Justine Henin, dix ans après la fin de sa carrière : "C’est comme si j’étais née une deuxième fois"

Justine Henin, l’une des plus grandes championnes du sport belge, a arrêté sa carrière il y a tout juste dix ans. Elle n’a rien prévu de particulier pour fêter l’événement, mais elle a accepté d’évoquer sa nouvelle vie et quelques chouettes souvenirs au micro de la RTBF.

Vous n’avez rien de prévu alors pour célébrer ces dix ans de 'retraite'? " Non, il n’y aura rien de spécial, à part quelques interviews plaisantes… Je ne dis pas que je n’ai pas eu ma petite émotion ce matin, mais c’est plus parce qu’on me l’a rappelé. Ce n’était pas une date que j’avais bloquée dans mon agenda. […] Il y a eu tellement de chemin parcouru en dix ans. J’ai encore beaucoup de bonheur et de reconnaissance à repenser à ma carrière, mais sans nostalgie. Je me sens très bien dans l’instant présent, dans ma nouvelle vie. Ça me rappelle juste que le temps passe très vite."


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L’un des ressentis prédominants dans cette interview avec Justine, c’est bien qu’elle a vécu deux vies, et que la seconde a commencé quand la première s’est terminée, le 26 janvier 2011. " J’ai l’impression que ça fait longtemps. Je suis un peu deux personnes différentes. J’ai vécu ma carrière d’une manière très intense, où j’ai fait beaucoup de sacrifices. Depuis 10 ans, j’ai vraiment eu l’occasion de découvrir de nouvelles choses, d’apprendre beaucoup. De me reconnecter à toute une vie sociale, d’être plus présente pour ma famille, puis de fonder une famille. […] Il y a encore beaucoup d’adrénaline aujourd’hui, une autre forme. Ce matin, c’était un peu la course pour amener mes enfants à l’école. J’ai vraiment beaucoup de bonheur à vivre une vie normale. "

Je suis un peu deux personnes différentes

Avec sa nouvelle vie, Justine a dû cesser la quête de perfection qu’elle s’imposait dans sa carrière de joueuse, elle s’ouvre à de nouvelles choses, comme le lâcher-prise. " Pendant une carrière vous êtes un peu le centre de l’attention, il y a une équipe autour de vous. Et puis il faut réapprendre à vivre avec les autres et j’ai aimé ça aussi. En devenant maman, ça m’a appris tellement d’humilité. Bien que ma carrière ne me soit jamais montée à la tête. Mais j’avais toujours l’impression que tout ce que j’allais entreprendre, j’allais devoir le faire avec beaucoup de perfection. Et en devenant maman, comme tous les parents, je me suis rendu compte qu’on faisait comme on pouvait. Tout ça me passionne, tant que j’ai l’impression d’apprendre, d’avancer, …"

Justine gère désormais son association et son académie de tennis. Bien entourée, elle est néanmoins pleinement impliquée : "À travers mon projet d’académie, de club, j’ai vraiment appris la gestion des ressources humaines aussi. Ça, c’était un vrai défi pour moi. C’est vrai que ce sont deux vies totalement différentes, avec des rythmes qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Mais je crois que j’ai appris davantage en termes d’ouverture d’esprit et de tolérance depuis dix ans. Moi qui étais une joueuse très carrée, très déterminée… Mon cadre de vie était très strict et depuis j’ai appris à m’ouvrir à beaucoup de choses. "

"J’ai adoré voyager pendant ma carrière, mais je n’ai pas vu grand-chose"

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Justine pose fièrement avec sa médaille d’or en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes © Belga Image

Après avoir pris une aussi grande place dans son quotidien, est-ce que le tennis lui manque ? " Beh je ne pense pas. On me pose souvent la question. J’ai beaucoup profité de tout ce que j’avais, je sais que ce n’est pas ça qui donne tout, non plus. J’avais besoin de trouver de nouvelles choses dans ma nouvelle vie. J’ai adoré voyager mais je n’ai pas vu grand-chose. En tant que joueurs de tennis, on ne va pas se plaindre de nos vies mais c’est vrai qu’on ne voit pas grand-chose. Ces dix dernières années, même si c’est moins le cas depuis un an, j’ai aimé voyager. Et vivre mes voyages autrement, en faisant vivre ça à mes enfants. Les émotions, je les ai autrement dans ma nouvelle vie."


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Il lui arrive cependant de ressortir la raquette : "Quand je retape la balle, c’est très rare environ dix fois par an, quand je sens que ça sort bien de la raquette avec un bon petit revers ça me donne de la satisfaction mais j’ai beaucoup de satisfaction autrement maintenant. Je n’ai pas vraiment de manque, pas de regret, pas de nostalgie. Juste du plaisir à me remémorer les bons souvenirs et puis d’avoir appris beaucoup de choses. Ça m’a construite non seulement en tant que joueuse mais aussi en tant que personne. Ça a été une aventure humaine extraordinaire, j’ai découvert de vraies valeurs. Je les garde avec moi et je les emmène dans cette vie depuis dix ans. […] Le sport est une école de vie extraordinaire."

J’aurais peut-être dû vivre mon rapport au public avec moins de crainte

Aborderait-elle certaines choses différemment avec du recul ? " Mon rapport au public à un certain moment de ma carrière où je me protégeais beaucoup. C’était pour moi, je voulais garder mon énergie, mon attention. Mon retour des jeux olympiques c’est quelque chose qui m’a marquée. Je n’ai pas été en contacts avec le public tout de suite et c’était compliqué. Avec le recul, les années, j’aurais peut-être dû vivre ce rapport avec moins de crainte, de peur. Mais en même temps, si j’ai mis ces mécanismes-là en place c’est peut-être que je devais le vivre comme ça. J’aurais aimé que ça se passe autrement, mais est-ce que c’était possible c’est difficile à dire. Je ne suis pas sûre que je ferais les choses différemment, avec le recul, la maturité. À 38 ans aujourd’hui c’est beaucoup plus facile évidemment. "

Désormais, loin des courts de tennis, en quoi Justine Henin la perfectionniste excelle-t-elle ? " Ce serait peut-être à mes proches de vous répondre. Mais je dirais championne en réflexion. Je l’étais déjà quand j’étais joueuse. Je me pose beaucoup de questions, j’ai besoin de comprendre les choses, ça n’a pas changé. Encore aujourd’hui, la période qui est tellement unique, particulière, me fait beaucoup réfléchir. Sinon, je ne suis pas encore devenue championne en cuisine, mais je progresse énormément. Je m’intéresse en tout cas à beaucoup de nouvelles choses, je me passionne pour beaucoup de nouvelles choses. Avant, je pensais que le monde du tennis c’était le monde. J’ai vécu tellement pour ça. Et quand j’ai arrêté, c’est comme si j’étais née une deuxième fois et que j’avais tout à apprendre à nouveau. Donc je ne vais pas dire que j’ai dix ans aujourd’hui mais je suis encore en apprentissage pour beaucoup de choses et c’est vraiment passionnant. "

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