Comment Orelsan réussit-il toujours ses come-backs ?

"Civilisation", le nouvel album d’Orelsan, sort ce vendredi. Après trois ans d’inactivité, le rappeur de Caen dévoile un projet qui était déjà certifié disque d’or avant même sa sortie. Mais comment fait-il pour revenir toujours au top ?

Depuis le début de sa carrière, Orelsan a toujours privilégié la qualité à la quantité. Dans une époque où de nombreux artistes enchaînent les projets (par crainte de finir aux oubliettes ?), l’auteur de "La Terre est ronde" n’hésite jamais à bien prendre son temps entre chacun de ses albums. Quitte à jouer avec les nerfs et la patience de ses fans.

Pourtant, que ce soit à la sortie du "Chant des sirènes" après la polémique autour de "Sale pute", celle de "La fête est finie" après six ans sans album solo ou celle de "Civilisation" après trois ans d’absence totale, Orelsan réendosse à chaque fois son costume d’incontournable du rap français avec une aisance déconcertante.

Un titre coup de poing

Une grande partie de l’explication se trouve dans les morceaux choisis pour porter ses différents albums. Et on peut dire qu’Orel et son équipe ont le nez fin. Ils l’ont encore prouvé en sortant "L’odeur de l’essence" cette semaine (deux millions de vues en 24h). Un morceau "coup de poing", une "claque", "choqué",… Les commentaires autour du clip sont unanimes. Mais cette stratégie du morceau puissant pour annoncer un album semble déjà bien rodée.

En 2011, Orelsan sort le clip de "Raelsan" pour teaser la sortie de "Le chant des sirènes" et met tout le monde d’accord. Fini l’image du jeune looser, Orelsan se présente désormais comme une sorte de super-héros : masque sur les yeux, cheveux mi-longs, plus fit' que jamais. L’univers du clip et surtout les lyrics mettent une claque aux fans ! Alors qu’il est toujours poursuivi pour "provocation au crime" après avoir joué "Sale pute" en live, le rappeur règle ses comptes, défend son univers musical avec rage, et envoie même une petite flèche aux associations féministes qui l’ont traîné en justice ("Merci quand même pour le coup de pub").

Six ans plus tard, c’est avec un autre morceau fleuve aux lyrics puissants qu’il fait son grand retour. "Basique" devient presque instantanément un classique. En quelques mots très simples, Orelsan dénonce les vices de la société et marque les esprits avec un clip incroyable et surtout une formule qui restera dans l’usage de la langue française : "Basique… Simple". Avec ce clip, Orelsan qui avait fait un retour en groupe avec les Casseurs Flowters rappelle à tout le monde qu’il est toujours bien présent. Résultat, l’attente autour de l’album "La Fête est finie" est énorme, et on sait aujourd’hui à quel point le succès a été au rendez-vous.

Un génie du marketing

Il n’y a pas qu’avec sa musique à proprement parler qu’Orelsan fait la différence. Le Normand a par exemple été un des premiers à percevoir la puissance d’internet.

A l’époque où la plupart des artistes misaient encore sur les grosses maisons de disques et les passages en radio, lui sortait ses morceaux sur Myspace (une plateforme d’échange de musique, ndlr) et proposait du contenu humoristique en vidéo bien avant l’existence des premiers youtubeurs. C’est d’ailleurs avec son morceau "Saint-Valentin" qu’il a commencé à attirer l’attention du public.

Plus de dix ans plus tard, les plateformes et le rap game ont changé, mais Orelsan est toujours comme un poisson dans l’eau quand il s’agit de marketing. Il y a deux mois, alors qu’il n’est pas encore du tout question d’un nouvel album, le rappeur sort du bois avec une série documentaire sur sa vie, sa carrière et son équipe de choc. Le tout est filmé par son petit frère Clément Cotentin qui depuis toutes ces années a accumulé des heures et des heures de rushs en filmant son grand frère.

Le pitch est plutôt alléchant, et le résultat est une masterclass et devient "LE truc à voir". "Ne montre jamais ça à personne" est un succès, tous les médias en parlent, la stratégie a fonctionné ! Il ne restait plus qu’à annoncer la sortie imminente de "Civilisation", et la hype était là.

Ajoutez à cela non pas une, mais quinze versions physiques aux visuels différents, chacune en versions limitées. Et voilà comment on décroche un disque d’or sans sortir un seul morceau. Chapeau Aurélien.