Roland-Garros : Rafael Nadal, favori malgré tout ? Oui, peut-être, mais…

Rafael Nadal, douze fois vainqueur de Roland-Garros
Rafael Nadal, douze fois vainqueur de Roland-Garros - © AFP

Cette année, à Roland-Garros (cet automne, à Roland-Garros), Novak Djokovic devrait être aussi fort que d’habitude. Hypermotivé et revanchard, après sa disqualification à l’US Open. Dominic Thiem devrait être encore plus fort que d’habitude. Galvanisé par sa première victoire en Grand Chelem, il y a deux semaines. Alexander Zverev pourrait être fort, s’il est remis de la terrible déception d’une finale new-yorkaise perdue au tie-break du cinquième set. Les jeunes pourraient être très forts.

Et Rafael Nadal ? C’est rare, avant une édition du tournoi parisien, mais on ne sait pas du tout s’il sera très fort…

Son bilan, à Roland-Garros ? Il est hallucinant : 93 victoires, et deux défaites (plus un forfait). Et bien sûr, douze trophées. Pour beaucoup, il est encore LE grand favori du tournoi. Pour ses adversaires, notamment. Selon Dominic Thiem, qui a déjà perdu deux finales parisiennes contre l’Espagnol, "Rafa est l’énorme favori, grâce à son passé, et même si les conditions seront difficiles pour lui". Il ne peut évidemment pas dire autre chose, sous peine de porter une étiquette beaucoup trop lourde de vainqueur potentiel. Selon Novak Djokovic, "Nadal sera encore l’homme à battre, même s’il a montré à Rome qu’il n’était pas invincible sur terre battue". Qu’il le pense vraiment ou pas, le voilà, lui aussi, débarrassé d’un statut de favori pas toujours très confortable.

Pour le directeur de l’épreuve, Guy Forget, "Rafael Nadal est, de toute évidence, le grandissime favori". Mais les conditions de jeu seront différentes, il n’aura pas son staff habituel avec lui, il ne sera pas dans le même hôtel et la même chambre. Il pourrait à nouveau rencontrer Dominic Thiem. Et il pourrait trouver, en face, des joueurs qui commencent à y croire, contre lui. Mais il est tellement bluffant, depuis plus d’une décennie, qu’il est difficile de ne pas en faire le favori de ce tournoi".

En fait, Guy Forget a un peu résumé le sentiment général. On n’ose pas enlever au duodécuple* vainqueur de Roland-Garros le titre de favori, parce qu’il est le duodécuple* vainqueur de l’épreuve. Mais les arguments "pour" n'évoquent justement que ce glorieux palmarès, et ce qu’il est capable de faire. A côté de cela, il y a des "mais"…

Aussi grand champion qu’il soit, Rafael Nadal a besoin de gagner des matches, pour être en confiance. Il n’en a joué que trois, depuis le printemps, puisqu’il avait fait l’impasse sur la tournée américaine. A Rome, il y a quelques jours, il a passé deux tours, très facilement. Et puis, il a chuté face à un très bon Diego Schwartzman, en deux sets, en ne jouant pas bien du tout. Il n’était pas encore au point, c’est clair.

Le sera-t-il maintenant ? C’est la grande question. On sait qu’il a toujours aimé trouver des solutions à ses problèmes, comme un joueur d’échecs. Et que travailler encore plus ne lui fait pas peur. Mais a-t-il eu assez de temps ? C’est en tout cas la première fois qu’il arrive à Paris en ayant joué aussi peu de rencontres sur terre battue, et en n’ayant pas gagné de tournois sur cette surface. Donc en manque de repères.

Les sanglots longs des raquettes en automne

Mais il n’y a pas que lui, dans la balance. Il y a également les conditions. Tout est inédit, évidemment. Jouer à la Porte d’Auteuil en septembre/octobre, cela veut dire subir une météo capricieuse. Il fait froid, il va faire humide, il pourrait y avoir beaucoup de vent. Et les prévisions sont assez catastrophiques, il devrait beaucoup pleuvoir. Ce qui, entre parenthèses, sera un problème pour beaucoup de monde, y compris les organisateurs, et les programmateurs. En tout cas, Nadal devra s’adapter à une terre plus lourde, à un jeu plus lent, à des rebonds plus bas. Et à des nouvelles balles qu’il n’apprécie pas beaucoup (Babolat a laissé sa place à Wilson). "Ces balles sont dures comme de la pierre", a-t-il déclaré.

C’est un beau défi, que de tenter de gagner le tournoi malgré tout cela. Et lui, se considère-t-il comme le favori numéro un ? Il n’a jamais clamé ce genre de choses les années précédentes, et ce n’est pas maintenant qu’il va commencer. "La situation est plus difficile que d’habitude, mais c’est comme ça. Les conditions sont extrêmes, pour disputer un tournoi extérieur sur terre battue. Je suis sur le point d’entamer l’événement le plus important de ma carrière tennistique, historiquement. Je suis là pour me battre, je dois être patient, positif, et tenter de trouver les bonnes vibrations, jour après jour."

Le tirage au sort lui a réservé le Biélorusse Egor Gerasimov au premier tour, puis le Canadien Steven Diez ou l’Américain Mackenzie McDonald, avant d’autres adversaires a priori tout à fait à sa portée en première semaine. Cela pourrait lui permettre de trouver ses marques en douceur, et de reprendre confiance petit à petit.

* Les grammairiens n’avaient pas tout prévu, et surtout pas ces multiples victoires de Rafael Nadal à Roland-Garros. Le mot "duodécuple" ne figure pas dans tous les dictionnaires. Ni "dodécuple", qui fait débat, et qui semble moins correct. Cela ne va pas s’améliorer en cas de treizième victoire, entre tredécuple, tridécuple, et "ça n’existe pas".

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