Xavier Malisse est de retour sur le circuit, comme coach à succès

Xavier Malisse a mis un terme à sa carrière de joueur de tennis en octobre 2013. Depuis, on l’a vu régulièrement sur les courts de l’ATP Champions Tour, le circuit réservé aux anciens joueurs de haut niveau. Mais on ne l’a vu qu’épisodiquement autour des terrains. Il a été l’entraîneur de Kirsten Flipkens, de Ruben Bemelmans et de Kimmer Coppejans, mais ces expériences n’ont pas duré.

Il est de retour. C’est lui qui entraînait le Sud-Africain Lloyd Harris, ces derniers jours, lors du tournoi de Dubaï. Et le duo est allé loin. Harris, issu des qualifications, a éliminé des joueurs du calibre de Dominic Thiem, Kei Nishikori, et Denis Shapovalov. Il n’a été battu qu’en finale, par la révélation russe du dernier Australian Open, Aslan Karatsev.

Cette réussite valait bien quelques explications, de la part de l’ancien joueur belge. Entretien avec Xavier Malisse…

Xavier, quel est votre rôle exact, auprès de Lloyd Harris ? Et comment cette collaboration a-t-elle commencé ?

J’avais déjà coaché Lloyd Harris pendant six ou sept semaines, il y a deux ans. On s’était rencontrés par l’intermédiaire de mon ancien préparateur physique, Allistair Mc Caw, qui travaille avec lui. Et on s’était bien entendus. On est tous les deux relax, et une bonne relation de confiance s’était installée. Ils m’ont rappelé en décembre dernier, parce qu’ils cherchaient quelqu’un pour faire une demi-saison avec Lloyd. Son entraîneur habituel, Anthony Harris (qui n’est pas de sa famille), a une académie, en Afrique du Sud. Cela lui prend pas mal de temps, et il ne va plus pouvoir voyager autant qu’auparavant. Je vais donc travailler entre douze et quinze semaines par an avec Lloyd Harris. Cela a commencé à Dubaï, et je vais enchaîner avec Miami et Marbella, normalement. Ensuite, je rentrerai en Belgique. Anthony reprendra, puis moi, et on alternera. Mais je resterai en contact avec lui tous les jours, même quand je ne l’accompagnerai pas sur le circuit. Cette collaboration durera peut-être longtemps. On verra à la fin de cette saison.

Quel genre de joueur et de personne est Lloyd Harris ?

Honnêtement, pour un mec de vingt-quatre ans, il est à la fois super professionnel et très relax. Il est presque parfait. A Dubaï, même quand il terminait un match à minuit, il faisait son stretching, il allait chez le kiné, il faisait tout comme il faut. Il a beaucoup de maturité, aussi. Cela s’est vu pendant ses rencontres. Servir pour le gain d’un match, cela ne le perturbait pas du tout. Et en dehors des courts, il est super sympa, relax, prêt à donner du temps à tout le monde, et à rigoler. Voyager avec quelqu’un comme lui, c’est un rêve. Et coacher quelqu’un comme lui, aussi. Je sais que moi je n’étais pas toujours facile à entraîner, à l’époque. Je ne restais pas forcément calme, quand les choses n’allaient pas. Lui bien, il reste cool. Il est vraiment super super sympa, sur le court, et en dehors.

On se dit, vous connaissant un peu, que travailler avec un joueur pendant de douze à quinze semaines par an, cela doit très bien vous convenir…

C’est parfait pour moi. Cela me permet d’encore participer aux événements sur le Champions Tour, ce que j’aime beaucoup faire. Et on reste en contact en permanence, même quand je ne voyage pas avec lui. Et je parle aussi beaucoup avec Anthony Harris. On a une bonne relation, tous les trois. Je sais que ce n’est pas forcément facile, quand un joueur a deux entraîneurs, mais tout se passe bien. A Dubaï, j’ai pu donner mon avis, et des petits conseils. Tout s’est bien passé, et c’est aussi grâce au travail effectué par Anthony ces trois derniers mois. J’adore la situation telle qu’elle est maintenant. J’ai mes semaines de congé, mon Champions Tour, mes voyages avec Lloyd. C’est magnifique…

Cela fait du bien de retrouver le circuit, qui a été mon environnement pendant vingt ans

Vous semblez en pleine forme, et très heureux…

Je vais super-bien. Je suis très content d’avoir l’occasion de sortir de chez moi, même si on était dans une bulle, à Dubaï. Cela restait très acceptable. Comme tout le monde, j’en avais marre de rester à la maison. Cela fait du bien de voyager, de retrouver le circuit, un environnement qui a été le mien pendant vingt ans. Je vais très bien. Je vous donne peut-être l’impression d’être "fit", mais je ne sais pas si je le suis vraiment. C’est pour cela que je m’habille en noir, pour que vous ne puissiez rien voir (sourire)…

Lloyd Harris vient donc de jouer une finale dans un ATP 500, à Dubaï. Avant le tournoi, quand vous l’avez revu aux entraînements après deux ans, vous vous étiez dit qu’il avait beaucoup progressé ? Vous aviez senti venir ses performances ?

