Les sportifs se confi(n)ent : David Goffin est privé de raquettes mais garde le moral

David Goffin
David Goffin - © PATRICK HAMILTON - BELGA

On ne voit plus les sportifs en action, ces temps-ci. On ne les voit plus "en vrai", non plus. C’est par téléphone, depuis son appartement de Monaco, que David Goffin s’est confié. Il est confiné, avec sa compagne Stéphanie. Il est privé de tennis, mais il tente de se maintenir en forme. Il attend, comme tout le monde, la fin de la crise du coronavirus. Il est dans l’incertitude, quant à la suite de la saison. Mais il reste décontracté et positif.

Entretien…

David, c’est une question que l’on pose plutôt machinalement aux gens d’habitude, mais qui est devenue très importante : comment allez-vous ?

Ca va bien. Comme lors d’un confinement. On est à l’intérieur, on essaye de faire ce qu’on peut pour s’occuper, pour s’entretenir physiquement. Et puis, on attend. On est un petit peu dans l’inconnu. Mais en ce qui concerne la santé, tout va bien.

Vous n’avez bien sûr pas l’autorisation d’aller au club de tennis ?

Non, c’est interdit, tout est fermé. Donc on s’entraîne physiquement. On a juste l’autorisation de faire une sortie physique, pour aller courir, au maximum pendant une heure, et à côté de chez soi. Et donc on revient tout de suite après, et on reste à l’intérieur.

Et comment faites-vous, pour garder la forme, à l’intérieur ?

J’ai un petit programme, et j’ai un peu de matériel chez moi, pour faire du physique. Je suis en contact avec mon préparateur physique, et il me donne un programme adapté, pour pouvoir faire des exercices au sol, ou avec peu de matériel.

Depuis combien de temps n’avez-vous plus touché une raquette ?

Depuis Indian Wells. Depuis que je suis rentré des Etats-Unis. Le confinement a commencé une fois que je suis rentré, et je n’ai plus touché une raquette depuis.

Pendant le confinement, pas mal de gens se trouvent un intérêt pour des choses nouvelles, se remettent à lire, trient leurs photos, ou apprennent à cuisiner. Avez-vous des occupations, en dehors de votre travail physique ?

Oui, j’en ai profité pour faire un peu de rangement. Et puis, il y a la cuisine, évidemment. Maintenant, on a le temps de cuisiner. Et je n’ai jamais eu mon frigo aussi plein. Je sais qu’on en a pour un petit moment, donc moi qui suis tout le temps en voyage d’habitude, j’ai pu, pour une fois, faire le plein de courses. Je peux un peu cuisiner, et tenter des nouvelles petites recettes. Pour le moment, je m’en sors.

Et vous restez en contact avec les autres joueurs ? Il se dit qu’un groupe WhatsApp a été créé, avec les cent meilleurs joueurs du monde. C’est vrai ?

Oui, il y a un groupe, et on est souvent en contact. Mais on se donne surtout des informations, pour la suite des événements, s’il y a du nouveau sur le circuit, si le confinement se prolonge. Au moins, on se tient informés. Sinon, personnellement, je reste en contact avec certains joueurs, avec ma famille, avec mon staff. On a le temps, aussi, de faire ça.

Et votre coach, Thomas Johansson, va bien aussi ?

Oui, il va bien. De mon côté, dans ma famille, et dans mon entourage, tout le monde va bien et est en bonne santé. Il n’y a pas de problèmes.

Est-il important, psychologiquement, de penser à l’après ? De déjà se voir dans des tournois, ou sur des courts d’entraînement ?

Oui, mais on ne sait pas quand. Déjà, il faut peu de jours pour que le tennis nous manque. Et là, ça fait quand même déjà quelques jours, et il faut être patient, avant de pouvoir retaper la balle, puis de pouvoir refaire un tournoi. Il faudra encore du temps, mais il faut rester calme. Et ça viendra. Tout le monde fera ce qu’il faut et s’adaptera. Il est impossible de se projeter, de faire des plans, que ce soit un plan d’entraînement, un plan physique, ou un calendrier de tournois. Pour le moment, on est juste patients, et on essaye de se maintenir en forme. Dès qu’on verra le bout du tunnel, on pourra commencer à programmer, pour essayer de revenir en forme tout de suite.

