"On ressent la pression d'un vestiaire qui se vide"

Filip Dewulf, demi-finaliste de Roland-Garros en 1997
Filip Dewulf, demi-finaliste de Roland-Garros en 1997 - © YORICK JANSENS - BELGAIMAGE

Les demi-finales masculines du tournoi de Roland-Garros vont opposer, ce vendredi, Marco Cecchinato à Dominic Thiem, et Rafael Nadal à Juan Martin Del Potro. Marco Cecchinato, le 72e joueur mondial, est l'invité-surprise du dernier carré, comme l'avaient été Filip Dewulf et Gustavo Kuerten, en 1997. Gustavo Kuerten, 66e mondial à l'époque, était allé jusqu'au bout, et avait soulevé le trophée du vainqueur. Et le Belge avait réussi un exploit unique dans l'histoire du tournoi, atteindre les demi-finales après être passé par les qualifications.

Filip Dewulf, qui suit toujours les tournois du Grand Chelem, en tant que journaliste, pour le quotidien "Het Laatste Nieuws", est bien placé pour comprendre et commenter la situation dans laquelle se trouve Marco Cecchinato...

Filip, Marco Cecchinato est dans une situation qu'il n'attendait certainement pas avant le début du tournoi. Pour vous, ça avait été la même chose, en 1997. Et on se souvient qu'en demi-finale, vous aviez connu un trop-plein, un ras-le-bol peut-être. Est-ce le plus grand danger qui guette un joueur-surprise, dans un Grand Chelem: à un moment, c'est fini, on n'a plus de jus, on n'a plus d'envie ?

Il est certain que la force mentale va jouer un rôle dans son prochain match. Mais pour moi, c'était différent, parce que Paris est tout près de la Belgique. Il y avait beaucoup d'attente de la part des supporters belges. J'entendais ce qui se passait en Belgique. Marco Cecchinato, lui, est un peu plus loin de l'Italie. Maintenant, quand il a battu Novak Djokovic, les médias internationaux lui ont sauté dessus. En un instant, il a plus de pression sur les épaules, il y a beaucoup plus d'attente. Et logiquement, il va commencer à réfléchir un peu plus. Et puis, je l'ai toujours dit, quand le tournoi avance, les vestiaires se vident, et on ressent la pression dans les vestiaires, on la voit. C'est ça qu'il va devoir gérer. Et ça ne va pas être évident. D'un autre côté, son tournoi est déjà réussi, il n'a rien à perdre.

Si son tournoi est déjà réussi, ne risque-t-il pas de ne plus avoir la rage de vaincre ?

Ne rien avoir à perdre, ça enlève de la pression. Moi, après mon premier tour, j'avais dit que mon tournoi était réussi, et j'ai quand même encore gagné quelques matches. Je ne sais pas ce qui est le mieux, cela dépend de lui. Dans ce cas-là, il faut un entourage qui essaye de vous garder dans le tournoi, qui essaye de vous aider à vous concentrer sur le prochain match. Je pense qu'il est bien entouré. Moi, il me fait un peu penser à Gustavo Kuerten, qui venait de nulle part, qui n'avait pas non plus d'histoire en Grand Chelem, avant Roland-Garros 97. Il n'avait gagné qu'un Challenger, et c'est tout. Quand il a entamé le tournoi, il était 66e mondial. Il a fait le tournoi de sa vie, et sa carrière était lancée. Peut-être va-t-il se passer exactement la même chose pour Cecchinato.

Après sa victoire sur Djokovic, quand on lui a dit qu'il allait entrer dans le top 30 mondial, il a répondu que sa vie allait changer, et qu'il le savait. Sa vie va forcément changer ? La vôtre avait changé ?

Oui, absolument. D'un joueur inconnu, il devient un peu une star. En tout cas, pendant cette quinzaine. J'ai bien aimé sa réponse, quand on lui parlait de son statut de tête de série à Wimbledon. "C'est bien pour mes adversaires", a-t-il dit. Ca veut dire qu'il a de l'humour, et de la légèreté. Mais c'est comme ça, si tu fais un exploit, comme il l'a fait, on en parle partout dans le monde, et tu vas être connu pendant le reste de ta vie. Lui, en plus, il a une histoire, même si ce n'est pas la plus belle des histoires. Il va devoir gérer ça aussi. Des personnes vont encore lui parler de son affaire de matches truqués, et ça va encore le suivre un peu. Mais à part ça, je suis content qu'il soit en demi-finale, parce que c'est un joueur agréable à voir. Il a un beau jeu, et j'espère qu'il peut encore continuer un peu.

Peut-il inquiéter Dominic Thiem en demi-finale ?

J'ai été très surpris de son match contre Novak, parce qu'à la fin Novak a très bien joué. Il y avait beaucoup de pression sur Cecchinato dans tie-break du quatrième set. Avant cela, il était aussi revenu dans le quatrième set. Il n'a pas fait une seule faute grossière dans le tie-break. C'est quand même quelque chose d'inattendu, pour un joueur qui vient de gagner ses premiers matches en Grand Chelem. Et ça me fait dire qu'il peut encore continuer comme ça, dans le même état d'esprit. Et qu'il peut, peut-être, encore créer une surprise. Maintenant, pour moi, Dominic Thiem reste le favori de cette demi-finale. Mais si Cecchinato pouvait devenir un joueur du subtop, je serais très content pour lui, parce qu'il est très agréable à voir jouer.

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