Diego Schwartzman, de vendeur de bracelets entre les matches à demi-finaliste royal à Roland-Garros

Diego Schwartzman, 1m68 et demi-finaliste à Roland-Garros.
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Diego Schwartzman, 1m68 et demi-finaliste à Roland-Garros. - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

Souvent en tennis, quand on perd un match en cinq sets après 5 heures de jeu, c’est la déception qui prédomine. Ce dernier zeste de zèle qui fait que, malgré la meilleure volonté du monde, il est impossible d’avouer que le mérite revient au vainqueur.

Pourtant, mardi soir, après sa défaite, le finaliste déchu et forcément déçu de Roland-Garros, Dominic Thiem, semblait esquisser un timide sourire derrière son masque de déception. “Il mérite sa victoire, il le mérite” martelait l’Autrichien en conférence de presse. “Lui”, c’est son adversaire du jour, son ami, son partenaire d’entraînement et l’un des plus petits et sympathiques joueurs du circuit, Diego Schwartzman.

Une petite taille qui a failli lui coûter une carrière professionnelle

Et si en sport la barbante litanie "Il a dû se battre pour en arriver là" est souvent utilisée à contre-courant, avec Diego Schwartzman elle prend tout son sens.

A 13 ans et alors qu’il rêve de la petite balle jaune, les médecins lui annoncent qu’il ne grandira plus. Un monde s’écroule, l’ambitieux Argentin de poche d’un mètre 1m65 voit les portes d’un monde professionnel exigeant se refermer devant lui. D’autant que son entraîneur de l’époque lui bassine à l’envi qu’une carrière professionnelle avec cette taille-là est impossible. Heureusement, sa mère trouve les bons mots : “N’abandonne pas. Depuis que tu es enfant, je sens que tu as quelque chose en plus” lui confie-t-elle.

Résultat, le talentueux Schwartzman repart de plus belle, grimpe les échelons et s’endurcit raquette en main, malgré un tourbillon quotidien loin d’être évident. Fin des années 90, l’entreprise familiale de textile fait faillite. Pour subvenir aux besoins de leurs quatre enfants, les parents se lancent donc dans la confection de bracelets, vendus à moins d’un euro pièce.

Au milieu des années 2000, alors que la carrière du jeune Diego prend du galon sur le circuit junior, il est accompagné dans ses déplacements par sa maman. Entre les matches du gamin, perchés dans une petite chambre d’hôtel, mère et fils continuent à vendre leurs bracelets, preuve que la précarité du quotidien n’est toujours pas oubliée.

Une grinta' et un style de jeu qui font du bien

Aujourd’hui pourtant, elle semble tellement loin. Diego, dont les émoluments émargent à plus de 4 millions annuels, est enfin libre dans sa tête. Et sur le terrain, cela se voit.

A 28 ans, il produit probablement le meilleur tennis de sa carrière. Hargneux, jusqu’au boutiste, il compense son déficit de taille et de puissance par une abnégation éreintante pour ses adversaires. Avec Schwartzman, les points gratuits sont rares. Il est ce qu'on appelle communément dans le jargon un joueur "coriace", enquiquinant à jouer. Mardi, c’est Thiem qui en a fait les frais. Infatigable, l’Argentin a épuisé l’Autrichien, colmatant inlassablement ses coups de boutoir pendant près de 5 heures.

Après la rencontre, un sourire carnassier aux lèvres, Schwartzman pouvait savourer. Son "Je méritais la victoire" énoncé du bout des lèvres avait quelque chose de rafraîchissant et de franchement sympathique, tant l'Argentin est un plaisir à voir jouer. Et une fois encore, la mobylette de Buenos Aires est parvenue à ses fins. Désormais, c’est un autre écueil qui se présente face à lui : la machine Rafael Nadal et ses douze bouquets Porte d’Auteuil.

Un duel, sorte de David contre Goliath revisité à la sauce française, qui met l’eau à la bouche. Avec, pour épilogue un Goliath terrassé, comme dans la mythologie ?

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