Pierre-Hugues Herbert disait qu’il avait un peu peur de ne plus savoir jouer au tennis après. Il était en partie ironique, mais c’est vrai, vous serez sans doute tous rouillés…

Oui, physiquement, et tennistiquement. On n’a jamais eu une période aussi longue sans tennis, donc on verra ceux qui auront plus de facilités que les autres à revenir, à retrouver le contact avec la balle. Et ceux qui auront besoin de plus de temps. Mais je pense que le problème sera aussi physique. Parce que quand on a une période sans beaucoup d’activités physiques (même si j’en fais un peu tous les jours), il ne faudra pas se blesser, lorsqu’on reprendra.

Les Jeux Olympiques reportés à l’année prochaine, c’était une sage décision, devenue inévitable ?

Oui, je pense. Parce qu’il y a des athlètes qui ne peuvent pas se préparer. Il y en a, dans certains sports, qui ont les Jeux Olympiques comme seul objectif. C’est plutôt une sage décision, et c’est bien de l’avoir prise maintenant et pas au dernier moment.

En ce qui concerne Roland-Garros, qui s’est octroyé une place dans le calendrier, en septembre, vous n’avez pas envie d’entrer dans la polémique ? Vous jouerez les Grands Chelems quand ils auront lieu, et s’ils ont encore lieu cette année ?

Oui, tout ça est encore tellement loin. Je sais que Roland-Garros a pris la décision, seul, d'occuper cette date-là, en septembre. Mais il n’y aura pas qu’eux dans ce cas-là, et tout peut encore bouger. Ils avaient le droit de le faire, mais on n’était pas au courant, et on l’a appris sur les réseaux sociaux. On verra bien ce que les joueurs vont faire, parce qu’il y aura l’US Open, et Roland-Garros seulement une semaine après, sur une autre surface. Il y aura deux Grands Chelems d’affilée, et on sait qu’un Grand Chelem est déjà très dur physiquement et mentalement. Alors, deux Grands Chelems d’affilée, ça va vraiment être très compliqué. On verra bien combien de temps le confinement va durer. Et après, on pourra faire des tournois, en fonction du temps qu’il nous restera dans la saison. J’imagine que des tournois vont être déplacés, ajoutés, supprimés. J’imagine que tout cela va encore bouger.

Et il ne faut sans doute pas tout vouloir jouer, risquer de se blesser, et en payer les conséquences la saison prochaine ?

Ca c’est sûr. Donc ce sera un peu délicat, de faire un programme. On verra bien quand les tournois vont recommencer, sur quelle surface on jouera à ce moment-là. Et après, on pourra établir un plan, un calendrier d’entraînement, puis un calendrier de tournois. Et cela pour pouvoir être le plus performants possible.

Admettons que tout cela se termine. Quelle est la première chose que vous avez envie de faire ? Aller au restaurant ? Voir quelqu’un en particulier ?

Ce sera un restaurant, c’est certain. Ca me fera plaisir de voir un peu de monde et de sortir. Et puis, taper la balle, évidemment. En tant que joueur de tennis, c’est sûr que ça me manque. Mais c’est surtout le fait d’être beaucoup plus dehors, en fait. Une heure par jour, ce n’est pas assez.

Vous faites partie des sportifs belges les plus connus, et les plus populaires. Avez-vous un message, pour la population, qui a du mal à rester à la maison, et qui s’impatiente peut-être ?

Il faut essayer de s’occuper, de faire des petites choses qui occupent les journées. Essayer de faire du sport, c’est le plus important, je pense, pour essayer de garder la forme. Prendre l’air, si on peut, et faire un peu d’exercices physiques, pour s’oxygéner, c’est essentiel. Il faut tenir le coup, et il faut rester calmes. Ne pas s’exciter, ne pas s’énerver, et être patients, évidemment.

Ecoutez David Goffin…

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