Dimanche 24 mai, Roland-Garros nous manque…

Roland-Garros
Roland-Garros - © RTBF

On se serait promis, une fois de plus, de ne pas la sortir, cette bête phrase, "waow, un an déjà, ça a passé tellement vite". Mais on aurait évidemment craqué au bout de deux minutes. Parce que oui, "waow, un an déjà, ça a passé tellement vite"

On aurait été sincèrement heureux de revoir ceux qu’on ne côtoie qu’une fois par an, ceux qui travaillent pour le tournoi de Roland-Garros, pour le bien-être des joueurs, des spectateurs, des journalistes. Et on leur aurait dit. Et il n’est pas présomptueux de penser qu’on nous l’aurait dit aussi, que certains auraient été ravis de nous revoir…

Depuis quelques semaines, on aurait entendu parler du "bel été sportif qui nous attend, avec l’Euro, le Tour de France, les Jeux Olympiques". Mais oui, bien sûr, ces fameuses années paires… Et on n’aurait rien dit. Cela fait longtemps que l’on ne rectifie plus. Les années impaires sont très bien aussi, avec leurs Mondiaux d’athlétisme, de natation, notamment. Et puis, on le sait très bien que l’été sportif, il commence avec Roland-Garros. Ce n’est pas grave du tout, de moins aimer le tennis que le football et le cyclisme.

Mais pour beaucoup de monde, une parenthèse de près de quatre mois allait s’ouvrir, comme chaque année, en cette fin du mois de mai. Qui n’est pas allé faire ses courses pendant une pause-pluie à Paris ? Qui n’a pas refusé un rendez-vous, pour ne pas louper un bon Italie/Espagne à l’Euro ? Qui n’a pas organisé une sortie en forêt ou un périple à la Côte un lundi de juillet, parce que c’était jour de repos au Tour de France ?

Qui n’a pas zappé frénétiquement, usé les piles de sa télécommande, paressé devant le petit écran pendant des heures, de mai à septembre, chaque année ? Et qui n’a pas envoyé paître un syllabus ou une pile de notes "stabylobossées", dès les premiers échanges sur la terre battue parisienne ? Qui ne s’est pas senti coupable de le faire, mais l’a fait quand même ?

"Mesdames/messieurs les contrôleurs, en place s’il vous plaît"…  "Ouverture des portes du stade"…  Nous sommes le dimanche 24 mai 2020, et ces annonces auraient dû retentir dans tout Roland-Garros, vers 10 heures.  Instinctivement, on se serait sans doute redressés sur nos chaises, en salle de presse ; on aurait peut-être pris une grande bouffée d’air. "Ca y est, c’est maintenant"... Oui, cela a passé vite, depuis la fameuse douzième victoire de Rafael Nadal. Un an déjà…

On serait déjà là depuis quelques jours, on aurait déjà assisté à des matches de qualifications, on aurait déjà vu des joueurs sourire ou pleurer, on se serait déjà demandé combien de lucky-losers entreraient dans le tableau final, on aurait déjà analysé le tirage au sort. On aurait déjà pris nos marques, dans les nouvelles installations prévues cette année. On aurait déjà admiré ou critiqué le nouveau toit, cette Arlésienne attendue depuis une dizaine d’années, et qui avait fini par arriver. On aurait déjà été regarder, avec nostalgie, ce qu’ils avaient installé, à la place de ce magnifique Court 1 qu’il avait fallu sacrifier.

On aurait déjà, ces derniers jours, interviewé, écrit, commenté. Entre deux séances de retrouvailles, "waow, un an déjà, ça a passé vite, mais on est vraiment contents de te revoir". Ou "how are you, happy to see you again", dans sa version plus internationale. On aurait embrassé beaucoup de collègues, d’amis que l’on s’est faits là-bas au fil des années, de membres de l’organisation.

Oui, "embrassé"…  Aujourd’hui, on est mal à l’aise, quand on voit deux personnes se serrer la main dans un film. "Waow, il fut un temps où l’on s’embrassait, j’ai l’impression que ça fait un siècle…"

Dimanche 24 mai 2020, 11 heures.  Un Belge, ou une Belge, viendrait peut-être de monter sur un court. Il ou elle, qui sait, s’apprêterait à disputer la quinzaine de sa vie. Des spectateurs belges commenceraient à vivre une journée qu’ils avaient programmée depuis le début de l’année. "J’ai toujours rêvé de passer une journée à Roland-Garros, et là, j’y suis enfin, c’est grand, waow"…

Pour les fans de tennis, Roland-Garros, c’est presque la maison. Un tournoi à domicile, mais en mieux. Avec le petit sac d’excursion que l’on prépare, "tu n’as pas oublié la bouteille d’eau, ça risque d’être cher sur place ?". Avec l’effervescence du voyage, de l’attente, de l’arrivée à la Porte d’Auteuil, de la découverte ou des retrouvailles. Avec un programme dans la poche. "On peut aller voir l’entraînement de Djokovic", "il ne faut pas louper le Fognini/Paire sur le 2, ça va être explosif", "Kirsten Flipkens joue en troisième match, mais il faut s’y précipiter un peu avant, il y aura beaucoup de supporters belges"…

Pour les journalistes de tennis, les Belges en tout cas, Roland-Garros, c’est un rendez-vous à part. Wimbledon est le tournoi le plus prestigieux, mais Roland-Garros est le tournoi le plus "familial". "On est chez nous"…  On y connaît tellement de monde, on y a vécu tellement de grands moments. Dominique Monami, Sabine Appelmans, Bart Wuyts, Johan Van Herck, Alison Van Uytvanck, David Goffin, et tous les autres. Chacun y a un jour réussi une grande performance. Et puis, il y a eu les inoubliables parcours de Filip Dewulf, de Justine Henin, de Kim Clijsters, du duo Xavier Malisse/Olivier Rochus. Inimaginables destins, quinzaines incroyables, souvenirs à vie. Sourires en y repensant… Nostalgie…

Dimanche 24 mai 2020. Pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, un tournoi du Grand Chelem n’a pas lieu aux dates prévues. Qui l’aurait cru au début de l’année ? A ce moment-là, on s’inquiétait pour la santé des joueurs, amenés à disputer des matches à Melbourne, dans un pays ravagé par les incendies. "Waow, j’ai l’impression que ça fait un siècle"

L’Australian Open a eu lieu, Roland-Garros est reporté, Wimbledon a été annulé, l’US Open conserve ses dates. A quoi ressemblera la page Wikipedia des Grands Chelems 2020 ? Peut-on imaginer jouer au tennis à New York dans trois mois ? Peut-on sérieusement rêver à des tribunes remplies à l’automne ? Peut-on organiser deux Grands Chelems coup sur coup avec les plus grandes vedettes présentes lors des deux rendez-vous ?

Le huis clos va-t-il entrer dans le vocabulaire tennistique, comme il l’a fait en football ? Rejouera-t-on au tennis cette année ? Personne ne le sait, on vit au jour le jour, pour le sport comme pour le reste. Il y a plus important que le sport dans la vie, bien évidemment, mais les jeux, les sets, les matches nous manquent. En particulier aujourd’hui. Parce que le tableau final de Roland-Garros devait commencer aujourd’hui…

"Mesdames/messieurs les contrôleurs, en place s’il vous plaît"…  "Ouverture des portes du stade". Cette annonce nous avait toujours semblé banale, jusqu’à présent. On la réentendra avec un immense plaisir, en septembre 2020, ou en mai 2021…

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