Fiction : L'incroyable déclaration de la coupe des Mousquetaires à Nadal

Nadal et la coupe, un amour éternel ?
Nadal et la coupe, un amour éternel ? - © THOMAS SAMSON - AFP

Cela fait quinze ans que l’Espagnol Nadal règne en maitre absolu sur Paris. Le trophée se lasserait-il des bras de Rafa? Leur amour absolu est-il en danger?

Je l’ai vu. J’ai su.

Cela faisait 14 jours que tout le monde m’en parlait. En cette fin de mois de mai 2005, un jeune homme avait déboulé dans mes allées. Ses cheveux longs, son bandeau.

Tu verras, il me fait penser à…euh…enfin tu vois… " C’est vrai. Quand on prenait cet air gêné pour me parler, je savais qui l’on évoquait. Bjorn. Ses cheveux longs, son bandeau. Mon premier amour. Le premier à m’avoir prise dans ses bras. Je suis née en 1981. Sa dernière victoire à Paris, lui dont c’était le territoire. Car ce sex symbol, initiales BB, était parti sans prévenir. Sans revenir. Sa retraite subite m’avait plongée dans un profond désarroi.

Oh, j’avais bien essayé de retrouver cette assurance toute nordique dans les bras de Mats, triple aimant létal de mon métal.

J’ai cru retrouver la chaleur de sa froideur dans les yeux du terrible Ivan. Le mal-aimé du grand public était par contre un fidèle amant. Au point de me priver d’un Big Mac alléchant.

D’aventure en aventure, j’ai aimé être aimée par ces champions. Jim, Sergi, André et les autres…

Mais jamais je n’avais retrouvé ce sentiment d’exception. Même si la parenthèse Guga m’a enchantée. Le Brésilien avait surpris la planète tennis en 97. Cette année-là, j’avais adoré voir des nouveaux noms, des nouveaux visages se battre pour moi. J’avais même remarqué ce petit Belge au regard azur. Mais Guga avait ce petit charme irrésistible. Ces cheveux longs. Ce bandeau…Les trois années avec lui ont fait partie des plus belles de ma vie de trophée. Ce coeur que le public croyait dessiné pour lui, je savais qu’il était pour moi.

 

C'est Roger qui en a profité

Et puis, cet appel du 5 juin 2005. Il venait d’avoir 19 ans. Il était beau, il était grand. Il sentait bon le sable rouge sang. Mon cinquième Mousquetaire. Cette maitrise du lasso extraordinaire…Cette fougue, cette force, cette détermination. Ce sang-froid déjà. Bjorn et Guga réunis. Un regard m’a suffi. Surtout que l’Argentin, en face, ne m’inspirait guère confiance.

Alors quand, vainqueur, mon gladiateur s’est approché, j’ai vibré. Oui, j’ai su. Oh, Vamos Rafa, laisse tes mains sur mes anses.

Cette danse sans faux pas aura duré 36 mois et quatre aventures aux lendemains certains.

Et puis, en 2009, tu as croisé un Suédois. Peut-être que Bjorn, jaloux, avait envoyé un de ses disciples… Mais c’est Roger qui en a profité. Je dois bien avouer que j’avais vu qu’il lorgnait sur moi depuis quelques années. Les trois dernières fois, il n’était qu’à un regard de moi. Qu’à une victoire. Mais la victoire ultime car seuls tes invincibles bras me séparaient de lui.

J’ai aimé la tendresse de Roger. Comme plus tard, la force animale de Stan et la persévérante malice de Novak.

Ces histoires, ces noms de champions sont gravés dans ma mémoire, mon socle.

Est-ce le temps qui passe, qui lasse?

Et puis, alors que beaucoup croyaient que tu me délaissais, tu es revenu à la charge. Et quelle charge!

La décima… quel souvenir! Il a vite fallu plus de deux mains pour compter combien nous étions bien. Moi qui ne sors que les grands jours de finale, je t’ai vu douze fois. Tu m’as soulevée douze fois.

 Dans vos regards qui se reflètent en mes miroirs, il est votre idole. Il est mon idylle. Indélébile. Il me croque, c’est son rituel. Je craque.

Mais ces derniers mois, j’avoue, j’ai douté. Est-ce le temps qui passe, qui lasse? Quinze ans, c’est long. L’an passé je me suis surprise à applaudir Dominic. Et même si ce n’était pas encore Thiem time, j’ai divagué. Un peu de jeunesse me ferait peut-être du bien, moi qui ne suis plus convoitée que par des trentenaires. Ou un autre French Lover? 1983, ça fait longtemps quand même… Et puis tu crois bien que l’on m’a parlé de Stefanos, cet Apollon aux cheveux longs. De son bandeau. De son regard noir rempli de détermination. En plus, je sais ce que tu fais à Monte-carlo, à Rome, à Madrid. Et même à Wimbledon. 73 fois, tu t’es perdu dans le yeux d’une autre coupe que moi.

Plongée dans ces pensées, je n’ai pas vu le virus arriver. Le temps de réaliser, j’ai pris peur. Peur de ne pas sortir cette année. De rester confinée douze mois supplémentaires. Peur, surtout, de ne pas te revoir.

Ton visage m’est alors apparu. Clair, serein, certain. Rassurant. Mon repère qui gagne. Cette passion qui jamais n’a faibli dans ton regard. Ce qui fait qu’avec toi, non, quinze ans, ce n’est pas long. Le moteur de notre liaison.

J’ai imaginé les douze petites répliques de moi, chez toi. J’ai envie qu’elles soient treize. Treize amoureux. Même s’il faut attendre octobre. L’automne sera notre printemps.

Je te verrai. Je saurai.

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