Tennis : Zizou Bergs celui qui ne rêve ni de Roland-Garros, ni de Wimbledon, mais… de la Coupe Davis

Début du mois d’avril, dans la région d’Anvers. Zizou Bergs nous donne rendez-vous dans un club dans lequel il a ses habitudes d’entraînement. Les magnolias en fleurs ajoutent une petite touche printanière à cette enfilade de terrains ocre entourés de lierre.

Sur le terrain numéro six, à côté d’un groupe d’enfants et d’un autre de "vétérans", Zizou commence l’entraînement. En face de lui, Ruben Bemelmans. On a connu pire comme sparring partner pour un jeune joueur. Le cadet des deux nous salue poliment. C’est parti pour deux heures d’entraînement.

Impossible de savoir si la présence de la caméra joue un rôle, mais le jeune Limbourgeois met beaucoup d’engagement dans chaque frappe. Impliqué, appliqué, il se déconcentre par moments pour s’invectiver un peu. Un signe de jeunesse sans doute, de perfectionnisme peut-être aussi.

L’entraînement se termine, Bergs et Bemelmans s’appliquent à passer le filet sur le court, profitant pour se réhydrater un peu.

Zizou s’approche de nous, "on a terminé, désolé pour l’attente". Comme si nous n’étions pas venus expressément pour assister à son entraînement avant de l’interviewer. Quelques mots qui en disent déjà long sur le personnage.


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Un rêve ultime, la Coupe Davis

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Zizou Bergs à 16 ans © Belga Image

Un banc placé en bonne position, la caméra installée sur le court. Place à l’interview. Le joueur a enlevé le bandeau qui maintenait ses cheveux et enfilé une veste de survêtement. D’emblée, il semble plus détendu.

Vous venez de vivre quelques semaines très positives… (Ndlr il vient de remporter deux tournois challengers en sortant des qualifications).

"Oui, sans aucun doute. C’est encore vraiment une surprise pour moi. J’ai commencé à Saint-Pétersbourg avec mon premier challenger en deux ans et demi. C’était long. Un premier titre c’est déjà incroyable et puis la semaine d’après, je joue un deuxième tour ce qui n’était pas mal. Et puis je remporte un deuxième titre, à Lille. C’était encore une surprise, je ne savais même pas si j’allais pouvoir entrer dans le tableau mais Lucas Pouille a déclaré forfait et j’ai donc pu commencer les qualifications et puis… gagner le tournoi. Et il y avait quand même de très bons joueurs…" Le jeune-homme salue le travail collectif autour de lui, "C’est super chouette aussi pour l’équipe qui se donne à 100% à mes côtés. Ce sont vraiment des moments incroyables."

Cela vous pousse à revoir vos objectifs pour cette saison ?

"Oui, l’objectif était d’atteindre le top 250 mais je suis déjà 262e donc, c’est déjà presque réalisé. On peut se fixer de nouveaux buts à atteindre. À présent, j’espère pouvoir intégrer le top 200 cette saison. À court terme, j’aimerais pouvoir disputer les qualifications de Roland-Garros mais il me manque quelques points et je ne pourrai jouer qu’un seul tournoi d’ici-là. Ce sera difficile mais si ce n’est pas à Roland, l’objectif ce sera Wimbledon, si ce n’est pas là ce sera l’US Open donc on a assez de temps devant nous."

N’est-ce pas trop compliqué de garder votre calme et votre concentration dans un moment qui pourrait vous rendre euphorique ?

"Non, pas vraiment, c’est un privilège d’être dans cette position. Je peux me demander si je peux jouer Roland-Garros, combien de tournois j’ai encore pour prendre des points, prendre des places. Donc c’est vraiment un privilège. Rien ne change. Je continue à me battre très fort aux entraînements, à travailler dur à la salle de gym avec mon équipe. Il y a très peu de choses qui changent sauf que je peux jouer d’autres tournois maintenant. Je rentre dans les tableaux finaux dans les Challengers alors qu’avant je ne savais même pas si je pourrais les jouer. Il n’y a que ça qui change. Tout le reste, ça reste très simple. Il faut s’entraîner beaucoup et travailler dur."

Avez-vous l’impression que le travail et les sacrifices que vous avez réalisés jusque-là commencent à payer ?

