Les blagues d'Ivan Lendl, les étoiles Justine et Kim, la grande histoire du tennis à Anvers

Michel Willems, juge-arbitre du tournoi d'Anvers
Michel Willems, juge-arbitre du tournoi d'Anvers - © RTBF

Anvers est depuis très longtemps une terre de tennis. L’European Open est la sixième génération de tournois organisés dans la ville portuaire. Tout a commencé en 1982, avec une exhibition d’une semaine, "format tournoi ATP". Ce rendez-vous du Sportpaleis était à l’époque connu dans le monde entier, pour la richesse de son plateau, et pour son trophée, une raquette d’or et de diamants promise au triple vainqueur. Ivan Lendl l’avait gagnée.

Anvers est, après dix ans, devenu un tournoi ATP "classique", avant de disparaître du calendrier. Et puis, la ville a accueilli un tournoi féminin extérieur, sur terre battue (Justine Henin a gagné la première édition, en 1999, alors qu’elle disputait le premier tournoi WTA de sa carrière). Ensuite, le Sportpaleis a repris la main, pour une épreuve féminine très courue. C’était la grande époque de Kim Clijsters et Justine Henin. De Venus Williams, aussi. Et d’Amélie Mauresmo, qui est, elle aussi, repartie avec une précieuse raquette d’or et de diamants. Quand les stars belges ont pris leur retraite, il est devenu plus difficile d’attirer du monde dans les tribunes, et d’intéresser les sponsors. Un nouveau tournoi a été organisé, dans un lieu plus modeste, la Lotto Arena, avec Kim Clijsters comme directrice. Il n’a connu qu’une seule édition.

Et puis, l’European Open est né, grâce aux idées, au travail, et au financement de la société Tennium, dirigée par Kristoff Puelinckx, et l’ancien joueur français Sébastien Grosjean. Le tournoi vient de vivre sa quatrième édition. Avec Dick Norman comme directeur, pour la deuxième année de suite. Et l’édition 2019 est bien sûr historique. "On en reparlera dans vingt ans, comme on reparle aujourd’hui des venues à Anvers d’Ivan Lendl ou Bjorn Borg, lors de la naissance de l’épreuve", prédit Kristoff Puelinckx. Tout cela grâce, évidemment, à la présence de Stan Wawrinka et Andy Murray en finale.

Un homme a vécu les multiples épopées du tournoi d’Anvers, ou plutôt des tournois d’Anvers. C’est Michel Willems, le juge-arbitre de l’épreuve. Il était déjà là en 1982, et il n’a manqué aucune édition "indoor". Seuls manquent à son "palmarès" les trois tournois organisés en plein air, à Anvers.

Entretien…

Michel Willems, vous êtes le juge-arbitre du tournoi d’Anvers. En quoi consiste votre travail ?

En fait, je suis l’assistant du superviseur, et l’adjoint du directeur du tournoi. Il s’agit de coordonner la logistique, surtout. Par exemple, je suis venu avant le début du tournoi, pour mesurer les terrains, mesurer l’éclairage. Il faut veiller à ce que les terrains sur lesquels les matches vont se dérouler répondent aux conditions et soient conformes. Et pendant la semaine, je veille à ce que tout soit "ok" pour les matches qui vont se dérouler.

C’est vous qui appelez les joueurs à aller sur le court ?

Oui, c’est également une de mes fonctions. Il faut avoir des contacts avec les joueurs, prévoir leurs matches et leur horaire. Pour leur dire dans combien de temps ils entreront sur le terrain. Il faut prévoir tout cela, oui.

Et vous êtes susceptible d’intervenir, d’une façon ou d’une autre, pendant les matches, pour résoudre des problèmes ?

Au niveau des tournois de l’ATP Tour, c’est le superviseur qui intervient, en cas de contestations entre l’arbitre de chaise et le joueur. Et s’il y a un problème logistique, là oui, je suis amené à intervenir.

Parlons maintenant du passé, de votre longue histoire avec le tournoi d’Anvers. Vous étiez là, en 1982, quand Anvers a commencé à accueillir des matches de tennis, lors de l’exhibition la plus célèbre, et la mieux dotée, du monde…

J’en garde des souvenirs fantastiques, parce que c’est un peu le début de ma carrière dans le juge-arbitrage. Il y avait de super-grands noms, Bjorn Borg, John McEnroe, Jimmy Connors, Jim Courier, Ivan Lendl, et j’en oublie. Ils sont tous passés par Anvers. Le tournoi de la raquette en or et en diamants avait un renom mondial, et attirait beaucoup de monde. Mais je suis très heureux que l’on retrouve maintenant l’European Open, à Anvers. Il attire beaucoup de spectateurs, et il permet de voir de très grands matches, cette semaine.

Quand l’exhibition est devenue un tournoi ATP, les grands noms, Pete Sampras par exemple, sont encore venus. Quelles relations aviez-vous avec de telles stars ? Les joueurs restaient abordables ?

Tout dépend de la façon dont vous les approchez. Il y en a un certain nombre que je connaissais avant qu’ils ne deviennent des stars du circuit professionnel, puisque j’ai eu, et j’ai toujours, le plaisir d’être le juge-arbitre de l’Astrid Bowl, à Charleroi. Et cette compétition a eu la chance d’accueillir de futurs grands champions, que j’ai retrouvés par après, à Anvers, ou dans des tournois challengers dont je m’occupais aussi. Et même si je n’avais pas rencontré les grandes stars auparavant, tout est dans la relation que l’on a avec le joueur, et la façon dont on s’explique avec lui. Certains sont plus distants que d’autres, mais ils sont tous approchables et joignables.

Et à l’époque, vous aviez l’occasion de les voir deux fois par an, parce qu’il y avait le tournoi de Bruxelles, aussi…

J’ai eu le plaisir, également, de faire les tournois de Bruxelles, au Heysel, et à Forest-National. Je voyais les joueurs dans deux grands tournois en Belgique. C’était incroyable, bien sûr…

Après, il y a eu l’époque du tournoi féminin. Et c’était aussi l’époque de Kim et Justine. Vos souvenirs ne seraient-ils pas liés à l’ambiance qui régnait au Sportpaleis grâce à elles ?

Oui. Avec nos deux joueuses, l’ambiance était incroyable. Je garde de très bons souvenirs de ces tournois WTA. C’était une autre époque, mais avec une ambiance fantastique.

Avez-vous une anecdote à raconter, sur quelque chose d’original qui vous serait arrivé, en tournoi ?

Il y en a une qui concerne Ivan Lendl. Il semble avoir une approche assez froide, mais il aimait faire des petites farces. Un jour, avant son match, je les conduisais, lui et son adversaire, vers le terrain. A un moment donné, plutôt que de prendre un couloir et de me suivre, ils ont pris un autre couloir et se sont cachés. Quand je me suis retourné, je ne les ai plus vus…

Avez-vous l’occasion de voir les matches, pendant les tournois ?

Ce n’est pas facile, mais j’aime bien aller en voir. Et je crois que c’est important de le faire. Pour voir comment ça se déroule au niveau de la logistique, de nos officiels, juges de ligne, arbitre de chaise, mais aussi parce que j’aime le tennis, et que j’aime voir de très beaux matches.

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