Steve Darcis, le requin est un phœnix

Steve Darcis, le requin est un phoenix
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Septembre 2006. Bratislava. Coupe Davis. La Belgique se déplace en Slovaquie pour retrouver le groupe mondial. Julien Hoferlin est le nouveau capitaine et emmène dans son sillage une joyeuse troupe de Liégeois venus encourager l’équipe nationale de tennis. Au cœur de cette belle armée rouge, un jeune homme en béquilles. C’est Steve Darcis. Tous les ingrédients de sa carrière sont réunis à cet instant : la Coupe Davis et sa folie, Liège, les amis, Julien et, malheureusement, les blessures.

12 mois plus tôt, il la jouait, la Coupe Davis. Il flirtait avec le top 150 et ce vrai talent de 21 ans était la relève annoncée des Rochus, Malisse ou Vliegen. Made In AFT, revers à une main breveté.

Mais une blessure au genou plus tard donc, le revoilà 483e mondial au moment d’aborder sa première remontada, sa marque de fabrique.

12 mois plus tard, fin 2007, il a grimpé 400 places, quatre à quatre. Entre-temps, exploit rarissime, il gagne un titre dans trois catégories différentes la même année. Un " Futures ", un " Challenger " et un " ATP ".

Le dernier est son premier " grand " titre. A Amersfoort, il fait fort, très fort. Il sort des qualifications, gagne 8 matchs, dont 4 contre des top 70, écarte le 14e mondial Youzhny et brandit le trophée. Finalement, il gagnera deux tournois ATP, avec sur sa route, Memphis, en 2008.

Mais l’essentiel est ailleurs. Car chaque fois, ou presque, que Steve s’installe, Darcis se blesse.

Un véritable casse-tête, épaule et genou-pied. Mais " Shark " – son surnom – est un phœnix. Il sort du Top 100 en 2010 ? Il y revient en 2011, tutoyant le top 50 en 2012.

Symbole ultime de sa guigne quand il gagne : sa victoire contre Nadal au premier tour de Wimbledon. Jamais l’Espagnol (27 ans alors) n’avait perdu au premier tour d’un Grand Chelem. Darcis tient l’exploit de sa carrière mais… s’est blessé pendant le match, sur une chute. Shark a mordu Rafa, mais le lendemain, ce sont les dents de l’amer. L’épaule est en vrac. 8 mois sans jouer. Le héros en vert est un homme de verre. Gazon maudit.

Un an plus tard, il est à nouveau… 483e mondial. Il ne lui faudra que 12 autres mois pour retrouver les portes du top 50. Le même scénario, avec des blessures aux poignets ou au coude, se représentera plus tard. Il reviendra plus fort, encore. Il finira même par atteindre son meilleur classement (38e) en 2017.

Cette force de caractère, il va s’en servir dans " sa " compétition. La Coupe Davis, donc. Car s’il a le corps fragile, il a surtout le cœur bien accroché, les tripes au top. Il apprend à l’aimer dans les défaites. Une en 5 sets contre Wawrinka. " Mister Coupe Davis " est né. Dans ce rendez-vous collectif, on trouve ce supplément d’âme qui va forger notre homme. Avec, comme premier rendez-vous avec l’histoire, cette victoire contre l’Argentine en demi-finale, en 2015. A Forest National, Goffin et Darcis sont nos rock stars. Goffin prépare le terrain, Darcis termine le boulot. Leur fabuleuse tournée se prolongera au Palais 12, deux ans plus tard, contre l’Australie. Ce week-end-là, Steve a deux coachs, deux amis. Yannis, au bord du terrain et Julien, juste quelques nuages au-dessus des gradins.

Les finales seront perdues. Contre la France, en 2017, Steve Darcis s’alignera blessé. C’était écrit, Lille ne sera pas son paradis.

Mais les souvenirs resteront. Comme cette victoire incroyable en Allemagne, où son revers slicé a découpé le moral d’Alexandre Zverev. Steve Darcis a marqué l’histoire du tennis belge. Il n’a pourtant jamais atteint la deuxième semaine d’un Grand Chelem et n’a plus gagné de titres ATP depuis plus de dix ans.

Cette année, après une année 2018 sans jouer, il a tenté un dernier retour. Pas tout à fait gagnant, malgré une demi-finale dès le premier tournoi de la saison. Les douleurs sont revenues. Et l’envie, peu à peu, est partie. Il lui reste encore quelques mois pour marquer une dernière fois les esprits. On est presque certain qu’il le fera. Un dernier pied de nez aux coups durs. Et un dernier " Aux AAAAAARMES ", son chant de victoire, pourra retentir. Comme à Bratislava, avec ou sans béquilles.

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