Stéphane Robert, le globe-trotter passionné et passionnant

Stéphane Robert
Stéphane Robert - © LIONEL BONAVENTURE - AFP

Pas mal de Français participent au tournoi d'Anvers, cette semaine. Il y a les très connus Jo-Wilfried Tsonga (tenant du titre), Gaël Monfils, Richard Gasquet, et Gilles Simon. Et puis, il y a des joueurs moins bien classés, mais dont l'histoire est au moins aussi intéressante.

Il y a par exemple (ou plutôt, il y avait, parce qu'il a été battu au dernier tour des qualifications) Stéphane Robert. Il fait partie des joueurs les plus anciens du circuit, puisqu'il a 38 ans. Il est actuellement 157e mondial. Il y a deux ans, il avait atteint son meilleur classement, une 50e place.

S'il continue à jouer, c'est pour deux raisons. Il aime toujours ça, et il aime voyager. Son discours, on ne l'a jamais entendu de la part d'un autre joueur. La plupart du temps, un joueur de tennis ne connait des villes qu'il traverse que l'aéroport, l'hôtel, et le stade. Stéphane Robert, lui, il veut découvrir, visiter, apprendre, connaître, rencontrer. Il est sans doute le joueur de tennis qui connaît le mieux le monde et ses habitants.

Entretien avec le globe-trotter du tennis, Stéphane Robert (qui a forcément, aussi, visité Anvers)...

Stéphane, même à 38 ans, vous aimez toujours voyager, et vous aimez toujours le tennis. En ce qui concerne le tennis, tout d'abord, vous avez toujours la passion du jeu ?

Oui, bien sûr. Je trouve toujours aussi amusant de jouer contre les plus jeunes, de voir si je suis compétitif face à eux. Là, je reviens de blessure, donc c'est un peu compliqué en ce moment. Ca ne m'intéresse pas trop de revenir sur le terrain en sachant que j'ai une bonne chance de perdre. J'essaye de revenir à un bon niveau, et je me rends compte que ça prend un peu plus de temps, maintenant. Mais je pense que j'ai fait le plus dur, et que je vais commencer à trouver un rythme de croisière.

Si vous n'êtes pas lassé du tennis, c'est parce qu'il y a deux ans, vous avez atteint votre meilleur classement ? C'est parce que beaucoup de choses sont arrivées après trente ans ?

Oui, j'ai commencé le tennis un peu plus tard, et j'ai commencé à mieux jouer à partir de trente ans, donc je suis moins pressé. Je n'ai pas un parcours qui est très linéaire, j'ai eu mon meilleur classement à 36 ans. Et j'ai toujours envie de jouer au tennis, d'aller dans les plus grands tournois. Je me suis blessé à Wimbledon, mais auparavant, j'étais devenu l'un des joueurs les plus vieux à passer les qualifs de ce tournoi. Ca me fait marrer de voir tout ça. Et surtout, je suis encore compétitif, et j'arrive encore à gagner des matches. C'est ça qui me motive à continuer à jouer. C'est quand même un très beau métier, de pouvoir se promener partout dans le monde, de gagner sa vie avec le tennis. Quand j'ai commencé ma carrière, j'y allais un peu sur la pointe des pieds, en me demandant ce que je pouvais faire. Si on m'avait dit que je serais encore sur le circuit à 38 ans, j'aurais rigolé. Je suis très content d'être là, et j'essaye de faire durer le plaisir au maximum.

Vous savez qu'il y a très peu de joueurs qui parlent comme vous, qui se rendent compte qu'ils ont de la chance. Parfois, ce n'est qu'après leur carrière, qu'ils réalisent qu'ils étaient des privilégiés...

Pour moi, le tennis est la priorité, évidemment, mais voyager, aller me promener, aller visiter les villes, ça fait partie de ma préparation. Ca me donne de l'énergie, ça me fait plaisir de voir des belles choses, de découvrir la culture, la ville. Ca me fait du bien, et ça m'aide à être bien sur le terrain. Pour moi, c'est assez naturel. Mais c'est vrai qu'il y a d'autres joueurs qui fonctionnent différemment. J'ai déjà discuté de cela avec d'anciens joueurs, qui trouvaient dommage de ne pas avoir assez profité. Moi, chaque fois que je vais quelque part, j'essaye de faire le maximum pour profiter.

Vous ne vous précipitez pas dans un avion à la fin de votre tournoi, vous restez parfois un jour de plus, pour visiter ?

Ca m'arrive, oui. Bon, j'ai fait des choix, je n'ai pas de famille qui m'attend plus que ça, je n'ai pas d'enfants. J'ai un peu une vie de globe-trotter, et c'est ce que j'ai choisi. Et je suis comme un poisson dans l'eau sur le circuit.

Vous marchez dans les villes, vous visitez des musées, vous rencontrez des gens ?

Je ne suis pas trop "musées". Quand j'arrive dans un endroit que je ne connais pas, je préfère avoir une idée de la ville en me promenant. Ou je m'adapte à ce qu'il y a à faire sur place, en prenant un bateau, un métro. A Anvers, j'ai marché, et j'ai pris la température de la ville. Ma vision de la Belgique, c'est que toutes les villes se ressemblent. A Bruxelles, Bruges, Anvers, on a souvent une Grand-Place, avec une architecture assez similaire. C'est beau à voir, et on n'a pas ça en France. La ville est intéressante. Je ne connaissais pas Anvers, et je suis venu faire ce tournoi pour la découvrir. Il y a trois tournois cette semaine. Il y a deux ans, j'ai joué à Moscou; l'année dernière à Stockholm; et je me suis dit qu'Anvers n'était pas loin et que j'allais choisir ce tournoi cette fois-ci. Et je suis très content, parce que j'ai enfin vu Anvers, et je vais encore un peu en profiter.

