Yanina Wickmayer, enceinte de son premier enfant : "J'aime toujours le tennis, mais mes priorités vont changer"


Dix Belges se trouvent actuellement à Melbourne, en train de préparer l’Australian Open, le premier tournoi du Grand Chelem de l’année 2021. Il y a des joueurs et des joueuses de simple, des joueurs de double, et un joueur en fauteuil. Il y en a d’autres qui ont joué des matches de qualifications pour l’Australian Open, il y a quelques semaines, à Dubaï et à Doha. Ils ont, eux aussi, en quelque sorte "participé" à l’épreuve, sans y être vraiment.

Cette année, Yanina Wickmayer a fait l’impasse sur ce rendez-vous, pour la plus belle des raisons. A la fin du mois d’avril, elle et son mari, Jérôme Vanderzijl, deviendront les parents d’une petite fille.

Treize années de Grands Chelems

Mine de rien, cette absence est un événement. Depuis qu’elle a pris part pour la première fois aux qualifications de l’Open d’Australie en janvier 2008, à dix-huit ans, la joueuse belge n’avait plus raté un seul Grand Chelem. Cinquante et un tournois majeurs de suite, c’est une performance, dans une discipline où les blessures sont légion. Quelques fois, ces dernières années, elle a échoué en qualifications, mais la plupart du temps, elle a joué des matches dans le tableau final. Avec en point d’orgue, bien sûr, sa demi-finale à l’US Open, en 2009.

Melbourne sans elle, c’est particulier, pour les amateurs de tennis, en Belgique. Mais le moment est évidemment encore beaucoup plus spécial pour elle, qui n’est jamais restée chez elle, lors des grands rendez-vous tennistiques de ces treize dernières années. Nous avons donc eu envie de prendre de ses nouvelles.

Entretien avec Yanina Wickmayer…

Yanina, comment allez-vous ? Vous êtes arrivée dans la dernière ligne droite, avant LE rendez-vous de votre vie…

Je vais bien. Je suis entrée dans mon septième mois de grossesse, et j’ai hâte de rencontrer ma petite fille. Pour le moment, tout se passe pour le mieux, et je me sens bien. Je n’ai que des sentiments positifs.

Vous voyez l’avenir tout en rose, ou bien y a-t-il une part de stress aussi, à l’idée de mettre un bébé au monde, en ces temps de crise sanitaire ?

C’est vrai que la période est compliquée, et que la situation est difficile pour plein de gens. La vie n’est plus comme avant, on ne peut plus voir notre famille et nos amis. Mais moi, je vis des moments positifs, et je suis tout à mon bonheur. Je me rends compte que ce n’est pas tout à fait la réalité, mais je dois profiter à fond de ce que je vis en ce moment. Tous mes amis qui ont déjà des enfants me conseillent de profiter de chaque jour, parce que cela va passer vite. Ils me disent qu’avant que je m’en rende compte, ma fille aura déjà vingt-cinq ans. Et c’est cela que j’essaye de faire, profiter chaque jour de ma grossesse, et de cette expérience. L’avenir est incertain, mais je ne m’inquiète pas trop pour l’instant. Je vis au jour le jour, et je profite un max de tout ce que je ressens.

Le fait d’avoir bientôt votre premier enfant vous replonge parfois dans votre propre enfance ?

Oui, bien sûr. Et le tennis a été présent très tôt dans ma vie. Je n’ai pas eu la même jeunesse que les autres enfants. Quand on est enceinte, on pense forcément de temps en temps à tout cela. C’est une nouvelle expérience, tout est nouveau pour moi. Tout ce que je ressens, je le ressens pour la première fois. C’est assez spécial.

Je continue à faire du sport six jours par semaine

En tant que sportive de haut niveau, vous avez toujours fait attention à votre forme, à votre ligne. Et c’est la première fois que vous voyez votre corps changer à ce point…

Au début, j’avais un peu peur de lâcher prise. Quand on est athlète, on travaille chaque jour pour maintenir notre corps en forme. C’est notre boulot, d’être à 100% fit, de contrôler notre alimentation. Pour cela, rien n’a changé. Je fais toujours du sport, même si l’intensité est moindre, évidemment. Je dois faire attention, et je ne peux pas tout faire, mais je pratique une activité physique six jours sur sept. Je combine le vélo, la natation, des exercices. Et je marche souvent, quand il fait beau. Je m’occupe, et je mange sainement. Je pensais que ce serait pire que cela, de lâcher prise et de perdre le contrôle de mon physique. Mais même si on vit sainement, le corps change, il y a un bébé qui pousse à l’intérieur. Je vis plein de sensations pour la première fois. C’est très spécial, mais j’ai moins de soucis que je ne le pensais, à lâcher le contrôle, et à voir mon corps changer.