"C’est exactement ça. Cela fait déjà quelques années que je travaille dur, de très nombreuses heures. J’ai même déménagé à Barcelone pendant plusieurs mois. Puis quand je suis rentré, c’était le premier confinement. On a changé quelques trucs avec mon entraîneur à ce moment-là, on a travaillé différemment. Après cela, j’ai eu un été vraiment très difficile. J’avais vraiment un niveau horrible. Je n’étais pas du tout content de moi et j’ai beaucoup douté du fait d’être capable de réaliser mes objectifs ou pas. Juste avant l’European Open (ndlr où il a battu son premier top 50 et réalisé deux très gros matches), je me sentais mieux. Mais dans les tournois durant les semaines précédant Anvers j’avais un niveau horrible. J’ai l’impression que depuis l’European Open, j’ai eu un déclic."

Il explique ce qui a changé à ce moment-là : "Mon jeu est devenu très clair, j’allais bien vers l’avant, j’étais agressif, je servais fort. Après, on a vraiment continué sur cette base-là. Et six mois après, je me rends vraiment compte que tout ce travail a payé. Je suis très content de ça, et c’est aussi une bonne leçon. Que ça soit pour les joueurs ou pour les coaches, il faut apprendre à donner du temps aux jeunes. Si les objectifs de classement ne sont pas réalisés tout de suite, il faut laisser le temps, ça va venir. S’il y a du talent et du travail il ne faut pas s’inquiéter ça viendra. "

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L’European Open, en octobre dernier, vous a révélé aux yeux du public belge, qui vous a beaucoup soutenu à Anvers. Une ferveur importante pour vous ?

"Oui. Quand les gens ont confiance en moi, ça me donne confiance. Je suis le genre de gars qui a vraiment besoin de croire en moi sinon c’est compliqué. Si les supporters, les entraîneurs, les journalistes ont confiance en moi, ça me donne un autre boost. C’est vrai que j’ai vraiment besoin de ça. Quand je joue un match, qu’il y a des gens, de l’ambiance, ça m’aide beaucoup. Pour l’instant avec le Covid ce n’est pas possible, mais même s’ils regardent mes matches à la télévision ça m’aide. Et je trouve qu’à Anvers, beaucoup de choses ont changé de ce point de vue là."

Vous avez déjà déclaré que votre rêve à vous, c’est la Coupe Davis…

"Exactement ! L’ambiance m’élève à un autre niveau, donc mon grand rêve c’est vraiment de jouer la Coupe Davis. Si je peux choisir entre une finale dans un ATP 500, ou jouer la Coupe Davis, mon choix se porte sur la Coupe Davis. En fin d’année, la Belgique jouera contre la Bolivie. Je pense que j’ai une bonne opportunité de jouer, j’espère que je serai sélectionné. Ça me donne beaucoup de motivation pour continuer."

La Belgique a connu une période incroyable avec Kim Clijsters et Justine Henin. Est-ce quelque chose qui vous a inspiré malgré votre jeune âge ?

"Inspiré, sans aucun doute. Avec Kim et Justine c’était une période exceptionnelle, j’étais tout petit donc je ne réalise pas vraiment. Aujourd’hui, je vis une situation où les gens, les journalistes aimeraient revivre le même genre de choses. Mais c’est presque irréel, presque impossible. Si on regarde les résultats, cette année on a déjà gagné quatre titres en Belgique chez les hommes. C’est déjà incroyable pour un début de saison. C’est aussi une différence chez nous entre hommes et femmes… Il y a plusieurs joueuses dans le top 100 alors qu’on a qu’un seul joueur, David Goffin. Mais si je commence à jouer mieux je crois que je peux intégrer le top 100 pour renforcer le tennis belge."

Y a-t-il un joueur qui vous impressionne plus que les autres ?

"Je n’ai pas vraiment d’idole. Mais des joueurs comme Nick Kyrgios, Benoît Paire, ce sont des gars complètement différents, et je suis aussi différent d’eux, mais c’est chouette à regarder. Après, il y a surtout David Goffin. Et Shark (Steve Darcis) qui m’inspirait beaucoup avant aussi. Mais j’essaie de me concentrer sur moi-même, et pas sur les autres. Je suis un joueur qui débute, avec confiance en mes armes."

Paire et Kyrgios sont des joueurs fantasques… On a vu à Anvers que vous étiez plutôt extraverti sur le court, mais ne faut-il pas trouver un équilibre entre cela et le tennis ?

