"Va n*quer ta mère sale grosse" : Ysaline Bonaventure encore harcelée par des parieurs frustrés

Les paris sportifs, le harcèlement sur les réseaux sociaux… Deux mondes a priori bien séparés qui sont bien plus liés qu’on ne le pense. Ils sont devenus de véritables fléaux pour les sportifs ces dernières années. Ysaline Bonaventure, joueuse de tennis professionnelle belge, avait dénoncé de gros abus il y a déjà deux ans. Depuis lors, la situation ne s'est pas améliorée, bien au contraire. Ce phénomène reste relativement méconnu alors qu'il prend une ampleur inédite.

Trop, c’est trop. Ysaline ne peut plus rester sans réaction face aux nombreux messages de haine qu’elle reçoit encore et encore. "Arrête le tennis", "J’espère que ce sera ton dernier match", "Va faire catcheuse pas joueuse de tennis grosse sal*pe", "Va n*quer ta mère sale grosse de mes c*uilles", "Je te vois je te crache dessus", "Rentre en Belgique grosse truie", "Tu peux pleurer la vache milka"…

En français, en anglais, en italien, tout y passe. "On espère que je meurs, que ma famille meurt. Que je meurs d’un cancer, on me traite de tous les noms : de grosse truie. On s’attaque souvent à mon physique, à ma famille."

Aux insultes, s’ajoutent les menaces. Les parieurs m’ont envoyé une photo sur mes réseaux sociaux. Une photo photoshopée de ma maman, avec son visage coupé, dans un cercueil. On m’a dit que si je perdais encore une fois un match ou si je leur faisais perdre de l’argent, ça arriverait en vrai. […] Des menaces on en reçoit tous les jours. Et c’est sûr que ça peut faire peur des fois. "

Des messages, des menaces, qui dépassent l'entendement. Mais Ysaline ne flanche pas face à tant de haine. Par moment c'est plus compliqué que d'autres, mais globalement, cet harcèlement touche plus ses proches qu'elle-même, habituée à tout cela. 

Un (très gros) problème, une solution (simple)

La joueuse a entrepris des démarches à plusieurs reprises pour faire bouger les choses. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle a décidé de parler, une fois encore aujourd'hui parce que jusque-là, rien n'a changé. Elle a déjà appelé la police, mais elle a également entamé des démarches auprès de l’association des joueuses de tennis professionnelles, la WTA. Pour le moment rien n’a abouti : " J’ai déjà essayé de reporter les messages sur les réseaux sociaux. Ou de bloquer les comptes. Les joueurs ou les sportifs ont tendance à ne pas dire grand-chose parce qu’ils savent qu’on ne peut rien y faire. Je pense que c’est justement en alertant sur ce genre de problèmes qu’on va arrêter cela. " Le problème principal : la possibilité de créer une infinité de comptes sur les réseaux sociaux sans prouver son identité : N’importe qui peut avoir accès aux réseaux sociaux. J’ai beau bloquer les personnes, elles recréent toujours des nouveaux comptes. Il suffit de recréer une adresse mail et n’importe qui a accès aux réseaux sociaux. "

N’importe qui peut avoir accès aux réseaux sociaux

En parler, c'est sans doute la première étape vers une prise de conscience plus large : "J’espère vraiment que le fait d’en parler ça va faire un petit peu bouger les choses. La police devrait mettre un petit peu plus de moyens pour essayer d’arrêter ce genre de messages haineux. J’espère vraiment que les choses vont bouger, que de plus en plus de sportifs vont en parler pour que tout le monde s’en rende compte."

Une solution à ce problème complexe semble exister : lier la création d’un compte sur les réseaux à une carte d’identité. " Je pense que c’est vraiment à ça qu’on devrait arriver. On devrait prouver qui on est pour pouvoir créer un seul et unique compte sur les réseaux sociaux. Et arrêter tous ces faux comptes qui sont uniquement créés pour le harcèlement sur les réseaux sociaux. "

Si cette solution semble simple et pourrait tout à fait être la norme dans quelques années, on est très loin d’y être et cela n’arrivera sans doute pas à court ou moyen terme. Les grosses entreprises telles que Facebook (également propriétaire d’Instagram) ou Twitter ont encore beaucoup trop à y perdre pour l’instant et les réseaux sociaux sont encore des entités assez récentes, qui "profitent" d’un manque de législation claire et uniforme. Mais les gouvernements et instances politiques ne pourront pas permettre ce flou indéfiniment. 

"Je ne me serais pas imaginée ce genre de choses quand j’étais petite et que je rêvais de Roland-Garros"

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Ysaline Bonaventure il y a presque dix ans © Belga Image

Avec ce harcèlement quotidien, on est bien loin des rêves que les jeunes sportifs se font quand ils espèrent devenir joueurs de tennis professionnels. Ysaline l’avoue, elle ne s’attendait pas à vivre pareil harcèlement, même si pour elle la balance générale reste positive. " C’est sûr que quand j’étais petite et que je rêvais d’être à Roland Garros, je ne me serais jamais imaginé subir ce genre de choses. On n’est pas vraiment préparé à ça. Personne ne nous parle de l’impact que les réseaux sociaux peuvent avoir. Les réseaux sociaux sont extrêmement toxiques et on se rend compte que les gens se cachent souvent derrière leurs ordinateurs. Et que ça rend les choses un peu plus faciles pour eux. Mais à côté de ça je vis énormément de belles choses et c’est sûr que ça prend le dessus à par rapport à tous ces messages haineux que je reçois."

Si elle s’avoue un peu habituée, elle espère malgré tout un changement dans les mentalités : " J’espère que les gens vont un peu se rendre compte que les paroles sur les réseaux sociaux même si c’est derrière leurs écrans, ça peut blesser des gens. Je pense que tout le monde n’est pas apte à faire la part des choses et à se rendre compte que oui, les gens peuvent dire des choses sans réfléchir. J’espère que chaque personne qui envoie un message ou un commentaire sur les réseaux sociaux va réfléchir deux secondes avant de publier son message ou son commentaire. " La joueuse conclut : " J’espère que les gens vont arrêter de s’acharner sur les sportifs professionnels mais pas que… On n’est pas les seuls à être victime de harcèlement sur les réseaux sociaux. Des personnes lambda aussi. Ce serait vraiment bien que tout le monde y mette un petit peu du sien pour arrêter tout ça."

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