"Personne ne parle de Marin Cilic ? Tant mieux, c'était le cas quand il a gagné l'US Open"

Le Croate Marin Cilic est en huitième de finale sans avoir cédé plus de 3 jeux par set à ses trois premiers adversaires. Il fait partie du top 10 mondial, il est en forme, il avance dans le tournoi... mais personne ne parle de lui. Nadal, Djokovic, Murray, Wawrinka, les Français, attirent l'attention des spectateurs et de la presse. Mais pas lui.

Entretien avec le manager belge de Marin Cilic, Vincent Stavaux...

Vincent, il y a un homme dont on ne parle pas beaucoup, dans ce tournoi, mais qui a l'air de tenir la super-forme, c'est votre joueur, Marin Cilic...

Il va très bien, oui. Depuis qu'il est sur le circuit, c'est la première fois qu'il réussit un tel parcours, lors de la saison sur terre battue. Il avait gagné Roland-Garros quand il était junior, mais c'est sa meilleure saison sur cette surface depuis qu'il est professionnel. Il était en quart de finale à Monaco et à Rome, et il a surtout gagné le tournoi d'Istanbul, en battant Raonic en finale, et en ne perdant pas un seul set pendant la semaine.

Et ici, il gagne vite, donc il ne perd pas trop d'énergie, ce qui est très important, dans un tournoi du Grand Chelem...

Les matches vont devenir de plus en plus compliqués, face aux ténors du circuit. Et le fait de ne pas avoir perdu beaucoup de temps sur les terrains va être un élément positif pour lui. Il n'a concédé que 3 jeux maximum dans chaque set qu'il a joué. Il est clair que cette méthode expéditive est très bonne, en vue de la deuxième semaine.

Il a sans doute été, avec Rafael Nadal, le joueur qui a gagné ses matches le plus facilement, depuis le début de la quinzaine. Et pourtant, on ne parle pas de lui, ni de ses matches. Et on ne le cite même pas comme possible outsider du tournoi...

C'est une très bonne nouvelle. Parce que ça veut dire qu'on est en train de reproduire le schéma de 2014, quand il a gagné l'US Open, et que personne ne l'a vu arriver. La situation est toujours la même avec un joueur qui est humble, "low profile", et qui ne fait pas parler de lui. On ne le voit jamais arriver, et il peut être tout aussi dangereux que les autres.

Mais on ne parle pas de lui dans la presse non plus...

Ca, c'est un peu plus surprenant. L'Equipe, par exemple, n'a pas écrit une ligne sur lui depuis le début du tournoi, alors qu'il est top 10, et qu'il est en huitième de finale sans avoir perdu un set. Mais, nous, on vit très bien avec ça. Le principal, c'est que le joueur aille le plus loin possible. Et maintenant, on est concentrés sur le prochain tour, face à Anderson.

Vous dites que ce n'est pas gênant que l'on ne parle pas de lui. Mais tout être humain a un minimum d'ego. Il n'y a pas, malgré tout, une petite frustration ?

La frustration n'est pas là, pour la simple et bonne raison que cela ne se passe comme ça qu'en France. Marin est ultra-connu dans d'autres contrées. Il est très demandé sur le continent américain. En Angleterre aussi, pour avoir fait de bons résultats à Wimbledon et au Queen's. C'est vraiment très limité à la France.

Et cela veut dire qu'il n'y a pas de conséquences négatives sur son image, ou auprès des sponsors ?

Non, et la preuve, c'est qu'on vient de signer avec un nouveau partenaire, un fabricant de montres italien. Mais c'est vrai que même ma famille m'en parle, et me dit qu'on n'entend pas souvent parler de lui. Comme je le disais, c'est limité à ces contrées du nord de l'Europe. Et encore, en Belgique, c'est un peu mieux, vu que je suis belge.

Il se sent bien en France ? Il aime les langues; il parle un peu français ?

Honnêtement, il commence à se débrouiller. C'est un peu comme Kim Clijsters. Elle sait parler français, mais elle est mal à l'aise. Marin est un peu dans cette phase-là, il n'est pas encore à l'aise avec les gens extérieurs, mais il commence à parler français avec moi. C'est quelqu'un qui est très perfectionniste.  Donc tout ce qu'il fait, il le fait à fond. Là, il a trouvé une méthode sur le net, pour apprendre le français. Et ses progrès sont significatifs. S'il est encore là dimanche prochain, on verra s'il sait parler français ou pas. Lors du discours (rires)...

A quoi occupe-t-il son temps pendant le tournoi, quand il ne joue pas, et qu'il ne s'entraîne pas ?

On est un staff très uni, de six personnes, et on prend plaisir à se retrouver, à aller se balader sur les Champs-Elysées, à aller manger dans un bon petit italien ou un bon restaurant français. Quand il ne joue pas, il y a l'entraînement, les soins, la préparation physique, donc les journées passent vite.

En tant que Belge, vous avez forcément été touché par ce qui est arrivé à David Goffin...

Oui, surtout que David et Marin sont proches. Ce sont tous les deux des joueurs qui sont humainement sont "des gens bien", et humbles. On s'entraîne très souvent avec David. Et voir ce qui lui est arrivé, ça brise le coeur. Et c'est la même chose, quel que soit le joueur auquel ça arrive.

Il y a eu un début de polémique, à propos des bâches qui se trouvaient en fond de court. Marin Cilic vous en a-t-il parlé ?

Non, je crois que c'est une fausse polémique. Peut-être que David a commis une petite erreur, celle de vouloir trop bien faire. Les bâches sont à la hauteur des juges de ligne. La chaise peut être un objet aussi dangereux que la bâche, mais la chaise fait partie du jeu. On pourrait avoir la même chose, si un joueur est trop gourmand, et qu'il heurte le montant du filet. Et pourtant, le filet fait partie du jeu depuis la nuit des temps. Je pense que David avait vraiment envie de bien faire. Il a eu de la malchance, il ne faut pas toujours aller chercher midi à quatorze heures. Il a eu un horrible coup de malchance, et on lui souhaite vraiment un prompt rétablissement.

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