US Open : La métamorphose de Naomi Osaka, nouvelle forte personnalité du tennis mondial

Naomi Osaka à l'US Open
Naomi Osaka à l'US Open - © MATTHEW STOCKMAN - AFP

Avant, Naomi Osaka était une jeune fille timide, réservée, plus à l’aise devant son ordinateur que devant un micro. Gênée devant les stars de la raquette, au point de ne pas oser saluer Serena Williams. Et elle n’était pas très populaire en dehors du Japon, malgré ses deux titres en Grand Chelem, et malgré son statut de "sportive la mieux payée du monde". Mais ça, c’était avant. Avant le confinement, avant la crise, avant la pause tennistique, avant les scandales de violence policière aux Etats-Unis.

La joueuse japonaise a vu des images insoutenables, comme tout le monde. La mort de George Floyd, et tant d’autres injustices que l’on subit, quand on n’est pas blanc, au Pays de l’Oncle Sam.

Naomi Osaka n’est pas blanche non plus, et c’est dommage de devoir le préciser, en 2020. Sa mère est japonaise, son père est haïtien, et elle vit en Californie. Le racisme, elle en a été victime aussi. Sa propre famille maternelle n’a pas accepté le mariage mixte de ses parents. Encore maintenant, elle est régulièrement insultée sur les réseaux sociaux, par ceux qui lui reprochent de ne plus être américaine (elle a dû choisir entre ses deux passeports). Ou pas tout à fait japonaise.

Alors, elle s’est sentie concernée, comme tout le monde devrait l’être. Elle s’est levée, elle a oublié ses peurs, et elle a pris la parole. On l’a vue dans les manifestations contre le racisme, à Minneapolis. Et on a assisté à son incroyable prise de position, lors du tournoi de Cincinnati. Elle a refusé de jouer sa demi-finale, après avoir vu Jacob Blake se faire tirer sept balles dans le dos par un policier. Dans un message, elle a dit être bien consciente qu’elle ne changerait pas le monde en ne jouant pas un match. Mais espérer amorcer une discussion.

Une grande preuve de courage sur un circuit aseptisé, où les journalistes ne peuvent pas parler de tout avec les joueuses, en conférence de presse. Où les joueuses ne peuvent donc pas parler de tout non plus. Une sagesse étonnante, une maturité inattendue.

Elle a gagné. Les organisateurs du tournoi ont observé une pause d’une journée dans la programmation, ce qui a permis à Osaka de monter sur le court le lendemain. Et surtout, on a parlé d’elle et de son combat, dans le monde entier. Et des dizaines d’autres joueurs et d’autres sportifs lui ont crié leur admiration. Aujourd’hui, tout à coup, l’ancienne jeune fille effacée est considérée comme la plus grande personnalité du tennis féminin.

Un Belge connaît particulièrement bien Naomi Osaka. Forcément, puisqu’il est son entraîneur. C’est Wim Fissette, qui travaille avec elle depuis l’hiver dernier.

Entretien avec Wim Fissette, à quelques heures du quart de finale de Naomi Osaka, contre l’Américaine Shelby Rogers…

Wim, vous êtes sans doute resté pas mal de temps sans voir votre joueuse, au printemps dernier. Trouvez-vous qu’elle a changé, pendant le confinement ?

Je suis en effet resté à la maison pendant deux mois et demi, sans voir Naomi. Je lui parlais tous les deux ou trois jours. Après cela, on s’est entraînés ensemble pendant trois mois. A mon avis, le fait de faire une pause pendant deux mois et demi a été important pour elle. Elle a commencé à jouer au tennis à quatre ans, et depuis lors, elle en a fait tous les jours. Cette période sans tennis et sans pression lui a fait du bien. En plus, le tennis, les entraînements, la compétition, lui ont manqué, et c’est très positif. C’était aussi une période durant laquelle elle a eu le temps pour faire d’autres choses. Par exemple, aller manifester contre le racisme. C’est tellement important pour elle, qui a été victime de racisme, quand elle était jeune. Quand elle n’a plus voyagé, elle a pu voir ce qui se passe aux Etats-Unis, et s’occuper de cela.

Il faut être totalement focalisé sur son tennis, quand on dispute un tournoi du Grand Chelem. Parvient-elle à faire la part des choses, pendant l’US Open ?

Naomi est quelqu’un de très structuré. Et quand on a eu des semaines d’entraînement, elle s’y est consacrée à 100%. Après six semaines de travail, on a fait un break de dix jours. Et elle a de nouveau pu faire d’autres choses, comme des séances photos. Mais aussi suivre le mouvement "Black Lives Matter". Pendant l'US Open, elle ne se consacre qu’au tennis. La seule chose, c’est qu’elle a amené sept masques à New York. En espérant jouer sept matches. Sur chaque masque il y a le nom d’une victime du racisme. Elle fait chaque fois passer un message, en montant sur le court.

Que pensez-vous de ce qu’elle a fait pendant le tournoi de Cincinnati, refuser de jouer sa demi-finale ?

Elle a pris une grande décision, après avoir gagné son quart de finale. Cela a été une surprise. Je trouve que c’est une bonne chose, et je suis très fier de ce qu’elle a fait. En 2018, elle a gagné son premier tournoi du Grand Chelem. Mais à l’époque, elle avait du mal à parler en public. Deux ans plus tard, c’est une grande personnalité, une "role model". Elle s’ouvre de façon incroyable. Je suis très heureux pour elle.

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