Joachim Gérard se sait privilégié : il peut continuer à s'entraîner, malgré le coronavirus

Joachim Gérard
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Joachim Gérard - © PATRICK HAMILTON - BELGA

177 sportifs belges de haut niveau ont le droit de s’entraîner, en Fédération Wallonie-Bruxelles, malgré les mesures de confinement. Pour entretenir leur forme en vue de quelques échéances importantes, notamment les Jeux de Tokyo. C’est la situation actuelle, qui pourrait bien sûr évoluer à n’importe quel moment.

Mais ces sportifs ne peuvent continuer à entretenir leur forme que dans quatre centres Adeps, à Mons, Auderghem, Louvain-la-Neuve, et Liège.

A Mons, il y a un plan d’eau, des terrains de football, de rugby, de tir à l’arc, des salles de gymnastique et de squash. Mais ils sont déserts. Il y a aussi des courts de tennis, l’endroit est surtout connu pour cela. C’est le Centre AFT de Mons. Trois joueurs de haut niveau auraient le droit de continuer à s’y entraîner. David Goffin et Ysaline Bonaventure n’y viennent pas, puisqu’ils n’habitent pas dans le coin. Joachim Gérard, lui, s’y entraîne, ces jours-ci.

Le quatrième joueur du monde, au classement des joueurs de tennis en fauteuil, est conscient de la chance qu’il a, de pouvoir continuer à frapper dans la balle. Sous conditions. Conditions qu’il respecte, bien évidemment. "Quand on arrive sur place, on prend notre température. Et si la température est trop haute, on arrête tout de suite la journée. On désinfecte aussi tous les ustensiles qu’on est amenés à utiliser. Pour les balles, on ouvre des boîtes, et on en utilise des neuves. Le coronavirus nous trotte dans la tête, même si on est en comité restreint. Je suis avec mon entraîneur, et mon coach physique. On fait très attention, on a confiance l’un en l’autre. Et quand on rentre à la maison, on ne ressort pour aucune autre raison, à part les courses". Il n’y a donc que trois personnes dans tout le Centre. Trois personnes prudentes, qui gardent bien leurs distances entre elles.

Et les Jeux Paralympiques ?

On parle beaucoup des Jeux Olympiques de Tokyo, qui sont censés commencer le 24 juillet. Les Jeux Paralympiques de Tokyo sont programmés un mois plus tard. Si le premier rendez-vous est reporté, le deuxième le sera forcément aussi. Et un report semble devenu inévitable. Joachim Gérard le souhaite, d’ailleurs. "Il faudrait les postposer à l’année prochaine. Il n’y a pas d’équité entre les athlètes, que ce soit en termes de préparation, ou en termes de qualifications. En ce qui concerne mon sport, il y a trois mois de compétition qui n’ont pas lieu, et qui ne sont donc pas pris en compte pour la qualification, basée sur un classement à une date donnée. Dans le meilleur des cas, on ne pourra pas recommencer à jouer en tournoi avant le début du mois de juin, mais c’est aussi la date du "cut" pour les Jeux Paralympiques. Ce n’est pas juste, pour les athlètes qui étaient "limites", dans la course à la qualification. Et c’est comme cela dans tous les sports. Les athlètes ne sont pas au même niveau. Il y en a, comme moi, qui peuvent bénéficier d’une autorisation spéciale du gouvernement, et s’entraîner. Et d’autres qui ne le peuvent pas. Tout le monde est dans le même bateau, et il faut être solidaires, entre athlètes. Il faut que tout le monde soit sur un pied d’égalité. C’est pour cela qu’un report serait, selon moi, le bienvenu."

Une fois que cette catastrophe sera derrière nous, il sera temps d’envisager un retour des compétitions. Mais pas tout de suite, puisque pas mal de sportifs n’auront pas eu l’occasion de s’entraîner, pendant le confinement. "On en parle, avec mon coach. Et on se dit que nous avons de la chance de pouvoir continuer à nous entraîner. Nous serons prêts. Mais ce n’est pas juste, par rapport à ceux qui sont confinés chez eux, et qui n’ont pas touché une raquette et une balle depuis déjà deux semaines. Ils ne pourront pas reprendre la compétition du jour au lendemain".

Même quand on a la chance de pouvoir s’entraîner, il est difficile, mentalement, de ne pas pouvoir se projeter vers une échéance. "C’est compliqué de ne pas savoir sur quelle surface on recommencera à jouer en tournois. Pour l’instant, on se base sur une période de dix semaines d’entraînement, puisque la reprise pourrait se faire en juin, sur gazon, au Queen’s et à Wimbledon. Mais on est persuadés que cela pourrait prendre plus de temps. D’autant que la situation semble empirer, en Angleterre. Encore une fois, cela doit être plus difficile, mentalement, pour d’autres, qui n’ont pas ma chance. Et cela ne concerne pas que les sportifs. Cela doit être très dur, de ne pas pouvoir faire le métier qu’on aime. Il faut tenir, pendant quelques semaines."

Une compagne infirmière en soins intensifs

Il y a un autre aspect très particulier, dans la vie de Joachim Gérard. Sa compagne, Victoria, est infirmière en soins intensifs, diplômée depuis moins d’un an. "Elle travaille au service de soins intensifs de Mont-Godinne. Pour l’instant, ils n’ont pas beaucoup de cas, et elle ne travaille pas encore avec des malades atteints de coronavirus. Mais elle sera sûrement amenée, très prochainement, à le faire. On n’en parle pas beaucoup, mais je pense qu’elle appréhende ce moment. Elle se renferme un peu sur elle-même, je la sens un peu plus stressée que d’habitude. Mais elle sait que je suis là, si elle veut en parler. J’essaie d’être là pour la soutenir, en tout cas. Elle m’a dit qu’elle ferait très attention, si elle devait travailler sur ces cas-là. Qu’elle prendrait plus de temps pour les manipulations, qu’elle ne ferait pas de gestes qui pourraient la contaminer. J’ai confiance en elle et en ses collègues, qui savent ce qu’ils doivent faire, ce qu’ils peuvent faire, ce qu’ils ne peuvent pas faire. Ils doivent se décontaminer dès qu’ils sortent d’une chambre, ils utilisent des ustensiles différents dans la chambre et en dehors, ils prennent une douche avant de quitter l’hôpital. Plein de choses sont mises en place. Victoria reçoit des mails de sa direction presque tous les jours, avec les nouvelles consignes. C’est encore plus stressant pour elle, mais elle sait qu’aujourd’hui, c’est en partie grâce à des personnes comme elle que des gens pourront sortir de l’hôpital. Elle a quand même hâte de pouvoir aider ceux qui en ont besoin, et sauver des vies".

Ecoutez l’interview complète de Joachim Gérard…

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