Véritable temple bruxellois de la musique, l'Ancienne Belgique souffle ses 40 bougies cette année.
Véritable temple bruxellois de la musique, l'Ancienne Belgique souffle ses 40 bougies cette année. - © CAMILLE DELANNOIS - BELGA

40 ans de l'AB : on a évoqué les grands moments hip-hop avec le directeur artistique

Véritable temple bruxellois de la musique, l'Ancienne Belgique souffle ses 40 bougies cette année. L'occasion pour Tarmac de revenir sur plusieurs décennies de hip-hop à l'AB avec Kurt Overbergh, le directeur artistique de la salle de concert.

Quels sont tes meilleurs souvenirs hip-hop à l'AB?

"Je pense que mon premier concert hip-hop à l'AB, c'était le concert de Public Enemy à la fin des années 80 (ndlr: en 1990 exactement). C'est dans cette période-là que Public Enemy a sorti l'album "It takes a nation of millions to hold us back". Ce n'était pas seulement un album de rap, c'était un peu le CNN pour la communauté noire. Chuck D était un grand rappeur avec une très belle voix, une grande inspiration pour moi aussi. Il était venu à l'AB avec les S1W, Security of the frist world (ndlr: en référence au "third world", le tiers monde), leur propre service de sécurité qui étaient avec des faux fusils-mitrailleur. Ça m'a donné vraiment beaucoup d'énergie dans cette grande salle qui était sold-out. C'était énorme! C'était une sorte de révolution dans ma tête. C'était très différent de, par exemple, De La Soul qui est venu quelques mois après. Ils étaient en mode "Daisy age", c'était un peu le "flower hip-hop", mais c'était aussi une grande inspiration pour moi. Plus tard on a eu Kanye West dans la grande salle, il était sur scène avec des cuivres. On a eu aussi Kendrick Lamar, et aussi malheureusement Asap Rocky. Ça a été le pire concert au niveau hip-hop à l'Ancienne Belgique".

A la fin des années 80 et début 90, l’AB a été un lieu de rencontre pour les acteurs du hip-hop : rappeurs, graffeurs, danseurs, DJ’s… Peux-tu nous raconter cette époque ?

"On a fêté deux fois l'anniversaire du mouvement hip-hop à l'Ancienne Belgique. Lors de ces deux fêtes, on a vraiment rassemblé tout le mouvement, pas seulement avec des bruxellois mais aussi avec des artistes internationaux. C'était quand même très important de fêter ça parce que cette culture était encore vue comme la musique du bling-bling et des bitches. Heureusement maintenant, il y a des gens comme Kendrick Lamar qui permettent au mouvement d'être pris au sérieux, notamment dans les médias. Aujourd'hui il y a Zwangere Guy, Stikstof, Roméo Elvis, L'or du commun, le 77,... C'est un mouvement très important! Il y a Angèle et Juicy qui sont très connectées avec ce milieu-là. Il y a Coely, Miss Angel, Blu Samu... Donc ce mouvement, c'est extrêmement important que l'AB le soutienne en tant que grande institution".

Le visiteur moyen de l’AB a 35 ans. On voit que le hip-hop cartonne chez les plus jeunes. Est-ce que selon toi l’AB a assez anticipé cette nouvelle vague hip-hop ?

"Le concert qui m'a fort étonné, c'est le concert de Hamza. On est à Bruxelles, mais les cultures flamandes et francophones sont quand même fort différentes. Hamza n'avait jamais joué à l'Ancienne Belgique, et il n'est pas connu du côté flamand. Donc on a vu 2000 personnes arriver ici à l'AB, c'étaient des francophones, un public très jeune! Donc de temps en temps, on est nous-même fort étonnés de voir tout d'un coup 2000 personnes extrêmement jeunes qui viennent pour un concert. Et surtout avec le hip-hop qu'on propose vraiment souvent à l'AB ces dernières années, on attire un public plus jeune que notre public moyen". 

A l'avenir, quelle sera la place donnée au hip-hop au sein de l'Ancienne Belgique?

"On est très content d'avoir présenté toute cette scène hip-hop bruxelloise, mais aussi belge. Dès le moment où tu as ouvert la porte à ce mouvement, elle reste ouverte. Je pense même que les portes sont devenues encore plus grandes pour s'ouvrir encore plus à ce mouvement. C'est un mouvement très dynamique, très novateur. On dit souvent que l'AB est une salle pour la communauté flamande, moi je trouve que c'est une salle belge comme son nom l'indique. Et contrairement au monde du rock, cela se passe dans le mouvement hip-hop : les wallons et les flamands travaillent ensemble, ils font des collaborations et il n'y a pas de frontière. Et c'est ça que j'aime et qui me tient vraiment à cœur".