Le tennis, cible de longue date des paris truqués

Image d'illustrations
Image d'illustrations - © DAVID GRAY - AFP

Le coup de fouet provoqué par les interpellations mardi de quatre joueurs de tennis français de seconde zone, soupçonnés d'être impliqués dans des matches truqués, a violemment mis en lumière l'étendue d'un problème qui frappe les courts depuis plusieurs années, et l'impuissance des instances à le juguler.

Le problème ne date pas d'hier. Les manipulations de matches dans le tennis ont commencé bien avant que l'industrie des paris sportifs en ligne ne déferle sur le marché (arrivée en 2010 en France).

Les réseaux mafieux avaient ciblé il y a bien longtemps la facilité à truquer un match de tennis, et donc à pouvoir les manipuler et s'en servir pour des paris illégaux.

"Comment pouvez-vous voir avec certitude un mec lâcher un match s'il rate les balles de quelques centimètres exprès, s'il fait un peu plus de fautes que d'ordinaire? C'est presque impossible. On a le droit d'être dans un mauvais jour. A moins de faire vraiment n'importe quoi", résume un ancien joueur de haut niveau.

C'est d'ailleurs à l'issue d'un match au scénario bien trop trouble en 2007 entre Nicolay Davydenko et l'Argentin Facundo Arguello au tournoi de Sopot que les instances dirigeantes avaient décidé de réagir. Dans cette rencontre ayant drainé des millions d'euros de paris, le Russe s'était étrangement écroulé après avoir largement mené.

"Ce match a focalisé l'attention sur un problème qui existait déjà depuis longtemps", rappelle l'ancien joueur de haut niveau interrogé par l'AFP.

Dès 2005, le vice-président de l'ATP Richard Ings avait mis en garde le tennis face à cette menace des "matches truqués". Mais la Tennis Integrity Unit (TIU) n'est créée que quatre ans plus tard, avec des enquêteurs chargés de surveiller des milliers de matches.

Et les sociétés de paris sportifs ont accentué le phénomène, touchant principalement les tournois secondaires, moins bien surveillés. Selon les chiffres de la TIU, 210 matches, dont plus de 160 sur le circuit des "Futures", la dernière division mondiale, ont fait l'objet d'alertes pour la seule année 2018.

Instances conscientes mais impuissantes

"Il ne faut pas baisser les bras", a exhorté le directeur général de la Fédération française de tennis (FFT), Jean-François Vilotte, par ailleurs ancien président de l'Arjel (Autorité de régulation des jeux en ligne), et sans doute l'un des dirigeants les plus affûtés sur la question, au lendemain de l'interpellation des joueurs français. Mais, tout en assurant que la "coopération fonctionne", il souligne également les limites des instances du tennis à régler une question complexe. Rien que sur les paris légaux.

"Il y a par exemple des opérateurs de paris basés à l'étranger qui n'obéissent pas à la même législation que celle existant en France", rappelle Jean-François Vilotte. Sans harmonisation au niveau européen, le problème semble insoluble.

"Il faut une réponse collective", insiste le DG de la FFT. Le panel indépendant (IRP) créé en 2016 chargé d'étudier le problème a livré dans son rapport définitif fin 2018 un constat sans appel: le système actuel est "insuffisant pour répondre à la nature et à l'étendue du problème".

Le tennis totalement gangrené

Les interpellations des quatre joueurs français mardi, relâchés après leur garde à vue, ne sont a priori que le début d'une opération mains propres dans le milieu déclenchée par l'enquête internationale ouverte en Belgique. Les investigations visent "une bande qui agit dans de nombreux pays européens, dont la France, et aux Etats-Unis", a précisé mercredi le porte-parole du parquet fédéral belge Eric Van Duyse.

Selon une source proche de l'affaire, d'autres joueurs français sont dans le collimateur, soupçonnés d'avoir répondu aux avances du "Maestro", un belge d'origine arménienne soupçonné d'avoir été la tête du réseau, et aujourd'hui écroué en Belgique.

Et les langues pourraient se délier. L'un des quatre joueurs français interpellés mardi est d'ailleurs passé aux aveux lors de sa garde à vue, affirmant avoir accepté les offres de "Maestro", selon L'Equipe, qui publie jeudi sur son site des extraits de son PV d'audition.

"Dans le monde du tennis, tout le monde sait que Maestro fait du match-fixing, affirme-t-il. Il y a beaucoup de joueurs qui collaborent avec lui", a-t-il déclaré aux policiers, dépeignant un monde du tennis totalement gangrené par la corruption.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK