Justine Henin: "J'ai beaucoup de respect pour ce que font David Goffin et Steve Darcis"

David Goffin et Justine Henin
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David Goffin et Justine Henin - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Justine Henin est prête à accueillir son deuxième enfant, à la fin du mois.  Un petit frère ou une petite soeur pour Lalie.  Mais elle reste attentive à ce qui se passe sur la planète-tennis.  Elle était au Spiroudôme de Charleroi, le week-end dernier, pour assister à la qualification des Belges pour les demi-finales de la Coupe Davis. 

Et c'est en toute décontraction, et admirative, qu'elle revient maintenant sur la performance des joueurs belges, sur sa vie actuelle, et sur le prochain retour à la compétition de Maria Sharapova.  Morceaux choisis...

En sport, confirmer est encore plus beau...

"Le fait de se qualifier à nouveau pour une demi-finale de Coupe Davis, ce n'est pas anodin. Ce n'est pas le fruit du hasard, il y a un vrai travail d'équipe derrière tout cela. On sent que c'est une équipe très solide. On sent qu'un gros travail a été fait, par le capitaine, notamment. Il arrive à créer une équipe, ce qui n'est pas forcément le cas de tous les pays.
On se rend compte aussi que parfois l'attrait pour la Coupe Davis diminue un petit peu auprès de certains joueurs, qui jouent, et puis qui ne jouent plus. Et je ne parle pas du tout de David, dans la configuration de cette année. Mais la Coupe Davis prend de la place, dans un calendrier. On se demande si dans la tête des joueurs, elle a encore le même poids. Et je ne dis pas cela du tout pour discréditer l'exploit belge. Mais l'épreuve doit s'intégrer dans un calendrier, ce n'est pas toujours facile.  Et l'équipe belge arrive à le faire. Je trouve ça extraordinaire.
En Coupe Davis, tout peut être remis en question. Le classement n'a plus la même importance. Si on nous avait dit que les Belges iraient gagner en Allemagne sans David Goffin, franchement, peu de gens y auraient cru. Ils réussissent un parcours exceptionnel, ils peuvent continuer sur leur lancée. La beauté de la Coupe Davis, c'est que la surprise est toujours possible. C'est la grande différence par rapport au circuit individuel.
Ils étaient déjà en finale il y a deux ans, et confirmer, pour un athlète, c'est à la limite beaucoup plus beau que la surprise qu'on crée un jour. Quand on se fait une place, et qu'on se donne les moyens d'y rester, ça prend forcément une dimension tout à fait différente. Et dans la tête du public aussi. Créer l'exploit une deuxième fois, et montrer qu'on est bien présent, ça prouve une certaine constance dans le travail, une certaine rigueur dans la performance. On est en train de trouver ça, au sein de cette équipe belge de Coupe Davis.
Il y a aussi une forme de magie, qui s'est installée. Et parfois, cela ne s'explique pas. Je crois que ces garçons arrivent à dégager beaucoup d'émotions, Steve en particulier. Et moi, je suis heureuse pour lui, parce qu'on ne peut pas dire qu'il soit en début de carrière. Et qu'il arrive à remonter au classement, à vivre ce genre de moments, j'en suis vraiment heureuse pour lui
."

Les gens ne se rendent pas toujours compte de ce que réussit David Goffin

"Ce que font nos deux joueurs de simple est exceptionnel. Dans le cas de David Goffin, je ne suis pas certaine qu'on se rende compte, en Belgique, de ce que ce garçon est en train de faire. Atteindre le top 10 mondial, graviter autour de ce classement, être en compétition avec un tennis masculin qui est d'un niveau exceptionnel et qui continue de progresser, je ne pense pas que l'on ait pleinement conscience de ce que cela représente.
Et puis, j'ai beaucoup de respect et beaucoup d'amitié pour Steve. On était au tennis-études en même temps, et c'est un garçon avec lequel j'ai toujours eu beaucoup d'affinités. J'ai du respect pour la manière dont il a combattu tous ses problèmes physiques, notamment son opération à l'épaule, et ce qu'il vient de vivre au niveau personnel. Et les émotions qu'il arrive à faire vivre, ça c'est magnifique. Pendant le match contre l'Allemagne, ma petite fille de 4 ans était devant la télé, en train de le soutenir, et elle prenait même des photos de l'écran. Et j'ai trouvé ça exceptionnel, parce que ça veut dire qu'il va chercher les gens. Et ça, c'est merveilleux.
Lalie aime le tennis, mais en fait, elle est curieuse de plein de choses. Elle touche à tout, mais elle aime bien le tennis, oui. Elle a plutôt le sens de la balle, mais je ne la pousse dans aucune direction. J'ai la chance d'avoir une petite fille qui est très éveillée et qui a envie de tester plein de choses. Donc, c'est le bonheur. Et on suit, quand c'est comme ça...
"

