas du tout tabou. Les deux "famous guys" en parlent ouvertement et Hasbulla ne cache pas du tout son envie d’en faire et se sent épanoui de son statut de blogueur naissant. Par ailleurs, il confie que ses apparitions sont grassement payées et cette rentrée d’argent lui permet d’aider sa modeste famille.


La vie suit son cours jusqu’au jour où Hasbulla annonce une nouvelle fracassante : il est prêt à combattre n’importe qui dans une cage de MMA et fait un appel à tous les adversaires (de son poids bien entendu à savoir 18 kg) du monde. Très vite, un jeune du Tadjikistan du nom de Abdurozik, qui souffre des mêmes syndromes, répond à l’appel : la légende Hasbulla Magomedov est aux portes de l’internationalisation. La préparation de ce combat, véritable show orchestré de A à Z par Ashab Tamaev, devient planétaire. Une conférence de presse légendaire, qui comptabilise plus de 13 millions de vues sur la chaîne officielle de Ashab Tamaev, propulse le jeune Hazbik. En effet, durant la conférence de presse, les deux adversaires se parlent et se clashent : on découvre deux personnalités complètement différentes. Hasbulla est à la fois fougueux, nerveux et, à plusieurs reprises, propose à son concurrent de faire parler les poings. De l’autre côté, Abdurozik est plus calme et plus sage. Par ailleurs, le petit Tadjik, influenceur également, expose ses perspectives d’avenir : il aspire à devenir l’imam de sa ville tandis que Hasbulla, bien que très porté par la religion, annonce la couleur : money, money, money pour faire plaisir à ses proches et acheter une voiture à son père. Deux personnages, deux ambiances.

Serein au départ, l’échange s’envenime et Hasbulla descend de sa chaise pour aller dans le camp de son adversaire et le traite de petit morveux tout en lui assénant un coup de pied à la volée. La séquence fait le tour des réseaux sociaux : la hype de Hasbulla Magomedov dépasse les frontières russophones pour happer le monde entier. Mini-Khabib est né.


Mais pourquoi Mini-Khabib ? On pourrait sans doute dire que c’est un phénomène d’identification des relayeurs occidentaux. Sachant que Khabib Nurmagamedov (le GOAT je le répète) est originaire de la même République, l’étiquette était évidente. De plus, juste avant le buzz, Khabib avait invité Hasbulla à partager un repas dans un restaurant de Mahachkala. Une rencontre qui, elle aussi, a fait le tour de la toile. Bref, Hasbulla Magomedov devient la star des réseaux sociaux, mais le combat n’a toujours pas eu lieu et l’attente est pénible pour ses supporters.


Quelle est la suite ?


Suite à cette conférence, différents contenus ont vu le jour avec des titres alléchants sur la chaîne Youtube d’Ashab Tamaev (Hasbulla se prépare au combat, Abdurozik se prépare au combat, A quand le combat ? etc.). Pourtant, aucune once du combat à l’horizon même s’il est encore d’actualité sur les lèvres des deux combattants. La hype va-t-elle s’arrêter brutalement pour Hasbulla ? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, le petit bonhomme continue de publier des photos sur son compte Instagram : devant des grosses voitures, avec des armes, ses virées en quad et ses conseils de vie. Affaire à suivre…