Damso au Palais 12 / Quelle vie si ce n'est celle-ci
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Damso au Palais 12

Quelle Vie si ce n'est celle-ci ?

Tout peut aller très vite dans une carrière. Quand en 2017, Damso remplissait Forest National pour y défendre son deuxième album "Ipseité", on se doutait déjà de l'imminente montée en puissance du rappeur. Un an plus tard, Dems a sorti un acclamé troisième album devenu entre temps double disque de platine. Il bat des records de streamings en France et en Belgique et ses apparitions lui permettent de remplir les plus grandes arènes. Le tout en restant relativement discret avec les médias. "Quelle vie si ce n'est celle-ci" doit-il se dire en ce vendredi 14 décembre, à l'aube d'achever en beauté une année 2018 dont il est assurément l'un des hommes forts.

Pour cette date à domicile, la dernière de la tournée "Lithopédion", l'homme de la soirée s'est donc offert un soldout dans la plus grande salle de Bruxelles. Lorsqu'il fait son entrée aux alentours de 21h et sous les hurlements de son public, l'artiste entame directement son set dans une hystérie collective avec "Feu de Bois" avant d'enchainer avec le 'tubesque' "Je fais que du sale". Pas besoin d'être un observateur aguerri pour se rendre compte d'entrée de jeu que Damso n'a pas lésiné sur les moyens et compte bien marquer le coup ce soir. Le travail proposé par William Kalubi et ses équipes pour offrir un show d'ampleur est titanesque, le jeu de lumières est somptueux, la scénographie impeccable et les projections qui accompagnent les tracks sont captivantes. Sous une coupole composée d'écrans qui donne à la scène un air de cathédrale, Damso se promène en toute sérénité face à une foule impressionnante.

Niveau setlist, tout y passe évidemment, et la plupart des classiques issus de ses trois albums sont repris par un public au taquet qui multiplie les "Vie" comme un signe de ralliement universel. L'inoubliable "BruxellesVie" déchaine les passions tandis que "Lové" met tout le monde d'accord. Hasard du calendrier, alignement des planètes, appelez cela comme vous voulez mais Damso entame alors l'émouvant et ancien "William" dont les paroles ne pouvaient mieux tomber : "Je suis fatigué, il est trois heures du mat'/Un 14 décembre/J'écris ce texte avec un cognac/Des clopes et des cendres/Je m'réfugie dans mes pensées/Pour plus y penser". Le track sera d'ailleurs dédié à la mère de son fils présente dans la salle.

Damso n'a même plus vraiment besoin de chanter des titres comme "E.Signaler" ou "Smog" tant les textes sont connus par cœur. C'est aussi ça l'un des paradoxes Damso. Sa musique peut-être à la fois complexe et festive, mélancolique et sans filtres, cynique ou introspective et pourtant, chaque parole, chaque punchline semble assimilée par le public sans questionnement.

Cette 1h45 de concert se déroule sans le moindre accroc. Un hit saal et fédérateur comme "Periscope" ressemblerait presque à une antiquité dans la discographie du belge tant sa productivité est importante. Le bâtiment continue de surchauffer lorsque Damso balance "N. J Respect R " ou "J'suis dans le Tieks" avant que le morceau "Aux Paradis" ne vienne scotcher tout le monde avec ses impressionnants visuels. Et si dans le passé, certains ont pu lui reprocher le peu d’efforts apparents qu’il propose en live, la donne est tout autre ce soir. Damso se sent bien chez lui et le fait savoir.

Si ce n'est accompagné de son fidèle DJ Le Ritchies qui enverra toute la soirée des t-shirts dans la foule grâce à un pistolet prévu à cet effet, Damso est seul durant tout le show. Qui oserait d'ailleurs croire qu'il a besoin d'un backeur? Pourtant, le maitre de cérémonie fera tout de même monter Mathieu aka MattRach, un talentueux guitariste découvert sur Internet, pour l'accompagner sur "Seultou". Et à concert exceptionnel, invités exceptionnels puisque Damso se permet également le luxe d'inviter Kalash pour rapper leur titre commun "Mwaka Moon" avant qu'Orelsan ne fasse son apparition pour interpréter le déjà classique "Rêves Bizarres". S'en suivent enfin l'incontournable "Θ. Macarena" qui semble provoquer une véritable vague humaine avant que le très intense "Amnésie" ne vienne conclure une soirée aux allures de communion.

En toute humilité, Damso remercie son public en lui demandant de soutenir les artistes locaux et de ne pas attendre qu'ils percent en France, dans les médias ou ailleurs. Un dernier coup de "BruxellesVie" pour la route et le rappeur s'éclipse, sous les "Waar Is De Feestje". Une prestation magistrale à la hauteur du tournant qu'a pris son parcours en 2015. Oui, tout peut aller très vite dans une carrière. Et s'il continue d'avancer à ce rythme, essayer de minimiser la suprématie de Damso sur le rap francophone va se révéler très compliqué.