"C’est vrai. Je suis bien entouré dans mon équipe, il y a des personnes qui m’aident avec tout ça, pour contrôler mes émotions, être constant… On travaille dur sur cet aspect-là aussi. J’utilise vraiment l’ambiance comme un élément positif. Pas négatif qui me rendrait un peu plus instable. Ça me permet même de jouer plus de grands points. Si on regarde maintenant, je joue mieux avec l’ambiance et plus comme un showman. Je ne perds plus mon plan de jeu ni mon style de jeu."

En Belgique, le parcours de David Goffin inspire forcément pas mal de respect…

"Sa route m’inspire beaucoup. J’espère un peu faire le même. Même si ce n’est pas top 10, je serais déjà très content d’atteindre le top 50."

Revenons un peu sur votre parcours, quand avez-vous su que vous aviez un talent particulier pour le tennis ?

"Quand j’étais petit, j’habitais à 100 mètres d’un club de tennis. J’ai commencé à jouer contre un mur, en tapant quelques balles. Et puis, j’ai pris mes premiers cours avant de changer de club, à Bree. C’est là qu’on a vraiment vu que j’avais du talent, j’avais huit ans. Puis j’ai intégré la fédération flamande (Tennis Vlanderen) alors que j’avais quinze ans. C’est là que j’ai pris la décision de devenir pro parce que jusque-là je jouais aussi au handball. C’est également le moment où j’ai commencé avec Bertrand Tinck qui est toujours mon coach maintenant. On a fait de bonnes choses chez les jeunes, on était douzième du monde. Même s’il restait beaucoup de choses à améliorer, surtout sur l’aspect mental. Je reste un peu déçu de ne jamais être parvenu à faire un résultat dans un Grand-Chelem junior alors que j’étais quand même toujours tête de série. Après j’ai bossé deux ans avec Johan Van Herck, c’est là que j’ai atteint mon meilleur classement, 380. Puis j’ai eu une période plus compliquée, j’ai eu une blessure à la cheville qui a pris du temps à guérir. J’ai déménagé à Barcelone quelques mois, puis avec le premier confinement j’ai décidé de recommencer ma collaboration avec Bertrand Tinck. C’est ça mon histoire."

Votre prénom, Zizou, est plutôt rare. Pouvez-vous nous raconter d’où ça vient ?

"C’est assez marrant. En fait, ma maman pensait que j’étais une fille jusqu’au moment de ma naissance et je devais m’appeler Amélie. Mes parents n’avaient pas du tout réfléchi à un prénom masculin. Mon père a dit qu’il aimerait qu’on m’appelle Zizou, parce que c’était son surnom quand il jouait au football en amateur grâce son jeu. Mais oui, c’est un prénom spécial, et je suis toujours content quand je vais en France que les gens sachent d’où ça vient. Alors qu’en Belgique, les gens de mon âge ne savent plus vraiment."

Ai-je devant moi le futur du tennis belge ?

"J’espère. Je pense que faire mieux que David ce sera vraiment difficile. Il a une carrière déjà exceptionnelle. On ne peut pas penser que ce qu’il fait est normal. J’ai confiance dans le fait de pouvoir intégrer le top 50. Après, on verra. J’ai les armes, j’ai les options, j’ai le talent pour m’installer dans le top 100. Mais ça prendra encore du temps, on a encore des choses à améliorer."

En dehors de l’objectif d’atteindre le top 50, est-ce qu’il y a un tournoi plus que les autres qui vous fait vraiment rêver ?

"Non, juste la Coupe Davis. Comme l’incroyable parcours qui a mené aux finales à Gand, à Lille… C’est incroyable, c’est vraiment mon plus grand rêve. Avec un très grand stade, avec beaucoup de monde. Si je dois choisir entre ça ou un tournoi du Grand-Chelem, c’est à chaque fois la Coupe Davis."

Zizou se lève ensuite. Prend le banc sur lequel il était assis pour l’interview et va le ranger de lui-même. Il nous remercie et nous salue.

Nous, nous nous demandons si nous venons de tourner des images qui auront un jour un sens particulier. Si le jeune espoir que nous avons face à nous, poli, serviable concrétisera un jour ses rêves et fera briller haut les couleurs de la Belgique dans un milieu très sélectif et très exigeant. Et s’il y parvient, souhaitons-lui de garder les pieds bien ancrés sur terre.

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