Le tennis a été au centre de votre vie, ces vingt dernières années. Il ne sera plus jamais votre priorité, maintenant…

D’un côté, cela fait bizarre. Mais de l’autre côté, je pense que cela ne peut que me faire du bien. Je me suis toujours consacrée à 100%, ou à 150%, à ma carrière. Et peut-être un peu trop. Parfois, j’avais du mal à me relâcher en tournoi, à aller manger tranquillement, à penser à autre chose. C’était difficile, pour moi, de profiter de ces moments, de ces voyages, de mes matches. Je voulais toujours faire mieux, j’étais perfectionniste, pas facilement contente de moi. Maintenant, mes priorités vont changer, et cela va peut-être m’aider à relativiser, à être plus cool et plus relax. A mon avis, cela va faire du bien à ma carrière, d’avoir une priorité à côté du tennis.

Une joueuse de tennis voyage partout dans le monde, mais ne connaît pas le monde. Vous n’avez sans doute jamais visité Melbourne ou New-York. Ce n’est pas un peu frustrant, quand on y pense ?

C’est surtout frustrant pour nos proches, qui savent qu’on voyage énormément, mais qu’on ne prend pas le temps d’aller visiter ces beaux endroits. Il y a plein de gens qui n’ont pas la chance de voyager comme nous. Des amis me disent : "Mais enfin, tu n’es pas allée voir ça, ou ça ?". Mais on est là pour jouer. Et quand on a fini les matches ou les entraînements, on est fatigués, et on veut se reposer. Tout est axé sur le tennis. C’est frustrant, mais c’est normal, c’est notre boulot, et c’est pour cela qu’on est là.

Je n’ai pas décidé d’avoir un enfant parce que j’en avais marre du tennis

Le jour où vous avez annoncé que vous alliez devenir maman, vous avez tout de suite précisé que votre carrière n’était pas terminée. Ce sera sans doute un sacré défi, de continuer. Parce que vous n’avez pas les moyens financiers d’une Serena Williams par exemple, et la possibilité de vous payer des nounous…

Oui, je sais. Et là aussi, je vivrai des expériences nouvelles. On va peut-être devoir trouver nos repères, au début. On a de la famille, et beaucoup d’amis, donc quelqu’un pourra peut-être voyager de temps en temps avec nous. Et nous aider sur les tournois où ce sera un peu plus compliqué. J’aimerais essayer de reprendre ma carrière. Mais j’ai dit que je reviendrais si mon corps le veut bien. Une grossesse constitue un changement énorme pour le corps. Et il y a mes problèmes au dos, qui me suivent depuis un petit moment. Je me pose quand même quelques questions, sur la façon dont je vais récupérer, sur la façon dont je vais me sentir quelques mois après mon accouchement, sur les sensations que j’aurai sur le terrain. Le fait de revenir ou pas dépendra de tout cela. Si je me sens bien, si je me sens forte sur le terrain, il n’y a pas de raisons pour ne pas tenter de revenir. Je n’ai pas décidé d’avoir un enfant parce que j’en avais marre du tennis. Ce n’est pas parce que je n’étais plus motivée, ou parce que je n’aimais plus ce sport, ou que je n’aimais plus m’entraîner. Chaque jour, j’étais contente d’aller à l’entraînement, et j’avais encore beaucoup d’ambition. Donc, si je me sens bien, mentalement et physiquement, je ne vois aucune raison de ne pas essayer d’encore jouer pendant quelques années.


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Il y a dix ans, la question ne se serait même pas posée. Les joueuses prenaient leur retraite, et faisaient des enfants après. Qu’est-ce qui a changé ? C’est le fait que Kim Clijsters ait réussi à combiner sa carrière et sa vie de maman ? C’est le fait que la WTA ait fait des efforts pour aider les mamans championnes ?

