On peut jouer au tennis de façon écologique, sociale, solidaire

Jean Collinet et Emilio Torres, les initiateurs de "Break-Ball"
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Jean Collinet et Emilio Torres, les initiateurs de "Break-Ball" - © @BreakBall

Les beaux jours reviennent, et vous avez peut-être envie de reprendre le tennis. A moins que vous n'ayez pas arrêté pendant l'hiver. De toutes façons, vous allez jouer, et encore jouer, ces prochains mois.

Mais, le saviez-vous, vous pratiquez un sport qui n'est pas très écologique. Le tennis est le cinquième sport le plus polluant. Pas de gaz d'échappement, ici, mais des petites balles jaunes. Et une balle de tennis met 2500 ans à disparaître.

Trois millions de balles de tennis sont utilisées chaque année en Belgique, dont un million en Wallonie et à Bruxelles. Les retrouver dans la nature, après leur vie de balle de tennis, n'aurait rien de très écologique.

Mais il y a des solutions, très simples. Il y a moyen de donner une deuxième vie, voire une troisième vie, aux balles de tennis. Il y a plusieurs moyens, même. Les vieilles balles peuvent orner une boule de caravane; elles peuvent servir de jouet à un chien; elle peuvent protéger les pieds des meubles; elles peuvent être placées dans la machine à laver, pour éviter que les vêtements ne peluchent. Mais il en restera beaucoup, de ces fameuses balles usagées.

Pour résoudre ce problème, il y a deux solutions, "Tennis Solidaire", et "Break Ball". Deux initiatives qui sont liées...

"Tennis Solidaire", l'initiative de la Fédération

L'AFT, l'Association Francophone de Tennis, a mis sur pied, il y a un an, une opération de récupération des balles de tennis usagées. Samuel Deflandre, directeur administratif de l'AFT, est le responsable de ce projet. "En tant que fédération, il était de notre responsabilité de trouver une solution, pour que ces balles ne finissent pas dans les poubelles, dans les jardins, ou dans les bosquets."

Il s'agit donc de récupérer le plus possible de balles usagées. "Tennis Solidaire" n'est pas encore connu de tous, donc la première opération, l'année dernière, après l'été, n'a permis de récolter "que" 50.000 balles, 10% des balles usagées. Mais c'est évidemment un très bon début. "Nous avons déposé des containers, dans 200 des 360 clubs AFT. Les joueurs, qui ont fini d'utiliser leurs balles, peuvent tout simplement les déposer dans les containers. Nous avons un transporteur qui passe, une fois ou deux fois par an, pour récupérer ces balles. Et les utilisateurs peuvent aussi déposer les boîtes des balles, en plastique ou en métal."

Les balles et les boîtes seront recyclées, pour la plupart. "Les balles vont être envoyées dans une usine, où elles seront broyées. Le caoutchouc broyé pourra servir à la réalisation de terrains sportifs. On pense pouvoir, dès 2019, proposer un premier terrain à une organisation caritative, ou à des associations qui n'ont peut-être pas les moyens de s'offrir un terrain". Cette opération "Tennis Solidaire" a donc un volet environnemental, et un volet social.

La France fait la même chose, depuis 2009, avec son opération "Balles Jaunes". Mais là-bas, on ne récupère pas les boîtes. "L'AFT espère aussi, bientôt, pouvoir récupérer le matériel de tennis usagé mais encore utilisable. Des raquettes, des sacs, des vêtements, qui seront offerts à des enfants, ou des adultes, n'ayant pas les moyens de se les acheter".

Des milliers et des milliers de balles viennent d'être récupérées dans les clubs, à la fin de l'hiver. Elles sont pour l'instant stockées dans un entrepôt, à Marche-en-Famenne. Et elles partiront bientôt à l'usine de recyclage.

Mais avant cela, deux étudiants vont intervenir...

"Break Ball", l'initiative de deux jeunes Bruxellois

Ce jeudi, deux jeunes gens de 17 et 18 ans, Jean Collinet et Emilio Torres, seront précisément à Marche-en-Famenne. Et leur journée sera longue, sans doute très longue. Mais ils ne se décourageront pas; leur projet se concrétisera vraiment.

