Un seul mot d'ordre, pour les ramasseurs de balles : le joueur est roi...

Diego Schwartzman avec les ramasseurs de balles de l'European Open
Diego Schwartzman avec les ramasseurs de balles de l'European Open - © Ph.Buissin/IMagellan

Ces derniers temps, on a vu quelques cas de joueurs et de joueuses de tennis qui prenaient à partie des ramasseurs de balles. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux, et elles ne sont pas vraiment favorables aux joueurs. On a vu Fernando Verdasco s'énerver contre un ramasseur de balles qui ne lui donnait pas sa serviette assez vite, Aryna Sabalenka jeter sa bouteille par terre parce qu'un ramasseur ne venait pas assez vite lui donner une nouvelle boisson, Alizé Cornet commencer à se fâcher avant de se raviser.

Dans un tournoi comme celui d'Anvers, on est bien sûr très attentifs à ne pas énerver un joueur. Les ramasseurs de balles (qui sont 87, de 12 à 18-20 ans) ont reçu des instructions très précises, et ils sont débriefés tous les jours. C'est toujours le cas, et cela n'a rien à voir avec les récents incidents.

Entretien avec Yan Cornelis, l'un des trois coordinateurs des ramasseurs de balles, à l'European Open...

Yan, on fait tout pour que cela se passe bien entre les joueurs et les ramasseurs de balles, pendant cette semaine, histoire de ne plus voir les images de joueurs énervés. Quelles sont les instructions principales que vous donnez aux ramasseurs de balles, pour que tout se passe bien ?

La première chose qu'on leur dit, c'est : 'le joueur est le roi'. Il faut toujours tenir le joueur à l'oeil et répondre à ses moindres demandes. Souvent, les joueurs ont leurs propres gestes, pour demander leur serviette ou des balles. Il faut toujours être prêts. Etre prêts, derrière le joueur qui va servir, s'il a trois balles en main, à ramasser la balle qu'il va renvoyer. Nous, on est toujours derrière les ramasseurs de balles, il n'y a rien à faire, il faut...

Et on peut dire qu'après quelques jours de tournoi, le bilan est positif, ils font bien leur travail ?

Ils progressent très bien, notamment les nouveaux. Mais il n'y a rien à faire, au début, il fallait "arriver dedans". Ils apprennent très bien, en tout cas. Ce matin, je leur ai encore dit que ceux qui sont dans les coins doivent parfois plus se rapprocher du joueur, pour être plus rapides. Mais ils font tous leur possible, et je pense que la plupart des joueurs sont très contents de leurs services.

On sait, "dans le milieu", que certains joueurs sont difficiles ?

Absolument. Il y a des joueurs qui ont des tics. Souvent, Richard Gasquet, quand il a fait un point gagnant, veut rejouer avec la même balle, qu'elle soit de l'autre côté du terrain ou pas. Les ramasseurs sont briefés là-dessus, parce qu'on le sait.

Ca, ce n'est pas vraiment être difficile, c'est avoir un tic. Mais il faut le savoir...

Il faut le savoir, parce que pour nous, c'est difficile. Normalement, les balles viennent de l'arrière. S'il a fait un point gagnant et que la balle se trouve de l'autre côté du terrain, le ramasseur de balles qui est au filet doit être attentif, et doit pouvoir relancer cette balle au joueur. Alors que logiquement, ce n'est pas son rôle, de lancer une balle vers le joueur. Dans un cas pareil, des joueurs peuvent s'énerver s'ils ne reçoivent pas la balle assez vite. Il faut faire très attention à cela. Avec certains joueurs, il faut aller plus vite pour donner la serviette. On le sait, même si on ne peut que réagir au moment où il la demande.

Forcément, les ramasseurs de balles n'ont pas le droit de faire ce qu'ils veulent, comme demander un selfie ou un autographe à un joueur...

Ils n'ont absolument pas le droit, tant qu'ils sont en uniforme. C'est très clair, il n'en est pas question, et les ramasseurs de balles qui font cela, ils se font renvoyer tout de suite. Mais parfois, quand c'est possible, ils ont une récompense. L'autre jour, Diego Schwartzman est venu dans notre tente, et là, c'était selfies à volonté avec lui. Quand ça se passe dans notre tente, dans notre enceinte, il n'y a pas de problèmes. Mais dans la zone "public", il n'est pas question qu'ils demandent quoi que ce soit à un joueur.

Ces adolescents sont des joueurs de tennis, des fans de tennis ?

Des joueurs de tennis, oui; des fans de tennis, certainement. Il y en a qui sont même de bons joueurs de tennis, de très bons joueurs de tennis, avec de bons classements. Quand on a besoin de ramasseurs de balles, on lance des demandes vers les clubs de tennis. Et bien sûr, on a la liste de ceux qui ont déjà officié les années précédentes.

C'est une semaine d'école. Comment fait-on ?

Il y en a certains qui ont déjà commencé des études supérieures, et qui arrivent plus facilement à se libérer. Pour les autres, nous leur donnons une attestation pour l'école, avec l'accord des parents. Mais ils doivent aussi avoir l'accord de l'école. Sinon, nous ne donnons pas d'attestation. Et puis, nous travaillons avec des écoles de sport, qui sélectionnent des jeunes ayant pris le tennis comme option. Et pour ceux-là, c'est une semaine de stage. Et ils apprennent beaucoup de choses sur ce qui se passe autour d'un court.

Quand on a été ramasseur de balles dans un tournoi comme celui-ci, ça sert dans un CV ? On peut plus facilement devenir ramasseur de balles en Coupe Davis, ou même à Roland-Garros, par exemple ?

Je sais que pour Roland-Garros, la Fédération Française est très sévère, et que les ramasseurs de balles sont vraiment entraînés pour ce travail. Les jeunes, chez nous, sont très peu entraînés. Cette année, pendant les grandes vacances, nous avons déjà essayé d'en rassembler un maximum, surtout pour tout expliquer aux nouveaux. C'est vrai que pour eux, cela peut être mis dans un CV. S'il y a bientôt une Coupe Davis ou une Fed Cup en Flandre, et qu'on a besoin de ramasseurs de balles, ceux qui ont officié ici se trouvent dans notre base de données. On sait lesquels on peut sélectionner, et on donne les noms à la Fédération. Nous travaillons avec elle, pour que tout se passe bien.

Vous n'avez jamais eu de problèmes avec des parents, quand leur enfant n'est pas repris pour une finale, par exemple ?

Dès le début de la semaine, nous disons toujours que parmi les 87 ramasseurs de balles sélectionnés pour le tournoi, il n'y en a que 24 qui termineront la semaine. On ne peut pas faire autrement, puisqu'il y a moins de matches. Forcément, il y a des déçus, mais c'est comme ça. Certains parents nous demandent parfois pourquoi leur enfant n'est pas repris, alors qu'il n'a pas reçu de commentaires négatifs. Mais ce n'est pas parce qu'il n'y a rien de négatif qu'un jeune est parmi les 24 meilleurs. Son niveau est certainement bon, mais il peut s'améliorer. Après chaque prestation, les ramasseurs de balles sont débriefés. Et ils doivent toujours tenter de faire un peu mieux. C'est presque du perfectionnisme, mais il faut. Le monde n'est pas parfait, je ne demande à personne d'être parfait, mais il faut s'en approcher.

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