C’était compliqué, en 2019, parce que j’avais voulu presque tout dire en six semaines. Et c’était une erreur, on ne peut pas tout changer en si peu de temps, et pendant des tournois. Mais moi aussi, j’ai progressé, comme coach. Je sais maintenant qu’il est mieux de dire les choses petit à petit. Et c’est ce que j’ai fait. Lloyd Harris joue déjà bien, il a vraiment beaucoup progressé, et il est très mûr. Il a tout pour devenir un grand joueur. Servir pour le match, contre Thiem, n’a pas été un problème pour lui. C’est vraiment quelqu’un qui ne pense pas trop au score, qui joue son jeu, qui a confiance en son jeu. Il a beaucoup progressé, et moi aussi. J’adore cette collaboration. C’est quelqu’un qui écoute, qui parle beaucoup, qui rigole. C’est vraiment amusant de faire partie de cette équipe.

Et il peut encore progresser ?

Il joue déjà à un très bon niveau, mais il peut encore s’améliorer. Il bat déjà des joueurs du top 10 ou du top 15, mais ce qui est bien, c’est qu’il peut encore mieux jouer. Son service est déjà là, et sa maturité aussi. Et mentalement, il est fort. Il a joué dix matches en onze jours, et là, il faut quand même avoir envie de se battre pendant autant de matches. Mais il a encore des petits progrès à faire, sur le retour, et d’autres choses.

Lloyd Harris a un terrible service. C’était aussi votre arme favorite. C’est un coup que vous avez travaillé ensemble ?

Non, on n’a pas encore travaillé son service, parce qu’il est déjà bien en place. J’adore son service. Il a un mouvement très sympa, très compact. Il mesure 1m93, et cela aide, évidemment.

Je ressens plus de stress comme coach que comme joueur

Il était 81e mondial avant Dubaï ; il est aujourd’hui 52e. Jusqu’où peut-il aller, à votre avis ?

Avec son niveau actuel, il peut encore progresser. On ne bat pas les numéros 4, 12 et 25 en quelques jours par hasard. Mais il ne faut pas non plus se faire d’illusions, il ne fera pas cela chaque semaine. Il faudra travailler, dans les moments difficiles. Mais avec un tennis comme ça, un service comme ça, il peut espérer réussir de grandes choses. Ce qui m’impressionne le plus chez lui, ce n’est même pas son tennis, c’est sa gestion des moments importants. Je me souviens que quand je jouais et que j’avais son âge, c’était dur de servir dans les instants clefs de mes matches. Le stress arrive, on pense à la finale qui nous attend si on gagne le point suivant, par exemple. Lui, il prend la balle, il se concentre, il sert, "patate", il fait un coup gagnant, et c’est bon.

On sait ce que vous avez réussi à faire à Wimbledon, une demi-finale en 2002. Ce tournoi-là, on peut penser que vous avez envie de le vivre avec lui…

Avec un service comme le sien, il peut faire très mal, à Wimbledon. Il doit encore travailler d’autres points, comme les retours, les balles basses. Mais oui, ce sera bien d’aller là-bas avec lui. Honnêtement, je ressens plus de stress comme coach que comme joueur. C’est plus facile, de jouer. Mais être entraîneur donne d’autres émotions. Et j’adore travailler avec lui. Avec son tennis, il peut aller loin.

Un petit mot sur David Goffin, pour terminer. Vous l’avez vu jouer, à Dubaï ?

Oui, je l’ai vu. Il a eu une période un peu plus difficile, il y a quelques mois. Et beaucoup de gens ont commenté ses résultats. Mais le mec, il est quand même treizième mondial, il ne faut pas l’oublier. Il est normal d’avoir des hauts et des bas dans une carrière. Cela arrive à tout le monde. Mais je vois à quel point il travaille, à quel point il est professionnel. Et cela commençait à revenir, ces dernières semaines. Il a d’ailleurs gagné à Montpellier. Il a un jeu qui peut toujours faire mal à tout le monde. Il va gagner des matches, et rester dans le top. S’il reprend toute sa confiance, il peut encore faire de grandes choses.

Ecoutez Xavier Malisse...

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