Ils ont créé une mini-entreprise, "Break Ball", donc, dans le cadre de leurs études. Et cela grâce à LJE, Les Jeunes Entrepreneurs, une ASBL qui soutient des projets de rhétoriciens.

La mission de "Break Ball": trier une à une toutes les balles récoltées par l'AFT, laisser celles qui sont vraiment usagées (et qui partiront à l'usine de recyclage), et récupérer les autres, celles qui peuvent encore servir, comme balles de deuxième main. Jean Collinet explique que ces balles seront ensuite vendues, beaucoup moins cher, dans des clubs de sport, ou des centres sportifs. "Notre slogan, c'est "second ball, second life". Je joue au tennis, et j'ai un assez bon niveau. Je me satisfais tout à fait de ces balles, déjà utilisées par d'autres. Toute notre stratégie repose sur le respect de l'environnement, le développement sportif et humain, et la solidarité."

Des clubs de tennis soutiennent les deux jeunes gens, et leur ont directement donné des balles, qui ont servi en tournoi, donc qui n'ont servi qu'une seule fois. Avant même le grand tri de Marche-en-Famenne, les deux amis ont pu constater, grâce à ces premières balles, que leur initiative recevait un accueil sympathique. "On s'est promenés, avec des balles dans notre sac à dos. Et on a expliqué notre concept à des passants, dans la rue. Leur feed-back était intéressant, et surtout positif. Ils nous ont encouragé à poursuivre l'opération."

Jean Collinet et Emilio Torres sont très jeunes, mais ils s'occupent déjà d'une entreprise, des contacts, de l'organisation. "Nous sommes tous les deux des passionnés de sport, et de tennis en particulier. Notre idée est partie d'une simple situation. On voulait faire un match de tennis, mais on n'avait pas de balles. Le secrétariat du club était fermé, et les balles données par le professeur du terrain d'à côté étaient mortes. On s'est alors dit que ce serait dans doute intéressant et sympa de proposer, sur le marché, des balles moins chères, et de qualité."

Récolter des balles, ce n'est pas suffisant, évidemment. Il faut pouvoir les écouler. Emilio Torres le confirme, c'est une partie importante de leur travail. "C'est aussi une partie super-amusante. On essaye de mobiliser des personnalités, pour nous faire connaître. Cela prend du temps, cela nous demande de la motivation, mais c'est ludique. Ensuite, il faut que nos balles puissent être vendues. Je pense qu'on est tous les deux dotés d'une bonne capacité à bien expliquer notre projet. Notre but, c'est de convaincre. Et nous avons trouvé nos premiers points de vente, des clubs, et des magasins."

Emilio Torres nous a emmenés voir l'une des caisses en cartons, déposée par l'AFT au Léopold Club, à Uccle. "Ici, on trouve environ 400-450 balles usagées. C'est la récolte des deux derniers mois. Il y a des balles complètement mortes, mais il y a aussi de bonnes balles. Certaines n'ont servi qu'une fois, et sont parfaitement réutilisables. On va sans doute pouvoir en récupérer une trentaine. Le tri sera très sélectif."

Voilà pour les balles, qui serviront encore. Mais "Break Ball", c'est aussi un autre projet. Il s'agit ici d'aider de jeunes Africains. Emilio Torres va partir au Rwanda, en juillet prochain, avec Jean Collinet, notamment. "Au lieu d'arriver là-bas les mains vides, on va emmener avec nous du matériel sportif, et le distribuer dans une école. C'est le projet "Mwezi". Une grande boîte est installée dans notre école, à Bruxelles, et les gens peuvent y déposer des raquettes, des balles, des shorts, tout ce qui a un lien avec le tennis. On espère que tout cela permettra à des jeunes Rwandais de trouver un épanouissement humain et sportif, grâce au tennis. Mais notre but n'est pas seulement de leur apporter du matériel. On voudrait pouvoir construire des petits terrains, et leur apprendre à jouer au tennis".

Pour pouvoir récolter encore plus de matériel, les deux élèves organiseront un tournoi de tennis, le 15 avril, à Bruxelles.

Tous les renseignements sur "Break Ball" sont ici...

Ecoutez l'interview complète de Jean Collinet et Emilio Torres...

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