C'est la ville des diamants, il ne faut pas rater ça...

Oui, je vais aller voir le quartier des diamantaires. J'y suis allé dimanche, mais tout était fermé et c'était un peu mort. J'ai vu qu'il y avait aussi beaucoup de tags à Anvers. J'adore ça. J'en ai aperçus en me promenant, et j'ai pris des photos. J'ai repéré d'autres endroits, donc je vais encore aller me promener. J'y vais un peu au hasard, aussi. Je lève la tête, et je vais où le feeling m'emmène.

Vous lisez des guides touristiques, pour ne rien louper ?

Ca m'arrive, mais je vais surtout sur internet. Pour Anvers, je n'ai pas trop regardé. La ville n'est pas immense non plus, donc ça se visite assez facilement. Samedi après-midi, je suis allé me promener, et j'ai vu un bâtiment, qui doit être un musée, je ne sais pas. Le bâtiment est ancien, et ils ont fait un bâtiment tout neuf au-dessus (NDLR, Het Havenhuis). C'est marrant, cette combinaison d'ancien et de moderne. C'est typique de la culture anglo-saxonne. Je vois des choses pareilles en Australie et aux Etats-Unis. C'est beau, c'est un mélange de tradition et de modernité qui fait plaisir.

Vous vous estimez riche de beaucoup de choses, avec les villes que vous avez visitées, et les rencontres que vous avez faites ?

Oui, c'est une chance de dingue, de faire tout ça. Après, c'est personnel, et c'est un petit peu égoïste. J'essaie de profiter au maximum, partout où je passe. C'est de la richesse, évidememnt. C'est de la culture, et c'est important pour moi, d'essayer de comprendre ce qui se passe dans les pays que je traverse, la culture, le folklore. Mais ça ne concerne que moi. Ca me fait plaisir de me dire que je connais des endroits un peu partout. Je trouve ça super, parce qu'après ma carrière, je voyagerai peut-être moins, et quand je repasserai de temps en temps, j'aurai la chance d'avoir mes repères dans beaucoup d'endroits dans le monde. Je trouve ça génial. J'ai aussi la chance d'avoir rencontré beaucoup de monde un peu partout. Plus tard, je pourrai me dire que si je vais en Australie, au Chili, aux Etats-Unis, j'y connais du monde. J'ai beaucoup rencontré d'amis par le tennis. C'est vraiment génial, c'est enrichissant. Je me rappelle, j'avais gagné un tournoi en Inde, un pays dans lequel on peut voir beaucoup de pauvreté, c'est très choquant.  Ca ramène à une certaine humanité. On se dit que finalement, la carrière de joueur de tennis, c'est superbe, mais au-delà du sport, il faut développer son humanité et s'ouvrir au monde. Il y a plein de choses qui se passent, il y a beaucoup de gros problèmes, et il faut s'en rendre compte. Nous, on est dans une position très privilégiée, à jouer à la petite baballe. Mais il n'y a pas que ça, il y a beaucoup d'autres choses qui sont plus graves. Le tennis permet de voyager, de voir beaucoup de choses, et c'est hyper-enrichissant.

Vous avez un "chez-vous" qui vous plait quand même ?

Oui, j'habite entre Malte et la Suisse. Je suis habitué à bouger, et ça continue. Et je suis très bien quand je suis à la maison aussi. C'est important. Jusqu'à 30 ans, j'étais chez mes parents, et je gardais mon argent pour les tournois. Il faut faire des choix, et j'ai fait ce choix-là. Je n'ai pas été tiraillé. Ma passion était le tennis, et j'y suis allé à fond. Je suis content de mes choix, et j'espère que je vais continuer à faire quelques bons résultats, pour finir ma carrière en beauté.

Quel est l'endroit que vous ne connaissez pas, et où vous rêvez d'aller ?

Là, ça commence à être compliqué, parce que j'ai réalisé l'un de mes derniers rêves il y a quelques semaines, en allant à Saint-Pétersbourg. Je suis vraiment très content d'y être allé. Je crois que tous les endroits où je pouvais aller en jouant au tennis, je les ai faits. Mais en dehors du tennis, j'aimerais bien aller à Hawaï. Il y a plein de petites îles, dans le Pacifique, qui sont assez incroyables, l'ïle de Pâques, les Galapagos, Hawaï.  Ce sont des endroits qui font rêver, et que j'aimerais bien aller voir.

Il va falloir vous trouver une occupation excitante, pour votre après-carrière. Rester dans un bureau, ce ne serait pas trop pour vous...

Si je veux continuer à voyager, je peux coacher sur le circuit, c'est une option. Je vais réfléchir tranquillement. Mais il est clair que voyager fera toujours partie de ma vie. Maintenant, si je voyage moins, ce n'est pas grave. Il y a une règle, c'est apprécier aussi ce que l'on a autour de soi. Rien qu'en France, on a un pays fabuleux pour ça. Je suis allé au Portugal, en tournoi, et je me disais que sur la côte, on avait l'impression d'être en Australie, en Californie. Rien qu'en restant en Europe, on a déjà beaucoup à faire. Voyager pour voyager, ce n'est pas non plus une obligation. Il faut arriver à trouver des choses à faire à côté de chez soi, aussi. Et on est bien servis, que l'on soit en Belgique ou en France. On est bien, en Europe, il n'y a pas de soucis pour ça.

L'interview de Stéphane Robert est à écouter au-dessus de l'article...

Stéphane Robert a glissé quelques photos de ses voyages sur son compte Instagram...

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