Je pense que c’est un mélange de plusieurs choses. C’est vrai que Kim a un peu montré la voie. Elle a arrêté le tennis à vingt-quatre ans, pour avoir son premier enfant. On ne savait pas si elle allait revenir ou pas. Elle est revenue, et je pense que sa deuxième partie de carrière a même été meilleure que sa première. Et puis, d’autres joueuses ont suivi. Et la WTA les a mieux aidées, avec un classement plus adapté à ces situations. Un système qui donne plus de temps aux joueuses qui veulent revenir sur le circuit après une grossesse. Mais il y a aussi autre chose. Les femmes, en général, font des plus grandes carrières qu’avant, dans le sport, dans le business, ou dans d’autres domaines. Tout le monde a maintenant compris que l’on pouvait réaliser nos rêves d’avoir une famille, tout en réussissant une carrière. Avoir un enfant ne peut pas être un frein à une carrière, on ne doit pas avoir de difficultés à combiner les deux. Maintenant, c’est parfois même le papa qui reste à la maison. Je suis contente que les choses aient changé. Au début de ma carrière, si on m’avait demandé s’il était imaginable de faire un enfant, puis de continuer à jouer et à voyager, j’aurais dit : "non, jamais, jamais". Comme, à mon avis plein d’autres joueuses. Mais la situation a changé, et je pense que c’est une bonne opportunité pour les femmes de continuer leur carrière, tout en étant mamans. C’est même une très belle chose.

Cela vous fait bizarre, un tournoi du Grand Chelem sans vous ?

Oui, ça fait bizarre, c’est vrai. Beaucoup de gens me posent la question. C’est la première fois en treize ans que je ne serai pas sur place, ni dans les qualifications, ni dans le tableau. Mais il y a tellement de belles choses qui se passent pour moi que je n’ai pas vraiment le temps d’y réfléchir. Bien sûr, je vois tout le monde parler de l’Australian Open sur les réseaux sociaux, à l’autre bout du monde. Et je sais que les tournois de préparation ont commencé, à Melbourne. Donc, je suis cela de loin. Mais ma vie est tellement remplie d’émotions et de sensations positives, les moments qui vont arriver sont tellement exceptionnels, que j’y pense sans y penser vraiment. Le tennis me manque, bien sûr, parce que cela fait quinze ans que je joue à plein temps. Les matches me manquent, l’adrénaline me manque. Les entraînements durs, quand je rentre crevée le soir, oui, ils me manquent. Mais tout cela ne me manque pas de façon négative, parce que cela a été mon choix. Je sais pourquoi je ne suis pas là. Ce n’est pas parce que je n’ai pas envie d’être là, mais c’est pour la bonne cause. Et cela change énormément la situation.

Vous n’allez pas vous lever la nuit, pour regarder les matches ?

Non, ça je ne vais pas faire (rires). Je vais profiter de mes nuits complètes, avant que le bébé arrive. Je vais utiliser mes nuits pour bien récupérer, et pour ne pas être trop fatiguée pendant la journée.

Je sens que ma fille fait déjà du sport dans mon ventre

Vous aimeriez que ce soit une maman qui gagne le tournoi ?

C’est toujours chouette de voir une maman gagner un tournoi, parce que la petite ou le petit vient toujours sur le terrain. Ce sont des beaux moments. Je suis curieuse de voir ce qui va se passer, à l’Australian Open. Cela va être un début d’année très intéressant, où on va pouvoir évaluer le niveau de chacune.

Si un jour votre fille vous dit qu’elle a envie de jouer au tennis, cela vous fera plaisir, ou cela vous fera peur ?

Les deux, je pense. Ce n’est pas moi qui lui donnerai sa première raquette, ça c’est sûr. C’est elle qui devra la demander, et qui devra dire qu’elle a vraiment envie de jouer. Ce n’est pas un sport facile, surtout au début. Et ce n’est pas toujours une vie facile. Après, entre commencer le tennis et devenir pro, le chemin est très long. Donc, si elle a envie de jouer, et si elle s’amuse, elle peut bien sûr le faire. Mon mari et moi, nous sommes tous les deux très sportifs. Et on connaît les valeurs apportées dans nos vies par la pratique du sport. Il sera très important que ma fille fasse du sport, de la natation, de la danse, peu importe le sport. J’espère que ce sera une fille qui aimera bouger. Et ce que je ressens, c’est qu’elle fait déjà du sport à plein temps dans mon ventre. A mon avis, elle aime ça…

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