La priorité, ce sera la famille, ces prochaines années

"Je suis dans mon club de tennis tous les jours, donc cela reste une grosse partie de mon activité. L'année passée, j'ai beaucoup voyagé avec Svitolina. Je n'ai pas pu poursuivre l'aventure, avec la vie familiale qui évolue. Dans mon club, je prends conscience d'un autre tennis, qui n'est pas le tennis de haut niveau, mais qui est le tennis de compétition dans les clubs, le tennis-loisir, le tennis qui est un sport par lequel un enfant va pouvoir se dépenser. J'ai peut-être découvert le tennis autrement, ces dernières années. Je reste évidemment attentive à tout ce qui se passe sur le circuit, mais j'ai un recul, et une envie, de laisser la porte ouverte à d'autres choses. Le tennis est loin d'être toute ma vie, à l'heure actuelle.
Ma grossesse me fait aussi comprendre qu'il y a des priorités à avoir, et qu'on ne peut pas tout faire. Moi, j'ai envie de me poser un petit peu. Après, je ne ferme aucune porte. Je vais avoir 35 ans cette année, donc j'ai encore le temps avoir différentes vies professionnelles. Je ne ferme pas du tout la porte à un retour au coaching sur le circuit. Et je n'en ferme aucune autre, en fait. A part celle de revenir sur le circuit comme joueuse, ça je peux quand même vous rassurer (rires)... J'ai envie de donner la priorité à ma vie familiale pour le moment, ça c'est sûr. Quand on est parents, on découvre que le temps passe très vite. Ma petite fille grandit. L'année passée, j'ai beaucoup voyagé, avec Elina Svitolina. Là, ma famille sera ma priorité, ces prochaines années.
Maintenant, je suis quelqu'un qui a besoin de relever des challenges, j'ai besoin de fonctionner à la passion et à l'envie. Et donc si le désir de quelque chose se présente, je ne peux pas fermer la porte. De toutes façons, je veux continuer à me développer, et à apprendre, sur le plan personnel. J'ai appris beaucoup avec Elina, sur le circuit, l'année dernière. J'ai envie de continuer à pouvoir évoluer, mais je dois reconnaitre que vivre sans pression, ou avec beaucoup moins de pression que quand j'étais joueuse, c'est quelque chose que j'apprécie énormément. Et donc, me remettre des challenges qui sont très exigeants, c'est quelque chose que je laisse un petit peu sur le côté pour le moment
."

Je suis intolérance, sur les problèmes de dopage

"Maria Sharapova, qui revient bientôt à la compétition, après son contrôle antidopage positif, et qui reçoit pas mal d'invitations pour cela, c'est délicat, comme situation. Elle a vécu une suspension, ce qui est un fait. Mais je me tiens à distance de tout ça, je ne savais même pas qu'elle revenait avec des invitations. Je trouve qu'elle devrait gravir les échelons à nouveau, et prouver par ses résultats qu'on peut à nouveau lui accorder sa confiance. C'est un sujet très complexe, parce qu'il y a eu sanction à propos de quelque chose qui était toléré avant. A partir du moment où ça ne l'était plus, la suspension était tout à fait légitime. Maintenant, attirer les grands noms, j'imagine que c'est ce qui motive les tournois. C'est une question délicate. Elle devra faire ses preuves, de toutes façons, sur le terrain. Elle a le courage de revenir, après une suspension aussi longue. On verra la suite.
Je suis intolérante, par rapport aux problèmes de dopage, donc j'ai une position très ferme. Maintenant, elle a vécu sa suspension. Et c'est le public qui va décider. C'est lui qui est le mieux placé pour répondre à ces questions-là, aujourd'hui. Le soutien qu'elle va recevoir ou ne pas recevoir. J'imagine que c'est une chose dont un athlète aimerait se passer pendant sa carrière, même s'il est en grande partie responsable de la situation.
Il est évident que tout cela n'élève pas l'image du sport, même s'il peut y avoir mille explications derrière, sur le pourquoi du comment. Ca ne donne pas, malheureusement, une bonne image. Ca engendre le fait que le public va penser que tout le monde fait la même chose, et ce n'est pas juste. Donc, ça fait du tort, de toutes façons. Maintenant, elle a envie de reprendre sa route. Elle va essayer de montrer qu'elle est toujours là, et c'est son choix, évidemment.
"

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